‹ Mystère des théatres 1852Chapitre 41 sur 87 · Prologue, par M. Marc Fournicr · texte numérisé non relu

Prologue, par M. Marc Fournicr

0 Seine! ù naïades heureuses de Paris et d'Asnières» naïades ([ui avi^z vu Gavarni dîner diez la mère Laruclie, — la mèrf Laruche, dynastie caverneuse cunnnc les liur.i: raves d'Hufio; <|ui avez vu Kugène Sue nnnniencer son lie des rava.geurs à la Maison Rouge; naïades, qu'ont éveillées si souvent les refrains de la Marie Mielion; naïades, qui baignez de votre onde Gastal, le restaurant de la Grande Girafe, et Gaspard Gorisse, le liemlez-vous de la Marine; divinités mouillées qui contez, dans vos palais de cristal, les amours fleuries du canotier !

0 Seine! toi qui baignes l'Hôtel-Dieu, la Morgue et le Bas-iMeudon, — sois ma muse!

Les nuits de la Seine! — Ah! dites, n'avez- vous pas, en juillet, plié les rames fatiguées, sous le ciel garni d'étoiles, pour laisser voguer la yole sous le berceau des saules, sous l'eau sombre, sous les feuillages noirs? A peine une lanterne était à votre proue; et la yole descendait les îles, frôlant les herbes doucement froissées, allant à l'aventure, tout le long, tout le long de l'eau. Dites, n'avez-vous pas, ainsi portés par le cou-

lant^ rôvé une houro nu deux, dans le silence de la rivière endormie, dans le clair du ciel allume, — rèv«i deu\ à deux?

Et, tout d'ahurd, déclarons par-devant le public le drame de M. Fournier le plus amusant drame de toute la saison dramatique.

C'est la rue aux Fèves au bord de l'eau; l'ogresse, et le chourineur, et le maître d'école, occupés à pêcher à la main ce c|ui passe, épaves ou cadavres. Les larijlas d'un canot font invasion dans l'argot du houge riverain ; et les lilles de l'Opéra de l'équipe du Belzèbuth viennent danser une chacone, au pied levé, dans le club des écumeurs d'eau douce. Mélodrame formidolnsn, à changements de vues, de costumes, d'incidents ! L'intérêt y court la poste; les larmes et le rire y font tjipage; les coquins y crient comme une majorité; les (rimes s'y bousculent; les di'vouements prennent les gueuseries au collet et tiennent bon. C'est une mêlée, un brouhaha, un salon, un tapis- franc, des noyades, une folie, et des bâtards à ne pas dormir de huit jours si vous êtes marié.

« L'ouverture doit être l'idée de la pièce entière, » disait, l'an 1737, un pauvre Allemand, M. Scheibe, qui a essayé de composer « des sym]»honies adaptées au sujet de Polyeucte et Mithridate. » Ah ! brave monsieur Scheibe, notre ouverture à notre tragédie n'est pas faite « pour affaiblir l'intérêt du spectateur. » Le Professeur (le la langue verte, voilà comme elle s'api)elle, notre ouverture, digne monsieur Scheibe'

Franchement, monsieur Fournier, votre pièce arrive à temps pour nous faire bonne bouche, après tous ces ennuis qui furent des succès : Marianne , le Château de

Grantier, etc., drames où Ton pleurait, je crois, sur la foi du feuilleton, les plus ennuyeux drames que j'aie, vus, — où vous aviez toujours un voisin pour vous dire : Mais, monsieur, c'est littéraire!

