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LE CARILLONNEUR DE BRUGES

Opéra-coniiqiio en trois actes et quatre tableaux, paroles de MM. de Saint-Georges, musique de M. A. Grisar.

Quand on prend du galon ; l'on n'en saurait trop prendre. — N'est-ce pas? — Je vous demande mille pardons de commencer par cette citation triviale, mais rien ne saurait mieux expliquer l'espèce de métier que font les auteurs d'opéras-comiques. L'invraisemblance du style et des situations conduit à l'invraisemblance des faits, des idées et des caractères.

Nous regardons Topéra-comique comme une monstruosité, mais, une fois ce genre admis, nous ne nous refuserons pas à reconnaître que M. de Saint-Georges sait avec un inimitable talent intéresser à des situations que Ton sait n'être ni vraies ni possibles. Des nombreux opéras de M. de Saint-Georges, nous n'en connaissons pas qui soit mieux attaché, qu'on nous pardonne cette

expression, que le Carillonneurde Bruges. La comédie se mêle au drame avec un sans-façon tout shakspearien. Ce n'est pas nous qui en ferions un reproche à qui que ce soit. Ne savons-nous pas que toujours dans la vie le ridicule se mêle au pathétique, — un lapsus Unguœ au milieu d'un mouvement oratoire , un cor au pied dans une cérémonie officielle. — Une note de plus, et le sublime ne déchanterait-il pas au burlesque?

Il y a déjà quelques jours que le Carillonneur de Bruges a été joué ; tout le monde en a lu le compte-rendu, nous regrettons d'avoir mis du retard à faire les honneurs de notre critique à M. de Saint-Georcres; nous ne reviendrons pas sur tous les éloges qu'il a reçus, dans l'espérance que bientôt nous nous retrouverons face à face de ce talent spirituel qui, malheureusement, ne fait que des opéras-comiques.

Disons maintenant de quelle manière misérable la pièce a été représentée.

^le wertheimber, qui faisait ses débuts à l'Opéra- Comique, possède une très-jolie voix, mais elle ne sait pas jouer;

M"* Miolan joue tout à fait mal ;

M"* Revilly joue mieux;

Bataille, le carillonneur, pour un rôle très-incolore, a cru devoir s'inspirer de Quasimodo, et s'est transposé en énergumène, avec gestes d'un effet peu pathétique, mais désespérant ;

Boulo fait valoir une situation ingrate avec sa gentillesse habituelle et sa voix délicieuse;

Nathan a rempli avec intelligence et succès un rôle de famiher du saint-office.

Tout cela ne ressemble ni à Quasimodo ni au Sonneur

lie Saiut-PatU : c'est une Closerie des Genêts en musique. La musique s'est un peu trop inspin-e du poëme : l'air d'entrée de iMatlieus-liattaille : Sonnez, sonnez, cloches gentilles, et le chant du môme et obstiné carillonneur : Sonne, sonne pour la patrie, avec des prétentions dramatiques, nous ont paru du plus triste eflet. M. Albert Grisar s'est, ce nous seuiJjle, complètement trompé; du reste, cela tient à la faute primitive, qui consiste à avoir laissé prendi-e trop de développements à l'individualité du carillomieur, personnage auquel on ne peut départir la moindre parcelle d'un intérêt tout entier absorbé par la princesse et sa fidèle amie Béatrix. Cependant il y a de jolies choses dans cette partition : la tournoyante seg-uidille qui termine à la première scène les couplets de Mésangère, la romance de Béatrix : J'attends ici de meilleurs jours, et le quatuor de réconciliation : 0 dévouement saint et sublitne !

Ck)rnélius Holff.

OPÉRA-NATIONAL

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