‹ Mystère des théatres 1852Chapitre 39 sur 87 · T NE VENGEANCE · texte numérisé non relu

T NE VENGEANCE

Vaudeville i^ii un .ictc, par MM. B.iiTièrc et de Courcelles.

Les anciens faisaient de la vengeance le plaisir des dieux : une manière tout humaine de concevoir la divinité qui ne semble pas avoir été celle de Virgile. La vengeance est-elle le propre des grandes âmes ou des petits esprits? Le grand tort de la vengeance, c'est de coûter beaucoup pour un mince résultat, — une satisfaction purement morale le plus souvent. — La vengeance

se comprend parfaitement, mais elle ne peut se Justilier par le raisonnement ; car le simple bon sens conseille à riionnne de n écouter que son intérêt, et la vengeance est rarement le véritable intérêt de celui qui se venge.

Larrey (0 raconte c[ue Felton, — l'assassin de Buckingham. — ayant provoqué un gentilhomme en du(>I, lui envoya avec le cartel un de ses doigts qu'il venait de couper à son intention. Felton, pensant que la crainte de compromettre sa qualité lui ferait décliner le plaisir de la rencontre, voulait lui donner à entendre (lu'il n'avait à espérer aucune merci d'un homme assez courageux [lour détailler sa propre chair. Est-ce (jue Felton n'eût pas mieux fait de garder son doigt? A quoi pouvaient lui servir les douleurs dramatiques de cette mise en scène? La conservation d'un doigt, quel qu'il soit, n'est-elle pas préférable à toutes les vengeances? Il y a des gens qui pensent que les ca ract^res méridionaux sont seuls capables de concevoir la vengeance. On voit que les hommes du Nord, les Anglais par exemple, ont des passions tout aussi violentes que pourraient les avoir les Corses. Ce qui prouve que les nations n'ont point de caractère distinctif, qu'il y a des hommes, mais qu'il n'y a point de peuples. — Une autre vengeance anglo-saxonne : c'est Ahn-at qui la rapporte dans ses lettres. Une Anglaise gisait sur son lit de mort; avant de rendre l'àme, elle pria son mari, au nom des souffrances qu'elle endurait, au nom de la solennité du moment,

(1) Hialoirc il' Aïiyh'fpi ) r, d' Ecos .c et i/'I>luii>/r Rnttct'HHiti, 1707-13. 4 vol. in-folio.

2rv.>

de lui pardoiinor uno grave faute qu'elle avait à se reprocher envcr?; hii, — une infidélité. Le mari accorda le pardctn demandé. Et puis, à son tour, il pria sa femme de lui pardonner ses torts : « Car, ajouta-t-il, je savais que vous m'aviez été infidèle, et vous mourez empoisonnée par moi. « Est-ce que ce mari n'eût pas beaucoup mieux fait de prendre son mal en patience? Que pouvait-il gagner à cette mesure violente? Des démêlés avec la justice, si de son temps et dans son pays la justice eût été connue autrement que de nom. Ah ! que je préfère la fine et spirituelle vengeance attribuée par Adam Oléarius à une femme moscovite (I)! C'était du temi)S de Boris Codounow, qui préparait les voies à la dynastie des Romanow, entre 1508 et leo.ï. Le rzar avait la goutte. Or, certain boiard avait la déploi rable habitude de battre sa femme. Il y avait long- ! temps que cette malheureuse victime de la brutaUté conjugale était en quête d'une vengeance, lorsqu'il lui vint à l'esprit de publier partout que son mari avait le secret d'un spécifique infaillible contre la goutte, mais qu'il n'avait pas assez d'affection pour le prince pour le lui communiquer. Aussitôt Boris envoya chercher le boïard. Celui-ci eut be^iu nier ses connaissances pharmaceutiques, le despote eut recours à une dose exagérée de knout pour vaincre ce qu'il appelait son obstination. Le boïard mettait la même opiniâtreté à dénier la qualité de médecin. Alors on fit venir le bourreau : — c'était le famiUer des Godounow. La vue

