‹ Myrtes & cyprèsChapitre 24 sur 26 · TREPAS EN JANVIER · texte numérisé non relu

TREPAS EN JANVIER

Il fait froid, le vent du nord pleure, La neige fouette le passant.

Reste encore, ô muse ! demeure, Ne me quitte point à cette heure, Demeure encore un seul instant.

Plus de chants... Au ciel pas d'étoile, Plus de barque glissant sur l'eau ;

i86 Myrtes et Cyprès.

Chaque objet est couvert d'un voile, Et mot je sens peser la toile Dont on se revêt au tombeau.

Il fait froid. Une cloche tinte...

Est-ce un glas, ou bien un tocsin ?

Le chien hurle, et dans cette enceinte La lampe obscure et presque éteinte Des spectres conjure l'essaim.

Je te retiens près de ma couche, Muse, tu devines pourquoi, Tu guettes l'adieu sur ma bouche, La pâleur de mon front te touche.

Pleure, ah! pleure, muse, sur moi !

Pourquoi ne puis-je attendre encore L'hirondelle et le rossignol, Et voir aux larmes de l'aurore,

Myrtes et Cyprès. 1S7

Lorsque la brume s'évapore, L'alouette prendre son vol?

L'an dernier encor sur la branche Je guettais le premier bourgeon, J'allais découvrir la pervenche, Soumettant sa corolle blanche Au baiser du premier rayon.

Sur mon modeste toit de chaume Reverrai-je quelques instants La cigogne, oiseau cher à l'homme, Bâtir son nid, comme un symptôme De la présence du printemps?

Mais maintenant la terre humide

N'a point de fleurs pour l'embellir;

La glace lui fait une ride;

Au ciel un nuage livide

Passe en me regardant mourir.

1S8 Myrtes et Cyprès.

Passons donc comme ce nuage.

Lyre jette un dernier accord...

Donne un sourire à mon visage, Pour que le pretre du village Dise en entrant dema'n : « Il dort.

Février 1876.

HBUOTHfCA

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