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CINQUIÈME CONCERT

Louisa, Louisa, vous aurez beau me traiter d'homme aux idées folles, ridicules, impossibles, je ne vous en aimerai pas moins. Et fussent -ils émaillés d'injures, vos petits carrés de papier auront toujours la première place

dans le reliquaire de mes joies. J'aimais déjà bien la musique, Louisa ; mais vous me l'avez fait bien davantage aimer. Ne chantiez -vous pas pour les pauvres, la première fois que j'eus le bonheur de vous entendre? Je vois encore la porte du fond s'ouvrir, et, tandis que la foule applaudissait à ébranler la salle, vous vous avanciez vers le piano. Et moi, l'ennemi des applaudissements, — moi qui n'ai jamais applaudi personne,

— j'applaudissais aussi. Ah ! c'est que vous étiez si jolie :

— un pastel de Latour, — une robe rose aux reflets langoureux, un corsage ouvert pour laisser au sein la place de gonfler et de palpiter, une chemisette de fin lin qui en disait plus qu'elle n'en montrait, un bras d'ivoire crevant dans des bouffes de satin, dont les tons mats se perdaient dans un labyrinthe de dentelles et de rubans. — Oh ! qu'elle était jolie, Louisa, qu'elle était jolie ! Je ne la connaissais pas, mais j'étais jaloux comme un amour naissant, rien qu'à voir la centuple rangée de badauds qui profanaient ses attraits de leurs regards lubriques. Souvenirs d'un amour qui commençait, que vous êtes doux à mon cœur ! Comme j'aime à enchâsser dans ma mémoire tous ces petits riens, — futilités pour les indifférents, importances pour ceux qui aiment ! Hélas ! hélas ! le bonheur est trop rapide à passer, trop lent à se laisser oublier ; car se souvenir, c'est regretter !

Je vous demande pardon de ces réflexions; mais mon cœur di'bordait, et ce concert pouvait seul me fournir une occasion de trop-plein. Dimanche dernier, un programme séduisant avait réuni dans la salle Sainte- Cécile cette population que les comptes-rendus appellent l'élite de la société parisienne. — Je ne discuterai pas cette question. — La fête se célébrait au bénéfice

d'Aimé Roussette, le chef d'orchestre de la société philharmonique. Lui-mémo (levait, ce jour-là, conduire une masse de cent vingt instrumentistes. Mais, au moment d'aller s'asseoir à son pupitre, l'habile artiste a été frappé d'une attaque d'apoplexie. Roussette a été remplacé par un Jeune homme qui s'est acquitté de son emploi avec beaucoup de verve et de vigueur. Elle nous faisait mal cette musique, quand nous pensions que tout à côté se jouait peut-être une scène de mort. 0 public, qu'ils sont malheureux ceux qui se font tes serviteurs! Ni artistes ni spectateurs n'ont paru se préoccuper du petit accident qui avait signalé le commencement du concert. Les ouvertures de la Gazza la- (Ira, de la Violette et de la Sirène ont été exécutées avec beaucoup d'entram et de précision. Rossini, Carafa, Auber, — pourquoi pas un peu de Mendelssolm? Saint- Léon a soutaché sur le violon, avec sa prestesse habituelle, ime originale fantaisie ; je n'en dirai pas davantage, le violon ayant toujours joui de la propriété de m' attaquer les nerfs. M"« Thérésa MicheU a chanté avec beaucoup de goût deux romances d'Abadie, et une légende de Delsarte,— Saint Michel archange, — que j'entendais pour la première fois. M. Dubouchet, l'élégant comique que vous savez, devait se rendre à ce concert, il ne l'a pas fait. Pour ma part, je l'ai vivement regretté, et tous ceux qui le connaissent ont fait comme moi. Tous les honneurs de la journée ont été pour M"* Rouvroy. Avec cette bienveillance qm lui est naturelle, la charmante actrice, — remise à peine de sa délicieuse création de la Poupée de Nuremberg, tout occupée encore des études d'une importante reprise, — s'était néanmoins empressée d'accorder à Roussette le

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concours de son nom et de son talent. En changeant d'auditoire. M"'' Rouvroy n'a pas perdu un seul de ses admirateurs. N'est-ce pas toujours même grâce et même beauté, même bouche et mêmes yeux, même timbre velouté comme le cœur d'un lys, même soprano pur comme la gouttelette de rosée sur le muguet des champs, mêmes ondoiements de cadences et de roulades? Quoi d'étonnant si toujours même enthousiasme, même empressement de la foule? Dimanche dernier, M""" Rouvroy a chanté les couplets du charmant opéra de Boisselot : Ne touchez pas à la Reine. La musique du spirituel compositeur gagnait encore à l'exquise finesse avec laquelle elle était interprétée. Je ne prétends pas nier le talent de M"^ Lemercier, mais je me croirai encore très-galant en disant qu'elle ne vaut pas M"'' Rouvroy. La cantatrice a ensuite prosodie, je puis dire, deux romances, — l'une d'Arnault, l'autre de Clapisson ; — et elle a su rendre intéressantes ces bluettes que l'on n'accepte en général que comme temps de repos; — dit par elle, l'intermède est devenu la partie principale du

concert.

Cornélius Holft'.

CONCERT DE M. CODINE.

Et celui-là se distingue des autres par beaucoup d'originalité. M. Codine est un artiste de talent. 11 compose et il exécute avec une égale facilité. Deux morceaux nous ont d'autant plus frappé que leur essentielle dissemblance faisait admirablement ressortir la souplesse du doigté de M. Codine. L'un, — Tristesse, — était une m^'lodie pleine de rêverie; l'autre, — fiov-

chanale , — était une eirpitaiitt' harmonie d'ivipsse H iramour. Ui^'l'iue restreint que nous soyons par le manque d'espace, nous ne voulons pas manquer cette occasion de faire nos compliments à M"* GaveauxSabatier. Comme on sait, elle chante en rocaille. Je ne sais trop si je me fais bien comprendre^ mais je veux dire qu'elle a une exécution minutieuse, finie, léchée comme l'ébénisteric du xvnr siècle ou la peinture de l'école de Watteau. Ce soir -là, elle s'est encore surpassée. Nous renonçons à dire tout ce qu'elle s'est amusée à perler de cadences : les roulades cascadaient autour de ses lèvres en flots phosphorescents. Nous avons aussi entendu M. Dufrène, de l'Opéra-Comique ; mais nous préférons un solo de violon de M. de Cuvillon. En somme, la soirée a été aussi agréable pour le public que .pour l'habile ordonnateur de cette fête musicale.

Cornélius Holff.

— 3 avril —

THKATRE-FRANCAIS.

LES TROIS AilOLRS DE TIBULLE, Cométlie en un acte et en vers, par M. A. TailhauJ .

Voir, pour cette pif'ce, les comptes-rendus faits à l'occasion de :

Le Moineau de Lesbie, par A. Barthet; I II trace et Lydie, par l'onsard;

Sapho, par F. Boyer;

Sous les pampres, par J. Lorin.

Edmond et Jules de Concourt.

OPÉRA -COMIQUE

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