(1) Voyages très-curieux faits en Moscovie, Tartarie et Perse, trad. en français par Abraham de Wicquefort ; Amsterdam , 1727. l vol. in-folio.

du bourreau changea les dispositions du boïard : il s'avoua médecin, déclara qu'en etlet il connaissait fxu(dques remèdes contre la goutt(\ mais qu'il lui fallait quinze jours pour les préparer. Pendant ce temps, il ramassa au hasard une grande quantité d'herbes fortes, les fit bouillir, et dans cette eau fit baigner le podagre. Je n'ai pas l)esoin de dire que ce traitement lui rendit la santé. Le mauvais vouloir du boïard était patent : Boris le fit fouetter de nouveau, et puis après il le renvoya chez lui avec un cadeau de 400 écus et de dixhuit paysans. Le boïard n'en voulut jamais à sa femme. Aux Variétés, la vengeance reste à l'état de projet : le vengeur a le bon sens de se laisser désarmer par deux beaux yeux.

CAXAltAR PÈRE ET FILS, Vaudeville en un acte, par MM. Laurencin et Marc Michel.

Canadar père et Canadar fils sont un seul et même personnage : Lassagne, — Protée par caractère et par état. Canadar fils, garçon apothicaire, est cliassé par le patron parce qu'il parfume les potions au phosphore et qu'il fait la cour à M"' Céneau, — ce qui est bien la chose la plus naturelle et la plus excusable du monde. Canadar, portier de profession, est chassé par le propriétaire Verpinson, amant peu satisfait d avoir pour rival heureux Canadar fils. Mais voici que la prétendue étourderie n'était qu'une grande audace. Les médicaments phosphorescents ont opéré. Gloire à Canadar fils, l'inventeur de la médecine phosphorique ! L'apo thicaire Giromel, rempli d'admiration pour son élève, est trop heureux de lui donner M"^ Céneau. — Canadar

lil» est toujours trop Iiourouv do raccopter. - - Lo prn-

Itriétairi' Noriànson s'incline devant c»* Christophe V.o-

loml» de la droiruerio nouvelle. — Et Lassairnc se

donne à lui-uMne pu'.lons et hMiMirtions, que les

spectateurs lui rendent en rires et en aiiplaudisse-

ments.

Cornélius HoUV.

39 mai —

ODEON

LA. CHASSE AU LIOX, Coinéilie fu un acte et en prose, par MM. de Najac et N'allier.

« Les femmes sont nos maîtresses dans la jeunesse, nos compairnes dans Tàge mûr et nos nourrices dans la vieillesse. C'est pour cela qu'à tout àtre l'on a raison de se marier. » — J'en demande pardon à Bacon, mais cette proposition me parait infmiment controuvée. De ce que la femme, pour faire le bonheur de l'homme, a besoin d'être triple, il faudrait plutôt conclure que riiomme ne doit point se marier, afin de rester en toute liberté de choisir ce qui convient à chacun de ses âges Et d'abord j'ai hâte de déclarer que cette doctrine n'est point la mienne, et, si vous me demandez pourquoi, je vous dirai que, croyant à l'égalité des sexes, je ne puis croire que l'un doivo être le service de l'autre.

