‹ Myrtes & cyprèsChapitre 23 sur 26 · DOLOR · texte numérisé non relu

DOLOR

EJ yo tutte le raattine Riaprendro gli occhi al pianto Tommaso Grossi.

De quoi vous parlerai-je encore?

Pour moi le jour s'est envolé, Mon âme a perdu son aurore, Mon vers, hélas! n'est plus ailé !

Dois-je parler de la nature, Qui rit au milieu de mon deuil ?...

O le doux ruisseau qui murmure Près d'une fosse et d'un cercueil!

82 Myrtes et Cyprès,

Je sais qu'il est encore au monde D'autres chagrins, d'autres soucis, Des abîmes que l'on ne sonde Qu'au péril des joies et des ris.

Mais, au fond de ce vaste gouffre Où succombe le genre humain, Ma voix sanglote en vain... Je souffre... Le passant poursuit son chemin.

Comprendrez-vous que ma pauvre âme Déborde, vase empli de fiel, Que je pleure comme une femme Et que j'ose douter du ciel ;

Que, lorsqu'un enfant et son père

Attirent mes regards perdus,

Au prêtre qui me dit : « Espère! »

Je réponds : « Dieu ne m'entend plus »?

Myrtes et Cyprès. i83

C'était donc chose nécessaire Pour lui, le souverain puissant, D'arracher au toit solitaire La mère berçant son enfant,

Le père qui le faisait lire

Dans tes œuvres, ô Dieu jaloux!

De tuer déjà le sourire

Sur un front innocent et doux,

Pour en faire une ombre, un atome, Un grain de sable que le vent Jette par son souffle de gnome Aux vagues du désert mouvant?

Granges (Suisse), 1866.

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