LES BARRIÈRES DE PARIS
Drame en cinq actes et huit tableaux , par MM. Gabriel et Carmouche.
Les Barrières de Paris!... Mais il faudrait le pinceau de Jacques Callot et la palette de Salvator Rosa pour peindre ce pand.hnonium des plaisirs et des joies de la grande Babylone. MM. Gabriel et Carmouche, — deux hommes d'esprit incontestablement, — n'ont ni le pin-
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ceau ni la palette; ils Tont parfaitement prouvé. Je n'ai ni le temps ni la volonté d'analyser leur piôce. C'est un mélodrame vulgaire; une histoire de jeune fille séduite par un grand seigneur^ les amours d'une écuyère et autres nouveautés analogues. Voulez-vous savoir pourquoi cela s'appelle les Barrières de Paris? Parce qu'il y a un commis de l'octroi qui joue un rôle fort désastreux : je proteste au nom de l'octroi et d'Adam Smith qui fut directeur des douanes, en Angleterre. — Que ce drame ait du succès, je ne m'en étonnerai pas, il détonne parfaitement dans la gamme ordinaire du boulevard. Mais je gémis que là on joue de morbides mélodrames, où j'ai vu jouer Molière, cette belle fantaisie de George Sand, qui devenait admirable dès que Ton voulait bien oublier l'histoire.
Cornélius Holff.
VARIETES
UN MONSIEUR QUI PREND LA MOUCHE, Par MM. Marc Michel et Labiche.
— Monsieur! dit A mal.
— Monsieur ! dit Leclère.
— .Monsieur, c'était le soir. Le crépuscule étendait son écharpe violette. Les derniers glacis de rose s'éteignaient au faîte des maisons.
— Passons.
— Passons. Un monsieur passe... Je vous ennuie? Je m'en vais.
— Continuez.
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— .le le salue. Je suis Irès-poli, uioi, monsieur! 11 ne nie rend pas mon salut. Je cours après lui. .le m'étais trompô. Je ne le connaissais pas; mais je l'avais salué. Je le prie de me rendre mon salut. Refus, injures, soufflet.
— Qu'est-ce que ça me fait?
— Je vous ennuie, je m'en vais.
— Continuez.
— Et procès. Très-bien! Je prends un avocat. Cet animal, — mon avocat, — me fait acquitter.
— Monsieur !
— Il me fait acquitter, monsieur, mais en m'injuriant trois quarts d'heure! 11 dit au tribunal que j'ai un mauvais caractère, que je suis Ijilieux, sanguin, que je prends la mouche, etc.. Je vous ennuie?
— Finissez !
— Je vais chez cet animal, — mon avocat. — Je lui flanque cinq cents francs et une paire de giffles. Duel. 11 se retourne. Je le blesse dans le gras. Je vous ennuie, je m'en vais.
— Je ne vous retiens pas, dit Leclère.
Arnal s'en va. Il revient.
— Pardon, monsieur.
— Ah! encore? dit Leclère.
— Monsieur, j'avais oublié de vous dire que cet animal, — mon avocat, — est ^I. Savoyard, qui doit épouser aujourd'hui votre fille. 11 en a pour trois mois. Monsieur, j'ai bien l'honneur de vous saluer.
A la suite d'une douzaine d'amusantes scènes toutes h^riss'es des susceptiltilités d' Arnal, le monsieur qui prend la mouche prend la place de M. Savoyard.
Le rôle de Beaudéduit est un nouveau triomphe pour le comique par excellence.
Un Monsieur qui prend la mouche est une revanche du
Poltron.
Et, de plus, nous demandons la mort du couplet :
Delenda est Carthago. . , „
Edmond et Jules de Concourt.
CONCERT DE M. LAGARIN.