Voilà ce que je me disais à part moi , en gravissant

rescalier solitaire du tlr'àtre de l'Odéon , le mercredi 11» mai 18^)2; car, dans mon fail)le entendement, j'avais bien pi't'vu que la Chasse au Lion n'était que Toccasion d'mi mariage. Quel sini.'-ulier théâtre que TOdéonl 11 est mal disposi'*, mais construit dans de belles proportions! Il pourrait être propre, et il est d'une saleté qui ferait paraître les Fanamhules un boudoir de princesse! Et puis les jours de première représentation, il y a encore moins de monde que les autres jours, c'est-àdire qu'il ne reste auère plus que les prétendus musiciens de l'orchestre. Maintenant que le Panthéon est rendu au culte catholique et que le besoin d'un autre Westmin§ter«e fait généralement sentir, ne pourrait-on utiUser l'Odéon à la gloire de nos grands hommes? Il ne serait poird pour cela détourné de son service dit dramatique : les pauvres morts ne courraient pas risque d'être troublés par le l)ruit des applaudissements ; l'on prierait seulement l'administration de supprimer la claque, la nmsique de faire long feu, les acteurs de se borner à gestitier, et le directeur de consacrer une minime portion de sa subvention au balayage et à l'époussetage de l'endroit. Certaines personnes se figurent que le malheur de l'Odéon est dans sa situation topographique. Al)surdité! Au temps de ses brillants succès, l'Odéon n'était pas placé ailleurs ; mais l'Odéon actuel, avec son personnel et son répertoire, transporté au coin de la rue Drouot, aurait peut-être encore moins de monde que sur le versant de la rue de Vaugirard, car ses réticences pudibondes ne lui créeraient pas au Jockey Club la clientèle vieillotte qu'il a su se faire dans les tables d'hôte du quartier Saint- Marcel. La position excentrique de l'Odéon entre les mains

ne

d'un lioinmc haliile serait un r-h'nient do sutcùs, 11 ne faut pas se le cacher : en toutes saisons, en hiver comme en été, au printemps comme à l'automne, le voyage de TOdéon présente de grandes (Ufficultés. Mais personne n'ignore l'attrait irrésistilde de la difficulté- Tout le monde aujourd'hui connaît les Alpes, et il n'y a pas vingt personnes à Paris qui connaissent la vallée de Dammartin, — quelque chose d'admirahlement pittoresque. Pourquoi? Parce que Damraartin n'est qu'à douze lieues de Paris, ligne de Strasbourg, station d'Esbly. 11 y a des directions malencontreuses : celle de M. Altaroclie est du nombre. Ou'a-t-elle fait des Cinq Minulps du Commandeur? Faute d'une monture digne du joyau, elle a tout perdu. M. Altaroche n'est pas du reste le seul qui fasse des faux pas : n'avonsnous pas vu, cet hiver, l'Opéra-National tenir un éclatant succès, — la Butte des Moulins, — et le laisser tomber à plat! Ici, ce n'est pas l'exécution qui manquait ; non : le directeur n'a pas compris, — il a pris un diamant pour un morceau de verre.

Par exemple, je ne sais pas trop si c'est pour un diamant ou pour un morceau de verre que M. Altaroche a pris la pièce de MM. de Najac et Yattier. On m'avait dit que deux jeunes gens débutaient dans la Uttérature dramatique, et je m'étais fait une fête de cette dégustation de leur efflorescence. Jusqu'à présent, l'Odéon ne nous avait donné que des pièces ennuyeuses, le voici maintenant qui tombe dans l'absurde. N'est-ce pas le quos vult perdere dementat? Où MM. de Najac et Yattier ont-ils vu des gens du monde épouser des femmes de chambre pour un rend(>z-vuus, — pour un amour de cinq minutes? Où MM. de Najac et Yattier

ùôl

ont-ils vu qu'il était si difficile Je supplanter un prince

russe? Est-ce que, ces jours derniers, y, qui n'est

qu'un simple baron, ne forçait pas le prince z à la

retraite? — N'est-ce pas, Sabine? Le prince russe a de grands avantages sans doute, mais il ne faut pas croire, après tout, qu'il soit inébranlable. J'ai vu plus d'un prince russe traité comme un simple mortel, pas plus tard que... Je ne veux pas te rappeler des souvenirs trop cuisants, mon cher Basilide.

MM. de Najac etVattier sont jeunes; espérons qu'ils feront mieux une autre fois, qu'ils respecteront un peu plus le réalisme, qu'ils ne feront pas de la fantaisie pour la fantaisie, qu'ils inventeront des situations moins ennuyeuses, qu'ils soigneront un peu plus leur style, qu'ils aiguiseront leurs pointes et qu'ils se feront jouer ailleurs qu'à l'Odéon : c'est ce que je leur souhaite et leur désire.

