‹ Mystère des théatres 1852Chapitre 57 sur 87 · SOUVENIRS DE JEUNESSE · texte numérisé non relu

SOUVENIRS DE JEUNESSE

Pièce en quatre actes, par MM. Lambert Thiboust et Delacour.

Cette pièce devait avoir cinq actes ; la censure a exigé la suppression du cinquième acte, — acte qui se passait à la Chaumière. Pour les auteurs, c'est une question d'argent fort importante; pour la pièce, ce n'est pas une question : la Chaumière n'a pas un caractère original, c'est un jardin public comme tous les jardins possibles, avec des montagnes russes en plus, de l'élégance et de l'éclairage en moins; le quartier Breda y va quelquefois s'encanailler, comme disait une de ces dames. Pour ce qu'on y voit, ce n'est pas la peine de se déranger. L'étudiant n'existe plus, c'est un monsieur souvent fort bête, qui a de grands pieds, de grosses mains, de fort mauvaises manières, et qui s'étudie de son mieux à figurer les rentes qu'il n'a pas. La grisette n'est plus qu'une chrysalide qui aspire à passer papillon, et qui demande qu'on parle anglais avec elle. Soyez sûr que si elle a un bonnet, elle tâchera de lui

donner les allures d'un chapeau. 11 y a à la Chaumière des robes de S(jic, des niaiitelets de dentelle, des cliàles de crêpe de Chine, des chapeaux de paille d'Italie, des bas à jour, des jupons garnis de broderies anglaises, des manches pagodes, des manches bouffantes, des crevées, que sais-je, moi? des oripeaux de toutes les espèces comme à Mabille, comme au Château des Fleurs; tout cela seulement est plus sale, plus fané et de plus mauvais goût. Le père La Uire lui-même n'est pas une individualité. C'est un gros homme assez brutal et trèsfamiher, qui ressemble à tous les marchands de vin possibles : il lit la Patrie et raisonne comme M. Vireloque.

La pièce ne doit donc pas avoir perdu beaucoup à la suppression du cinquième acte ; toutefois, nous ne pensons pas qu'une exhibition des scènes qui se passent à la Chaumière pût rien avoir de bien inunoral. Si la Chaumière était le théâtre de scènes capables de scandaUser la pudeur publique, il serait du devoir de la police de faire fermer ce mauvais lieu, ou tout au moins de le forcer à des ébats clandestms et de lui défendre l'afliche et la réclame. La police fait trop bien son office de gardienne austère de la morale publique pour manquer à son devoir dans une circonstance aussi intéressante pour les familles et pour tout un honorable quartier aux pieds duquel la Chaumière peut être une immense pierre d'achoppement. En lisant encore aujourd'hui les affiches du père La Hire, je me suis convaincu que rien d'immoral ne se pouvait passer dans son établissement. Or donc, pourquoi défendre la copie, quand l'original est toléré, que dis-je, toléré? autorisé; que dis-je, autorisé? légahsé; que

5ti7

dis-jc, légalisé? légitimé par la présence de la force armée. — Pourquoi donc avoir refusé à MM. Thiboust et Delacour la permission de refaire au boulevard Montmartre un petit coin de la Cbaumière. Je suis persuadé que la censure ne s'est pas fait ce petit raisonnement, ou que MM. Tbiboust et Delacour n'avaient pas fidèlement reproduit la Chaumière. En effet, on permet sur la scène des choses défendues jjar la loi, le vol et l'assassinat, et l'on ne permettrait pas les choses permises par la loi, la polka, la valse, la mauvaise musique, les rafraîchissements pervers, le sergent de ville observateur et les toilettes fripées! — Impossible de se figurer une pareille anomalie ; aussi je persiste à croire qu'il y a, dans la suppression de ce cinquième acte, quelque mystère que l'on finira par éclaircir. On prétend également que la censure n'a pas .voulu que M"" Boisgontier fumât sur la scène, sous prétexte d'inconvenance. Mais cette femme, c'est sa spécialité, les inconvenances. Que voulez-vous donc qu'elle fasse de sa langue et de ses bras? elle est engagée pour faire des inconvenances. Et puis, ce qui n'est pas inconvenant pour un homme peut-il être inconvenant pour une femme? La raison de ceci, c'est que M"'' Page, à qui l'odeur du tabac fait mal à la poitrine, a intrigué pour qu'on supprimât la cigarette.

Nous n'entreprendrons pas de vous raconter les Souvenirs de Jeunesse. Des feunnes et du punch, — les plaisirs d'étudiants, — souvenirs de médecins, de notaires, d'avocats, d'avoués, de magistrats, de procureurs généraux près les hautes cours, de premiers présidents de cours d'appel et de membres de Tacadéraie des sciences morales et politiques. Pourchassés par la cen-

sure, AI.M. Tliihoust et Delacour ont dû parfois manquer de réalisme • dans leurs iieiutures ; le défaut de toutes les études de uiœui's, c'est qu'elles seraient impossibles si elles étaient exactes. Nous ne reprocherons pas à MM. Thiboust et Delacour le crime d'une pièce à laquelle la censure a par trop collaboré ; mais ce que nous leur reprocherons, c'est un emprunt par trop flagrant à M. Murger, — le personnage du domestique Michel, qui ne leur a certes pas été imposé par la censure

VAUDEVILLE

DOSnNUS SAMPSON,

Comédie eu deux actes mêlée de chant, par MM. Ch. Dartois et de Besselièvre.

Qui n'a lu Guy Mannering, celui des romans de Walter Scott que les Anglais estiment le plus après Waverlcij?

Comment deux hommes d'esprit ont-ils eu l'idée de mettre en vaudeville ce roman éminemment dramatique ?

Est-ce que les hommes d'esprit ne sont pas susceptibles de se tromper?

La censure, propice aux malheureux, en arrêtant la

pièce à sa deuxième représentation, nous paraît avoir

rendu un grand service aux auteurs, ce qui prouve

qu'il n'y a pas de vérité absolue et qu'il n'y a que des

vérités relatives.

Cornélius Holff.

— 18 septembre. — .

OPÉRA-COMIQUE

Page 1