J'ai beaucoup d'observations à faire sur ce concert : quand on annonce que l'on doit commencer à huit heures, je trouve qu'il est très-malséant de commencer à neuf heures. Celui qui croit arriver pour la fin arrive presque pour le commencement ; ce qui lui procure quelquefois un surcroit de plaisir qui dépasse la dose qu'il s'était accordée ce jour-là. — Deuxième observation : Pourquoi ne pas suivre l'ordre indiqué par le programme? Pourquoi ne pas rester fidèle au programme? Ceci a bien son importance. Je paie un billet — huit francs, — pour entendre M""^ Paris chanter l'air du Calife; point d'air du Calife! Ne suis-je pas outrageusement volé? n'ai-je pas droit de me plaindre? Un programme et un billet, voilà un contrat synallagmatique : — rendez-moi mon argent, ou mon air du Calife! Je dois déclarer que, n'ayant réclamé ni l'un ni l'autre, je n'ai pas à me plaindre que l'on n'ait point fait droit à ma demande.
Quand j'écoute un violoniste, je suis obsédé d'une idée fixe : cet homme doit souffrir aux entournures ! et je ne puis penser à autre chose. Paganini serait là, que je me dirais encore : Il doit diablement souffrir aux
cntouniures. — C'est une idée de tailleur, — que voulez-vous? Je ne suis pas tailleur, mais j'ai cette idée de tailleur. N'attendez donc de moi aucune appréciation du talent de M. Lagarin. C'est un artiste de talent, on le dit, et je le crois; — je le crois d'autant plus volontiers qu'iuie nuit, pendant huit heures, je l'ai entendu sans le voir, et qu'après l'avoir donné à tous les diahles pendant deux heures, j'avais fini par l'écouter avec émotion toute une audition de six heures. M"* Lagarin joue du piano, — mon instrument de prédilection, - et elle le fait avec sentiment. Encore une fois, j'ai entendu M"" Rouvroy chanter l'air : Ne touchez pas à la reme, et je ne m'en plains pas; je suis de ceux qui jamais ne se fatiguent du talent, parce qu'ils trouvent qu'il est toujours un objet d'étude. La veille, iM"*" Rouvroy se faisait entendre à Valenciennes dans Géralda et dans le Caïd, et on pourrait remplir L'Éclair des éloges que lui ont envoyés les journaux de la localité. Le lendemaen, elle chantait à Paris, et, la voix aussi fraîche, l'inspiration aussi gaie que si elle sortait d'un long repos, elle se jouait aux difficultés de l'orchestration de Boisselot, puis elle a redit le duo de la valse dans la Poupée de Xuremberg, — ce duo qui doit à elle et à Meillet peut-être, autant qu'à l'entrain avec lequel il est écrit, l'honneur d'être bissé tous les soirs :
« Me voilà! oui, c'est elle, c'est ma belle! n
Cette fois ce n'était pas Meillet, c'était M. Ribes, — un agréable chanteur, — qui lui servait de partner. Tous deux ont été applaudis comme ils devaient l'être.
Ce soir-là j'ai fait une singuUère rencontre : j'avais ma place, — je vous prie de le croire, — mais, pour
ne pas avoir à déranf,^or mes voisins^ j'avais préféré rester debout près de la porte du foyer. Et couinie Je regardais la jtlaee qui restait vide à mon intention pour examiner un peu quels étaient ceux qui auraient pu être mes voisins, j'aperçus une jeune femme qui pleurait. Alors il me prit envie d'aller savoir pourquoi elle pleurait^ et j'allai occuper ma place. Et M"'= Rouvroy chantait, et ma voisine pleurait de plus en plus. Je pris le parti de lui demander i»ourquoi elle pleurait. Elle ne parut pas faire attention à ma demande. Je recommençai : môme silence à mon endroit, — mêmes sanglots étouffés dans les plis du mouchoir. Mais un monsieur décoré, qui lui servait de voisin de droite, me répondit pour elle qu'elle était sourde et qu'elle pleurait de ne pas entendre. Je me le fis répéter deux fois et je me retirai en pensant, à part moi, que, si sa surdité la privait du plaisir d'entendre 3Imes Yweins d'Hennin, Paris, Lagarin et Rouvroy, sans oublier M. Lagarin, cela lui évitait l'ennui d'entendre M""=^ M... C... D... D... L... et les orgues de Barbarie : en sorte qu'à mon avis il y avait compensation.
Qu'en pensez- vous?
Cornélius Holff.
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- 10 iivril. — l'ORTE-SAINT-MAirriN.