‹ Mystère des théatres 1852Chapitre 60 sur 87 · LA JOLIE MEUNIÈRE · texte numérisé non relu

LA JOLIE MEUNIÈRE

Vaudeville on un acte, par MM. de Lévis et Ternaux.

Toutes les meunières sont jolies, quand elles sont jeunes. La farine est la meilleure des poudres de riz, la meule qui tourne est la meilleure de toutes les houppes; le travail et la santé sont le plus éclatant de tous les rouges, et l'eau battue par l'eau du moulin est le plus adoucissant de tous les cold-creams. Voilà pourquoi toutes les meunières sont jolies. 11 y a sans doute de jolies villageoises; il ne faut cependant pas s'exagérer la beauté des races campagnardes. Une femme est toujours mieux avec une robe de soie, un jupon brodé et des manches pagodes, qu'avec une robe de cotonnade, un jupon frangé, une chemise de grosse toile, de la paille dans les cheveux et des sabots aux pieds. Cependant, même dans cet état primitif, une femme absolument bien n'est pas mal. Mais les villageoises ont toujours un côté fâcheux, c'est la peau. Elles ont beau porter des chapeaux à larges bords, le soleil sait bien les trouver. Elles travaillent les bras nus pour avoir moins chaud, le soleil ne les manque pas; elles portent des jupons courts pour être moins gênées dans le travail, le soleil ne perd pas cette occasion de leur caresser les jambes. La meunière n'a pas cet inconvénient : rarement elle se livre aux travaux de l'agriculture; car, en général, le meunier est un honnne à son aise. Aussi la meunier»^ est toujours la reine du village; c'est elle qui a les plus beaux atours et qui sait le mieux s'en parer. Pour les importantes affaires, on vient de fort loin la consulter.

Que vient faire une jolie meunière au Vaudeville?

J ai peur qu'elle n'en sorte pas comme elle y est entrée; mais ce ne sont pas mes affaires, n'est-ce pas, madame Bader? Quoi qii'il en soit, uràce à L'''once et à Schey, qui ont vaillamment combattu, cette bluette a obtenu un petit mais honorable succès.

Cornélius HolfF.

FOLIES-DRAMATIQUES

l'ami du roi ItE PRUSSE, Vaudeville eu deux actes, par MM. ^'avin et Arsène de Cey.

Qui peut il être? Si je voulais me lancer dans la grande politique, comme disait M. Guizot, je pourrais faire des suppositions; mais je ne veux pas me lancer dans la grande politique. Me voilà donc forcé d'attendre le lever du rideau, une opération bien-aimée du parterre impatient. Je ne comprends pas les gens qui s'impatientent quand on ne commence pas; je ne suis jamais si heureux que quand la toile est baissée, je me promets tant de jouissances pour la levée de l'épais rideau, et si rarement ces espérances se réalisent! Hélas! la vie n'est qu'une ribambelle de déceptions !

Du temps du grand Frédéric, - car il n'y a eu qu'un roi de Prusse, et ce roi de Prusse c'est le grand Frédéric, tous les autres sont des imitations de roi de Prusse, — en ce temps-là, dis-je, il y avait donc à Magdebourg un bourgmestre qui s'appelait Sthop. Ce n'était pas assez de vivre du temps du grand Frédéric, d'être bourgmestre de Magdebourg et de s'appeler Schop; Schop avait un autre désavantage : il avait un fils.

mais si grand, si gros et si bête, qu'il n'avait trouvé pour lui d'autre profession possible que celle de concierge dans une résidence royale, sous la tutelle matrimoniale d'une veuve qui no lui o'dait en rien, ni pour la hauteur, ni pour la largeur. Schop fils ne demande pas mieux que d'être concierge, mais il veut épouser une petite femme du nom de Gudule. Sur ces entrefaites, le grand Frédéric passe à Magdebourg. Schop fils a soin d'aller présenter un placet au roi, à l'effet d'obtenir la place de concierge. On sait la passion du grand Frédéric pour les hommes grands. Il sourit à Schop fils, le fait mander au palais et l'incorpore dans ses grenadiers. Désespoir bien légitime de Schop père et de la sensible veuve. A eux deux ils imaginent de faire déserter Schop fils; mais Gudule est entrée au service du major, et Schop fils ne veut ni quitter le régiment ni épouser la veuve. La veuve va trouver le roi et lui raconte ses malheurs. Frédéric, espérant qu'à eux deux ils lui feraient de beaux enfants, lui donne, pour le major, un ordre impératif de marier le grenadier Schop à la porteuse. La veuve, toute contente de l'audience et de son résultat , court chez le major; elle remet la charte royale à Gudule. C'est Gudule qui, par ordre du roi, va épouser le grenadier Schop. Le grand Frédéric, furieux de cette combinaison , s'oppose au mariage, mais enfin il se laisse fiéchir. Schop fils épouse Gudule et obtient du roi cette fastueuse place de concierge à laquelle il aspirait, à laquelle tout le monde aspirait pour lui, à laquelle moi-même je ne suis pas fâché de le voir parvenir.

