‹ Mystère des théatres 1852Chapitre 26 sur 87 · MADELON · texte numérisé non relu

MADELON

Opéra-comique en deux actes, paroles de M. Sauvage, musique de M. Bazin.

« C'est une triste et misérable condition que celle des écrivains qui se sont condamnés à rendre compte dans leurs ouvrages périodiques de toutes les productions qui circulent sur nos théâtres. » Loustalot avait raison. De tous les métiers, c'est le plus monotone et le plus ennuyeux. Le Kain disait un jour au public que jamais il n'avait si profondément compris son abjection que par la nécessité où il se trouvait de lui faire des excuses; — pour moi, je ne me suis jamais si bien aperçu du sot métier que je faisais qu'en me voyant dans l'obligation de vous rendre compte de Madelon. Règle générale^ un opéra-comique est toujours bète^ — ce qui, quelquefois, ne l'erapéche pas d'être amusant comme la Poupée de Nuremberg, ou intéressant comme le Carillonneur de Bruges. Mais ici ce n'est pas le cas. M. Sauvage, qui ordinairement a de l'esprit, — même quand il écrit pour la postérité la critique offlcielle du Moniteur,— M. Sauvage n'a plus paru se souvenir qu'il avait jadis saupoudré de gaieté, de verve et d'entrain,

de ces choses dite? poëmes dans le langas-e de convention que parlent les programmes et les réclames.

Cela s'appelle Madelon, — cela s'appelait los Barreaux Verts Cela se passe sous le règne de Louis Xlll. Question de costume, cela aurait tout aussi bien pu se passer sous celui de Henri IV ou de Napoléon. Une cabaretière gentille, cela se voit tous les jours. — Amis, vous connaissez Suzette, la brune Hébé, qui verse avec le mot pour rire le bon vin blanc de Jarnac aux buveurs de Vandoire? — Un brave homme de financier, cela se trouve plus comravmément que Ton ne pense; — un chevalier d'industrie, gentilhomme pouvant être décoré : il n'y en a que trop aujourd"bui; — un garçon de cabaret, type Arsène, moins la sublimité; pourquoi n'y en aurait-il pas aujourd'hui comme du temps où George Sand faisait vivre Horace? — Un jeune homme qui n'est pas amoureux , — c'est de la fantaisie , et la fantaisie est toujours de mise. Quand je dis qu'il n'est pas amoureux, je veux dire qu'il est amoureux d'un souvenir. Un homme qui a juré de ne jamais aimer, parce qu'il a été ruiné par le père de celle qu'il aimait et trahi par son amante elle-même. — L'idée principale de la pièce est là. — Je n'hésite pas à la proclamer absurde, ijarce qu'elle repose sur un sentiment faux. Qui de nous ne s'est laissé arracher quelque plume par l'amour, et qui de nous voudrait ne plus aimer? — Le même amoureux ne reconnaît pas sa maîtresse : la dernière chose que l'on oubUe d'une femme aimée, c'est son visage. Une fausseté et une invraisemblance, voilà tout le drame.

Parlerons-nous de la musique? — Nous serons assez généreux pour ne pas le faire. Sans doute il n'y a pas

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de ces défauts qui l'ont lïéuiii'; mais tout du long, tout du long, fig-urez-vous une uniforme platitude : un orgue de Barbarie qui ne prendrait pas soin de changer d air et qui serait monté à perpc'-tuité. Les inallicureux artistes paraissaient se demander s'il était bien à eux de venir ennuyer des gens qui avaient payé pour les entendre. Lemaire crevait dans un rôle trop étroit. M""^ Meyer-Meillet seml)lait avoir résolument pris son parti de Tambiguïté de sa position.

Au résumé, ce n'est pas un succès; nous ne plaignons pas l'opéra-comique : avant-hier le Carillonneur; hier le Farfadet, aujourd'hui Madelon. L'Odéon aurait eu droit de se plaindre. L'anneau de Polycrate, M. Perrin ! — Nous écrivons Polycrate et non pas Pohjcarpe. Un de nos collaborateurs est inconsolable de la bévue du compositeur qui lui a fait dire Polycarpe et non pas Polycrate, dans un de nos derniers numéros. — Espérons que cette rectitîcation lui fera perdre le souvenir cuisant de cette petite misère de la vie littL-raire.

Cornélius Holff.

GAITÉ

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