LE BOUGEOIR, Comédie en un acte, par M. Clément Caraguel.

L'Odéon avait toujours respecté la morale; abl paisibles habitants de la rue Racine et de la rue Condé, voilez-vous la face! C'en est fait : la mère n'osera plus y conduire sa fille. L'Odéon avait une spécialité, — celle des familles; — que va maintenant devenir fOdéon? On n'est jamais trahi que par les siens : c'est M. Caraguel qui porte le dernier coup à M. Altaroche ! — Étant donnés une femme, un mari et im amant réunis dans la même chambre à une heure compromettante, le mari étant en belle humeur, l'amant caché derrière un rideau, comment la femme fera-t-elle pour... faire

sortir raniani? — Alaris, ne conduisez pas vos femmes à rodéon ; mères, n'y conduisez pas vos filles. — La pièce de ^I. Caraguel n'en est pas moins finement et spirituellement écrite : c'est le plus joli rien qui ait été fait depuis lonprtemps. Mais pourquoi avoir envoyé les fraiches couleurs du Bougeoir se lancr aux pestilences de la nécropole Saint- Germain?

Cornélius Holff.

GYMNASE

INE FILLE D'HOFFMANN, Dramo -vaudeville en uii actP, par MM. Bayard et Yarner.

Qui ne sait cette excellente plaisanterie qui nous a été conservée dans la correspondance d'un homme très-spirituel, mais peu véridique? La femme d'un noble vénitien venait de perdre son fils unique, et, soit amour maternel , soit esprit de caste, elle s'aban donnait à la douleur. Un relitrieux, bien intentionn'", mais bête, lui prodiguait les consolations dites chrétiennes, qui consistent en : — C'est la volonté de Dieu, — il a voulu vous éprouver, — il faut b.'nir la main qui vous frappe, — et mille autres facéties également irritantes; puis, en forme de péroraison, il ajouta : — Dieu ne commanda-t-il pas à Abraham de plonger un couteau dans le sein de son fils ? — Eh ! mon père, répondit la mère. Dieu n'aurait jamais crymmandé ce sacrifice à une mère. — Le mot est très-joU, mais, fùt-il vrai, il ne serait pas juste. Si vous en doutez, un de ces soirs, à la fraîche, gagnez le boulevard

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Poissonnière, — pas n'est besoin de vous priisser, — et allez voir au Gyuniase Geoffroy détailler son amour pour sa fille.

Savez-vous ce que Wilhem-Holfmann- Geoffroy fait pour sa fille Louise-Marguerite? Il fait une chose que je proclame infaisable : il se défait d'une habitude; car il en est de Thabitude comme de la calvitie. Cependant, ce qui rend ce miracle possible, c'est que Wilhem Hoffmann ne l'accomplit que pour marier sa fille. Or, quand il s'agit de marier une fille, il n'est rien dont un père, — et en ceci les mères sont comme les pères, - il n'est rien , dis-je, dont un p'n-e ne soit capable. Une fille à marier, c'est un si grand embarras î Une fille mariée, c'est ua si grand débarras! Je me rétracte : Hoffmann n'aimait pas sa fille, il agissait par égoïsme. — Voici les pièces du procès traduites du patois Bayard et compagnie : le comte Frédéric aime Louise, la fille de Wilhem Holfmann, amant effréné de son violon, de sa pipe et de son poste d'observation dans un coin de cabaret. Frédéric est riche : Louise l'aime, — c'est tout simple. — La comtesse va consentir à l'union de son fils Frédéric avec son amante, lorsque le cbaml)ellan Ramberg et le docteur Brunow viennent, fort à propos pour M. Bayard, se mêler de ce qui ne les regarde point. Hs ont un intérêt à faire épouser le comte Frédéric à une duchesse qui reste dans les coulisses. Quel est cet intérêt? - Je l'ignore, M. Bayard n'ayant pas jugé à propos de me le communiquer. — Ces deux intrigants persuadent à Frédéric que sa mère est malade de désespoir du mariage qu'il va faire. M. Bayard, qui est malin comme un vieux singe, sait bien qu'en amour absence -f éloigne-