Esquissons les personnages, si vous voulez bien, ami lecteur. Roncevaux est un coquin, mais coquin ayant du linge, presque un nom; ayant mangé l'argent de sa femme, couru tous les tapis verts d'Allemagne; ayant piqué trente mille cartes pour bizeauter le hasard, et n'ayant pas réussi ; drôle sans le sou, scélérat à jeun et qui a faim, un larron de science et de talent au reste; voleur toujours et tueur si l'occasion l'en prie un peu; sorte de mauvais dieu qui fait la fatalité dans la pièce. François, dit le MarioUe, est un autre coquin, cuncfator celui-là, coquin expectatif, .Jocrisse à deux faces, un espion niais , comme le Jocrisse du Juif Errant. C'est Poussier, un brave homme manqué, qui a la manie de se bâtir une maison avec tout ce qu'il trouve, un moellon ou un billet de banque ! un cœur d'or fourvoyé en mauvaise compagnie; Poussier, qui fera du mal sans le savoir, et du bien sans le vouloir; bête plutôt qu'homme; des instincts plutôt que des sentiments. C'est M""^ de Flavignan : « Je n'ai vécu que par l'amour! » disait M"« de Lespinasse; M""* de Flavignan, l'épouse de Roncevaux , l'amante du général de Flavignan; pauvre femme, ballottée i^ar toute la pièce , mère à qui l'on vole ses enfants, épouse que son mari veut faire c/îa/if^r, puis, folle et la tète perdue de tant de chutes dans la boue, de tant de déchirements de cœur, folle, descendant à pas lents les escaliers comme une statue de marbre, sans regard, le cœur froid comme un mort, faisant du filet chez des pêcheurs, devenue

la Filocho et ne sadiaiit plus lion d'elle-mèiiio. C'est à coté d'elle, et. la n'-confortant i»ar-oi par-là, la Grig-notte, une sœur, eorame type, du Poussier; bonne femme du peuple, dépaysée, elle aussi, dans cette caverne, et qui voudrait bien se ranger pour placer honnêtement à la caisse d'épargne. C'est Frise-Linotte, le uamin, Frise-Linotte, le vovou :

Au corps chétif, au teint jaune comme un vieux sou ;

Frise-Linotte, un bon garçon en berbe, ayant le cœur sur la main et la colère au 1 lout des doigts , sachant la savate de naissance, enfant de Paris, né d'un pavé, bercé par une femme qui passait, le Bixiou des éventaires, un trésor de pitié en somme que ce Frise-Linotte, et s'il ne repêche pas les vicomtes , comme son aîné le Gamin de Paris; empêchant du moins qu'on ne les jette à l'eau, le gamin des révolutions et des drames, leste, pétillant, généreux, généreux... comme un voleur! — Puis, au-dessus de cela, rayonnant comme deux probités^ de Flavignan et lienaud : Renaud, un Cambronne inédit, bon serviteur, bon soldat; FJavignan, un Ajax de tribune, un général Foy !

^lèlez tout cela et ce que je ne ths pas, raêlez-le avec la science <'t l'entente de M. Fournier; mettez Roncevaux aux prises avec Flavignan , logez la folie chez le crime, séparez les enfants de la mère, amoncelez les catastrophes, les déshonneurs, les ruines et les misères; puis faites crouler une maison, écrasez Roncevaux, habillez Tortillard en Providence, rendez les enfants à la mère et la mère à la raison, — et vous aurez un excellent gros drame, qui ne volera ni son succès ni l'argent des gens qui iront constater le succès.

Hélas ! oui , on est bien loin de ce temps où le bonhomme d'Aubiirnac écrivait : « La Théodore de M. Corneille n'a i>as eu tout le succès ni toute l'approbation qu'elle uicritait. C'est une pièce dont la constitution est très-nigénieuse, où l'intrigue est bien conduite et bien variée, où ce que l'histoire donne est fort bien manié, où les changements sont fort judicieux; mais, parce que le théâtre tourne sur la prostitution, le sujet n'en a pu plaire. » Pour une petite horreur 1 — nos ancêtres étaient bien virginaux !

Roncevaux-Bignon , de Flavignan-Drouville, de Komany-Luguet, M"'^ de Flavignan-M""' Laurent, La Grignotte-M'"*^ Bhgny, acteurs et actrices, ont été bons, très-bons; mieux que cela, ils ont joué d'ensemble. Chéri-Louis a fait de Renaud une création. Colbrun a dit un : Alfred ! pas de gestes ! qui a électrisé le cintre. Quant à Boutin , nous l'avons acclamé dans le rôle de Pailleux ; dans le rôle de Poussier, il a encore été merveilleux de vrai et d'art : il a des gestes, des manières de marcher, des tonalités magnifiques. Vous verrez que, dans deux ans, le paradoxe : Boutin est un des premiers acteurs de Paris! courra la critique comme une trivialité.

