‹ Mystères des théâtres, 1852Chapitre 24 sur 93 · MADELON · texte numérisé non relu

MADELON

Opéra-comique en deux actes, paroles de M. Sauvage, musique de M. Béizia.

« C'est une triste et misérable condition que celle des écrivains qui se sont condamnés à rendre compte dans leurs ouvrages périodiques de toutes les productions qui circulent sur nos théâtres. » Loustalot avait raison. De tous les métiers, c'est le plus monotone et le plus ennuyeux. Le Kain disait un jour au public que jamais il n avait si profondément conupris son abjection que par la nécessité où il se trouvait de lui faire des excuses; — pour moi, je ne me suis jamais si bien aperçu du sot miHier que je faisais qu'en me voyant dans Toblig-ation de vous rendre compte de Madelon. Règle générale, un opéra-comique est toujours béte, — ce qui, quelquefois, ne l'empêche pas d'être amusant comme la Poupée de Xuremberg, ou intéressant comme le CariUonneur de Briujes. Mais ici ce n'est pas le cas. M. Sauvage, qui ordinairement a de l'esprit, — même quand il écrit pour la postérité la critique officielle du Moniteur,— M. Sauvage n'a plus paru se souvenir qu'il avait jadis saupoudré de gaieté, de verve et d'entrain,

do ops choses dites poëines dans le lang'afre de convention que parlent les programmes et les réclames.

Cela s'appelle Madelon, — cela s'appelait les Barreaux Verts Cela se passe sous le règne de Louis XIII. Question de costume, cola aurait tout aussi bien pu se passer sous celui d<; Henri IV ou de Napoléon. Une cabareti^re gentille, cela se voit tous les jours. — Amis, vous connaissez Suzette, la brune Hébé, qui verse avec le uîot pour rire le bon vin blanc de Jarnac aux buveurs de ^'andoire•? — Un brave homme de linancicr, cela se trouve plus communément que Ton ne pense; — un chevalier d'industrie, gentilhomme pouvant être décoré : il n'y en a que trop aujourd'hui; — un garçon de cabaret, type Arsène, moins la sublimité; pourquoi n'y en aurait-il pas aujourd'hui comme du temps où George Sand faisait vivre Horace? — Un jeune homme qui n'est pas amoureux , — c'est de la fantaisie , et la fantaisie est toujours de mise. Quand je dis qu'il n'est pas amoureux, je veux dire qu'il est amoureux d'un souvenir. Un homme qui a juré de ne jamais aimer, parce qu'il a éti'* ruiné par le père de celle qu'il aimait et trahi par son amante elle-même. — L'idée principale de la pièce est là. — Je n'hésite pas à la proclamer absurde, parce qu'elle repose sur un sentiment faux. Qui de nous ne s'est laissé arracher quelque plume par l'amour, et qui de nous voudrait ne plus aimer? — Le même amoureux ne reconnaît pas sa maîtresse : la dernière chose que l'on oublie d'une femme aimée, c'est son visage. Une fausseté et une invraisemblance, voilà tout le drame.

Parlerons-nous de la musique? — Nous serons assez généreux pour ne pas le faire. Sans doute il n'y a pas

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