mcnt-1- coinl)at - rupture; il veut éloigner Frédéric, Mais voici que Louise éprouve en sens inverse les effets de rabsence. Williem Hoffmann se figure avec raison que ce sont ses habitudes de biberon et de ménestrel qui ont amené la rupture de ralliance projetée. Il promet d'y renoncer. Pendant ce temps, Louise se meurt. Mais cet excellent M. Bavard, qui ne veut pas la mort du pécheur, connuunique un peu de sa malice au vieil Hoffmann , qui démasque l'intrigue : l'innocence triomphe sur toute la ligne. Louise épousera Frédéric, Williem ne boira plus et ne raclera plus. Trois serments au finale, — trois infidélités pour demain.

Une jeune personne du nom de Marguerite débutait^ dit-on, dans le rôle de Louise. J'en suis bien aise pour elle. — Quant à M. Bayard, il ne débutait pas; il continuait ce brillant exercice qui consiste à courir le pas gymnastique sur une ficelle entre deux gouffres béants, — dont l'un s'appelle le bon sens et l'autre l'esprit, — ayant suspendues sur la tète deux tuiles étiquetées, l'une : Grammaire française; — l'autre: Dictionnaire de l'Académie.

Cornélius Holtf.

VARIÉTÉS

DÉMÉNAGÉ d'hier.

Vaudeville en un acte, par MM. A. Royer, G. Vaez et Nanvy.

Le vrai but de cette pièce est de nous faire voir M"'' Ozy jouant un rôle d'ingénue. C'est très-grotesque, c'est très-annisant si vous voulez; mais, franchement, cela ne vaut pas la peine d'aller prendre un bain de

vapeur à la sallo des Panoramas. M"'' Ozy est très- Jolie, très-spirituelle; — l:i modestie de ses paroles forme, avec la légèreté de ses allures, un contraste très-saillant; — mais j'aime mieux la voir dans ses rôles carrément grivois, où elle se complaît et où le l>uljlic se complaît à l'applaudir. Quant à Arnal, on se demande quelle espèce de rôle est le sien. Comme c'est divertissant une énigme dont les auditeurs ont le mot depuis le commencement! — .le n'entreprendrai pas de vous raconter la pièce en question ; qu'il vous suftise de savoir que riiahitude, — cette seconde nature, — ramène à son logement un monsieur déménagé depuis hier, et que ce monsieur c'est Arnal. Comment deux Andalouses de Marseille se trouvent-elles par là? C'est ce que je ne vous dirai pas : il faudrait avoir écouté la pièce jusqu'au bout, et c'est un courage qui

m'a manqiK'.

Cornélius Holff.

FOLIES-DRAMATKJUES.

PARIS Qcr s'éveille, Vaiifleville fii riiicj actes, par .MM. I.anrencin ot Gnrmon.

Paris qui s'éveille!... c'est le poste de la garde nationale où il ne reste plus que le factionnaire; — c'est le tambour qui va Loire la goutte avec le lieutenant; — c'est le marchand de vin qui prépare ses emitoisonnements quotidiens; — c'est Mni qui va acheter un sou de lait; — c'est le portier qui examine celui qui

descend de chez yV^'-' ; — c'est souvent Cornélius

Holff, votre indigne serviteur, qui rentre du spectacle

par le chemin de? écoliers. — Ici c'est la i)rière, lu c'est le bàillonient de Toriric qui s'étire au t'rùlenient de l'air frais du matin. Paris qui s'éveille!,., c'est l'amour, c'est la vengeance! que de fois c'est le mécompte et le regret! Bien souvent le mari et l'amant, — l'un rentrant, l'autre sortant, — se demandent mille pardons dans l'escalier d'un heurt involontaire. Paris qui s'éveille! c'est sale, c'est délabré coinnic les débris d'une débauche.