UN MARI BUULÉ, Par MM. Eugène Nus et Élic Sauvage.

Figurez- vous un monsiour qui, lo jour de ses noces, serait détiguré par un accident, et qui partirait pour ne revenir qu'après réparation complète des effets de Taccident : c'est ce qu'a fait d'Auljigny, et, après une fuite de je ne sais combien de mois, le voilà qui revient brûlant du désir de voir sa femme; mais il veut avant tout s'assurer de l'état de son cœur. Je n'ai pas besoin de dire qu'Amélie est restée fidèle à son mari. Cette pièce, comme on le voit, n'est qu'une trame fort légère, une sorte de proverbe à l'usage du Théâtre -Français. Au théâtre des Folies-Dramatiques, elle est complètement déplacée. Chaque théâtre a ses spécialités; c'est donc un éloge pour les auteurs, sans mélange d'attaque contre

le théâtre.

Cornélius Holft'.

DÉLASSEMENTS-COMIQUES

UNE PAIRE d'imbéciles.

Vaudeville en deux actes, par MM. A. de Jallais et Audeval.

Duruier est un artiste qui habite une mansarde en compagnie de sa cousine Irène. Irène et Durmer s'aiment ainsi que pourraient le faire deux héros de M. Scribe; mais, connue on ne voit bien les objets qu'à une certaine distance et qu'ils ne se sont jamais quittés, ils prennent leur amour pour de l'amitié. Dans la mansarde voisine, habitait un usurier nommé Mathurin Corbin. Mathurin Corbin est mort sans que ses vol-

sins se doutassent du changement que cet événement allait apporter dans leur position. Je vous ai déjà dit que Durraer était peintre; quant à Irène^ elle fait le pot-au-feu de Durmer. Un grand bruit se fait dans la mansarde : c'est Hérau, un ami de Durmer, qui vient chercher un refuge contre M"^ Maroquin, veuve de pas mal d'argent, mais de peu d'attraits, qui de son débiteur voudrait faire un mari. Par une de ces péripéties habituelles aux vaudevillistes de talent, Durmer se trouve être le seul parent de l'usurier Corbin, et Corbin se trouve avoir laissé toute sa fortune à Durmer; aussi Florizet et Raymond, qui connaissent la nouvelle avant le principal intéressé, s'empressent d'accourir chez lui, car Ra^TUond a une fille à marier, M"^ Adélaïde. Les deux imbéciles sont Florizet et Raymond; j'aurais plutôt cru que c'étaient Durmer et Irène, ces jeunes gens qui s'aiment sans s'en douter. Durmer, qui ne se doute pas de l'importance que vient de lui donner un héritage, accepte avec reconnaissance la proposition de Raymond et une invitation pour le soir. La jalousie apprend lamour à Irène : elle naît à l'amour par la souffrance. — Toute la société est réunie chez Raymond : il y a ceux qu'on attendait et ceux qu'on n'attendait pas : Irène, par exemple, en compagnie d'IIérau, et Saturnin, un petit cousin qui fait les délices de M"* Adélaïde. Tous ces amours contrariés font une triste figure. Heureusement que Durmer apprend la nouvelle de l'héritage; il parait que La Fontaine ne savait pas comment l'esprit vient aux garçons; le fait est que c'est seulement en devenant riche que Durmer s'aperçoit de son amour. Tout alors s'arrange au mieux : Durmer épouse Irène, Adélaïde épouse Saturnin, et

llérau accoi'de sa main et ses dettes à la veuve Maroquin. La [)ièce est assez vive, <it beaucoup plus amusante que nombre de celles qui se jouent tous les jours.

