LE MARIAGE AU MIROIR
Comédie- vaudeville en un acte, par il. G. Lemoinc.
Il vaut mieux se marier que de brûler, a dit quelque part saint Paul, — un homme qui a écrit en grec, quoique dans une occasion solemielle un grand personnage l'ait travesti en latiniste.
Qu'est-ce que le mariage? C'est le viol légal, à ce que prétend un des penseurs les plus profonds de ce siècle. Qu'est-ce que le mariage? Est-ce l'enfer, ou bien est-ce le paradis? Est-ce tous les deux? N'est-ce ni l'un ni l'autre? Nous l'avons déjà dit : il n'y a point de vérité absolue, et si cet axiome sceptique est absolument vrai, c'est surtout en matière matrimoniale. Le mariage, ce serait l'enfer avec Adèle, ce serait le paradis avec Louisa; ce serait peut-être le purgatoire avec toute autre. Vous vous portez bien, vous avez de l'argent, et une partie délicieuse en projet, oh! le mariage, c'est l'enfer! Votre boui-se sonne creux, vous êtes malade, fatigué, votre maîtresse vous traliit sans que vous ayez
le droit de vous en fâcher, de peur de paraître ridicule, oh! le mariage, ce doit être le paradis. Et puis, le lendemain, il fait beau, les créanciers veulent bien prendre patience, F orchestre de Mabille vous bourdonne aux oreilles, oh! le mariage, ce doit être l'enfer. Ah! si j'étais marié, je n'aurais plus ma liberté! Ah! si j'étais marié, je n'en serais pas réduit à ces exercices de volant sur une raquette ! Et voilà ce que c'est que l'homme : une girouette de papier peinte en zinc, — quelque chose qui procède d'Essonne et de la Vieille- Montagne.
Demandez-le à M"'' Zoé-Luther, la pupille de Léon- Landrol : voici que son miroir lui reflète les infidélités de son prétendu et la brouillerie des deux époux, — d'Adèle-Bodin et de Léon-Landrol, — et elle ne veut pas se marierj mais voici que le même miroir lui reflète aussi la réconciliation des deux mêmes époux, et elle se mariera avec Hercule-Geoffroy.
Encore un acte de la comédie humaine, n'est-ce pas?
Depuis longtemps le Gymnase en est au régime du mariage : hier Un Mari trop aimé, aujourd'hui le Mariage au Miroir.
Nous pensons que M. Lemoine-Montigny est trèsgalant pour sa femme.
Cornélius Holff.
PALAIS-ROYAL
UN ENFANT DE LA BALLE, Vaudeville en un acte, par MM. Bayard et Biéville.
M. Scribe est, dit-on, en Italie, où le retient le soin de sa santé, mais MM. Bayard et Biéville nous restent.
Tout n'est pas perdu. Les disciples tendent de jour en jour à dépasser le maître. M. Scribe s'était contenté d'être plat, MM. Bayard et Biéville n'en sont plus à rétat négatif. Sylvia est une jeune actrice; élevée dans les principes de M. Scribe, elle ne veut rien accorder à l'amour, mais tout réserver au mariage, de telle façon que le duc de Verte-Allure-Amant se décide à l'épouser. Mais Sylvia-Pauline a un cousin, Octave-Azor-Marquis- Bicarrael-Lilinc-Levassor, un cousin qui ne s'appelle pas Charles, mais qui mériterait de s'appeler Charles, tant il est madré et amoureux. Le cousin est amoureux de la cousine, la cousine est amoureuse du cousin; mais, dans le pays de M. Scribe, on préfère un duché à tous les amours. Le cousin n'a donc d'autre moyen que de rompre le mariage, ce qu'il fait au moyen d'une série de travestissements que nous ne prendrons pas la peine de vous rappeler, et il a la générosité d'épouser la cousine.
Cela est farci de calembours d'une bêtise qui finit par devenir amusante, à tel point que nous-même avons pris parti de rire. Nous nous en confessons humblement, et nous déclarons que nous n'avons pas envie de recommencer; mais savons-nous si, à l'occasion, nous ne recommencerions pas? L'esprit est fort, mais la chair est faible.
C'est pitoyable, mais c'est drôle.
Les mots graveleux y fourmillent : on est toujours
sûr de réussir quand on s'adresse aux mauvais côtés
de la nature humaine.
Cornélius Holfif.
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FOLIES-DRAMATIQUES
UNE ALLUMETTE ENTRE PEUX FEUX, Vaudeville en un acte, par M. Honoré.
Décidément cela devient monotone : aux Folies-Dramatiques aussi^ il n est question que de mariage. Deux charmantes grisettes, — Georgine-Esmériau et Florette- Duplessy, — aiment pour le bon motif deux jeunes gens, — chacune le sien, — qui les quittent subitement pour affaires pressées. Elles se croient trahies; — si elles épousaient M. Bajazet-Leriche? Celui-ci ne demande pas mieux , — nous le croyons bien ; — mais, en homme moral, il se permet de leur représenter qu'il ne peut les épouser toutes les deux. Et elles jouent la corbeille et le bouquet de fleurs d'oranger à pile ou face, lorsque reviennent les deux infidèles. On revient toujours à ses premières amours. Bajazet-Leriche ira épouser ailleurs, au treizième arrondissement, si cela lui plaît.
Et voilà ce que c'est qu'une allumetle entre deux feux : Leriche, c'est l'allumette; M"" Esmériau et Duplessy, ce sont les deux feux.
UNE VIE DE rOLICHLXELLE, Vaudeville en cinq actes, par MM. Guénéo et Delacour.
De ce titre-là l'on pouvait faire quelque chose de charmant : MM. Guénée et Delacour n'ont guère réussi. Nous renonçons à analyser cet imbroglio : nous avons affaire à deux auteurs qui ont l'habitude des succès, et souvent des succès mérités; nous ne les chicanerons
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pas sur cet oubli d'un instant. Nous ne parlerons que d'une jeune artrice, M"' Dinah, qui, avec une verve dij^rne d'un meilleur sort, faisait admirablement valoir des riens et des pirouettes. Elle a de l'avenir et toute une fortune dans le geste et dans les yeux.
Cornôlius Holff.
— fi mars. — Ol'ÉRA-COiMIQUE.