11 est cinq heures, Paris s'éveille, — les minutes s'écoulent rapidement. Le train n" i du chemin de fer du Nord vient d'arriver; le faubourg Poissonnière se remlilit de voyageurs. Voici venir M. Laroche et M. Adi'ien, une ])aire de vrais amis. M. Adrien est un conducteur du chemin de fer, il a un goût très-prononcé pour le petit verre; M. Laroche partage cette passion militaire. C'est le verre à la main que Laroche et Adrien ont fait connaissance, c'est le verre à la main qu'ils ont, à chaque station , renouvelé la connaissance ; c'est le verre à la main qu'ils se promettent une constante amitié. — Vous êtes peut-être curieux de savoir ce que c'est que Laroche? — Laroche arrive tout exprès de Bruxelles pour embrasser sa nièce Hortense, — quel oncle! — et pour remettre à une jeune couturière du nom de Louise quelques billets de mille francs qu'il lui doit, — quel débiteur! — Je m'attendrirais peut-être, mais je suis cuirassé contre les séductions de la scène. Oh! messieurs Laurencin et Cormon, si je n'avais une excellente opinion de vous, je vous prendrais pour des créanciers! — C'est ici que l'intrigue se comphque, — elle en avait besoin. — Louise aime Adrien, et Hortense aime Frédéric. En voilà un dél)iteur, un vrai débiteur.

HZ

un (l(''biteur point paradoxal , un débiteur par excellence, un débiteur qui ne paie pas du tout, — mais du tout; si bien que des créanciers peu estimables se permettent de vouloir le faire arrêter. C'en est fait... Non, Adrien l'introduit cbez Louise et le cache dans l'alcôve. — Louise rentre avec Laroche, — Frédéric s'esquive, bêtement, si vous voulez; mais il fallait cela pour faire la pièce. — Or donc Frédéric s'esquive. Louise ne le voit point, mais Laroche l'aperçoit^ et il en conclut tout prosaïquement que Louise est la maîtresse de Frédéric, l'amant de sa nièce. Indignation de cet homme respectable. Il va tout contei' à lïortense. — Fureur d'Hortense. — Elle veut partir pour fuir l'infidèle; — mais, au moment de filer, elle s'aiiercoit qu'elle est volée de toute sa foi-tune, qu'elle avait eu l'imprudence de mobiliser dans un portefeuille. — Qui a fait le coup? L'amant de la femme de chambre. — Quoique conducteur, Adrien n'est pas sourd. Une conversation emportée par la brise embaumée lui fait connaître le voleur. Il reprend le portefeuille, explique la présence de Frédéric chez Louise, et tout se termine par un double mariage.

La pièce est fort annjsante, il y a surtout des scènes d'intérieur chez le créancier Picardier qui sont traitées de main de maître. Est-ce de l'observation ou de la

synthèse?

Coriiûliiis HnltV.

— 3 juin. — GYMNASE.

l'N SOUFFLET jVeST JAMAIS PEUlif, Vaudeville on un aetf, par M. Uayani.

20 degrés cenligrados. — Serre chaude.

VAUDEVILLE

LA MAITRESSE L'HÎVER ET LA MAITRESSE D'ÉTÉ, Vaudeville en cinq actes, par MM. Clairville et J. Cordier.

23 degrés centigrades. — Vers à soie.

VARIETES

MADAME D10GÈ-\E, Vaudeville en un acte, par M. Desarbres.

35 degrés centigrades. — Bains ordinaires.

AMBIGU-COMIQUE

CROOrEMITAINE, Drame en six actes, par MM. Max de Revel et Humbert.

■il) degrés centigrades. — Clialeur humaine.

FALAIS-ROVAL.

LES COULISSES DE LA VIE, \au(levillc en cinq actes, [>ar MM. Dumanoir et Clairville.

30 degrés centigrades. — Sénégal.

La pièce de M. Bavard étant la plus fraîche de la semaine, nous la recommandons à nos abonnés.

Edmond et Jules de Concourt.

— 12 juin. —

VARIETES

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