Bon pour cent représentations,

Eflmond et Jules de Goncourl.

GYMNASE

LES ÉCHELONS DU MARI, Vaudeville en trois actes, par MM. Bavard et ^'arner.

il y a longtemps que nous pressentions que M. Bavard en viendrait là. Cette fois, c'est tout carrément une

lii-ululo apotlicosi' du maria,L:(', uno iiicptc cxlnbition irun exemple do lidélité tonjui^alc à iig'urcr dans le re<-u('il des traits de morale et do vertu à l'usage des maisons d'éducation. Trois amants, un (ifficicr, un prcmioi- ministre et un roi , — celui de Danemark , — se disputent le co^ur de M"'' Luther; mais la diiine enfant de M. Bavard conserve son amour à Plissmann, son époux. J'ai dit son amour, et j'ai eu tort. M"'' Luthi'r ne saurait avoir d'amour pour Plissmann ; j'aurais dû parler tout simplement de son respect pour le Code, chapitre des Devoirs récipruques .

Au lieu de vous entretenir des charmes de M. Bavard, permettez-moi de vous traduire une fable assez spirituelle sur le mérite des femmes : elle est de Lessing :

« Mes furies vieillissent, dit Pluton au messager des dieux ; le service les a usces. N'en pourrais-je pas avoir de toutes fraîches? Va donc, Mercure; vole jusqu'au monde supérieur, et tu m'y chercheras trois femmes propres à ce ministère. Mercure part. Peu de temps après, Junon dit à sa suivante : — Il me faudrait. Iris, trois filles parfaitement sévères et chastes; crois-tu pouvoir les trouver chez les mortels? mais parfaitement chastes, m'entends-tu? Je veux faire honte à Vénus, qui se vante d'avoir soumis , sans exception , tout le l)eau sexe. Va donc, et cherche où tu pourras les rencontrer. Iris part. Quel est le coin de terre qui ne fut pas visité par la bonne Iris? Peine perdue; elle revint seule. — Quoi! toute seule! s'écria Junon; est-il possible? 0 chasteté! ô vertu! — Déesse, dit Iris, j'aurais bien pu vous amener trois tilles , qui toutes les trois ont été parfaitement sévères et chastes, qui n'ont jamais souri à aucua homme, qui ont étouffé dans

leur cœur jusqu'à la jilus petite étincelle do l'amour; mais, hélas ! je suis arrivée trop tard. — Trop tai'd ! dit Junon ; comment cela ? — Mercure venait dans l'instant de les enlever jjour Pluton; trois lilles qui sont la vertu même! — Et qu'est-ce que Pluton veut en faire? — Des furies. »

Et maintenant écoutons l'allégorie d'un vieil auteur franaiis, Chrestien de Troyes :

« Gauvain, preux chevalier de la cour du roi Artus, épousa dans ses voyages une fort ])elle dame. La noce faite, il veut présenter sa femme à la cour, et la conduit en croupe derrière lui, selon la coutume de son temps. Un inconnu, armé de toutes pièces, les rencontre, et veut enlever la helle. Gauvain lui représente qu'elle est à lui; l'inconnu lui répond : « Si elle aimoit mieux « me suivre, me la céderiez -vous? — Oui, » répond Gauvain. Il donne le choix à sa femme, qui, sans hésiter, se déclare pour l'inconnu. Gauvain, délaissé de sa belle ingrate, poursuivoit constamment son chemin, suivi de deux beaux lévriers blancs que son père lui avoit donnés. La dame, qui aimoit ces lévriers, exige de l'inconnu qu'il les aille demander à son mari. L'inconnu le rejoint, et lui fait sa demande. Gauvain lui tient ce propos : « Vous m'avez pris ma femme, parce « qu'elle a voulu vous suivre; il est juste que la même « épreuve décide des lévriers : ils seront à celui qu'ils « suivront. » L'inconnu trouva la proposition raisonnable; chacun va de son côté, appelant les chiens, mais ils suivent leur ancien maître. »

Lessing et Chrestien de Troyes en savaient un peu plus long en esthétique que IVLM. Bayard et Varner,

Cornélius Holff.

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DKLASSEMENTS-COMigUES.

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