Cornélius Ilollf.

i octobre.

THEATRE-FRANÇAIS

STELLA, Comédie en quatre actes, par M. Francis Wey.

Depuis quelque temps, la Comédie-Française en veut aux femmes artistes. Il n'est sorte d'enseignement qu'elle ne donne à la jeunesse pour fuir leurs chaînes dangereuses. Une femme artiste, nous apprenait l'autre jour le Sage et le Fou, une femme qui peint des fleurs.

C'est Vénus tout entière à sa proie attachée.

Une femme artiste, nous dit la com-^die nouvelle, une femme qui chante, et qui a de la voix, et qui chante bien, une femme artiste,, jeunes gens, empêche les mariages d'argent.

Je sais bien que M. Francis Wey a paré la sirène de tous les agréments de l'esprit, de tous les dévouements du cœur. 11 Ta faite chaste, il l'a faite résignée à tous les sacrifices. Il lui a mis une couronne d'épines pourla rendre intéressante. 11 lui a donné le talent de la Orizi et l'amour delaTtiisbé; mais n'importe! toute la

comédie est écrite pour prouver à tout mari surnuméraire qu'une maîtresse qui a un piano est mille fois plus dangereuse qu'une maîtresse qui n'en a pas, et que, si parfois on se débarrasse à grand'peine d'une femme qui n'a pas de voix, on ne se débarrasse jamais d'une femme qui a de la voix, de la méthode et du talent. Stella pourrait s'appeler l'École des amants de cantatrices. J'y mènerai l'un de mes amis.

Au reste, la comédie est à deux fins : elle a encore été écrite pour prouver que les diplomates allemands sont bons pères naturels.

Cette comédie est ingénieusement terminée par quatre tableaux vivants à chaque tombée de rideau :

Fin du premier acte. Premier tableau. L'étonnement mêlé de douleur et d'un rien de dépit; figuré par M"" Fix et M"*^ Bonval ;

Fin du second acte. L'abandon: Ariane à Bade; figuré par M"^ Madeleine Brohan seule.

Fin du troisième acte. Les serpents de la jalousie; figuré par la même.

Ces trois motifs sont amenés par le rendez-vous de deux amours dans le creur de Philippe de Valençay. L'un de ces amours a nom Stella; c'est une sorte de Sylvia immaculée, qui chante pour les pauvres et pour elle, et qui galope les eaux sans accompagnateur. L'autre s'appelle du doux nom de Delphine. Delphine a une dot, de beaux yeux, un cœur nubile et l'âge du mariage.

M. de Valençay va épouser Delpliine. Il apprend qu'il

-est ruiné. Stella vient à passer, et il s'en va avec elle.

Une fois qu'il est avec Stella, un père incognito de

Stella lui fait restituer sa fortune par un tiers. Del-

phine se met à passer, et Valencay s'en va avec Del- Ithino.

Nous 110 faisons pas ici procrs à Tintrigue. Toute intrigue est bonne, et la plus vieille et la plus usée est la meilleure; à moins encore qu'il n'y ait pas d'intrigue (lu tout, ce qui vaut mieux pour nous que toutes les intrigues possibles. — La comédie ne se fait valoir ni par les situations que tout le monde pourrait trouver, ni par les caractères, que tout le monde pourrait tracer, ni par le style, que presque tout le monde pourrait signer. Et c'est malheureusement avant tout une tentative dramatique sans originalité.

Je demande formellement à M. Maillard de changer de cravate.

M"'' iVladeleine Brohan a vaillamment joué.

La silhouette du jeune homme du monde est drôlement esquissée par Monrose.

M"* Fix, la grâce est chez vous à l'état d'habitude.

Provost s'est montré, dans le rôle de l'Étang, banqueroutier affable et d'excellentes manières. Il a été une fois de plus ce qu'il est, ce qu'il est toujours : un grand et rare comédien.

Geoffroy est sobre, distingué, ému, digne de lui, digne de la Comédie-Française.

Edmond et Jules de Goncourt.

VAUDEVILLE

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