‹ Mystères des théâtres, 1852Chapitre 33 sur 93 · OPÉRA · texte numérisé non relu

OPÉRA

LE JLIF-ERRANT,

Opéra eu cinq artos, paroles de MM. Scribe et de Saint-Georges, musique de M. Halévy, divertissements de M. Saint-Léon, décors de MM. Gambon, Séchan, Desplechin , Diéterle, Thierrv, Nollo et Rubé.

Où les beaux vers, la danse, la musique, L'art do tromper les yeux par les couleurs, L'art plus lieureux de séduire les cœurs, De cent plaisirs font un plaisir unique...

C'était rOpéra, au dire de Voltaire.

Exemples :

Au sein de ma famille.

On disait que, depuis mille ans.

Nous étions tous ses descendants Par Noëma, sa fille.

Pour expier envers lui ses outrages, Dieu le condamne à ne pouvoir mourir!.

Jusqu'à la fin et du monde et des Ages, Dieu le condamne à vivre pour soud'rir.

Pendant un quart d'heure,

C'est l'arrêt de Dieu,

A peine il demeure

Dans le même lieu!

Un ange invisible.

L'ange du Très-Haut,

D'une voix terriljle

Lui crie aussitôt :

Marche! marche! marche toujours!

Sans vieillir, accablé de jours, Marche! marche! marche toujours!

Rien ne suspend des heures L'impitoyable cours!

Heureuse tu demeures; Moi, je marche toujours!

La voix que je redoute Bientôt va retentir, Me traçant ma roule Qui ne doit pas finir!

Et tant qu'a duré ce sommeil Où dormaient nos âmes... ton âme N'éprouvait-elle pas une secrète flamme, Impatiente du réveil?

Autour de moi tout passe.

En parcourant l'espace, Des mondes disparus Moi seul connais la trace.

Et retrouve la placf^

Des temps qui ne seuil plus!

Jamais la prière

Ne vient adoucir

La douleur amère

Qu'il me faut subir!

Jamais, sur ma vie,

Un œil n'a versé

Cette larme amie Qu'on donne au tréiiassé?

La voix du Seigneur vous appelle,

Morts, levez-vous!

Devant la puissance éternelle

Paraissez tous!

Quand M, de Saint-Georges est tout seul à signer ses œuvres, il fait de meilleurs vers. Du reste, la qualité de la poésie n'empêche pas la pièce d'être faite et coupée avec le talent qui n'abandonne jamais l'habile et spirituel faiseur.

La musique de M. Halévy a sans doute de fort belles intentions, mais nous ne les avons pas toutes bien comprises. M"'' Emmy la Grua, la cantatrice sicilienne dont l'on avait fait tant de bruit, n'a peut-être pas tenu tout ce qu'elle avait promis ; mais cela provient sans doute de l'embarras qu'elle devait éprouver en présence d'un public au milieu duquel elle devait se trouver étrangement dépaysée. Massol a été magnifique; c'est lui qui personnifiait Ahsvérus.

Cornélius HollT.

TIlÉATllE-LYRIQUE.

LA l'IK VOLEUSE,

Dramc-lyriqiic en trois ados et quatre tableaux, paroles de Castil-Blaze, musique de Rossini. (Reprise.)

« Ah! n'en v'ià une jolie pièce que j'viens de voir... la Pie voleuse; ainsi nommée parce que c'te bctc avait un faible pour les couverts d'argent... c'qui fait que c'est intitulé, en italien, la Gazza ladra; c'est-à-dire la pie voleuse d'arcjenlerio, ou le crime des couverts!...

L'ouverture Se murmure Tron, trou, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron.

C'est le basson.

Le cor sonne Et résonne, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Tron, tron, tron, Oui.

La toile se lève et ça représente Un' ferm' superbe à Palai-seau!

L'on va, l'on vient, tout le monde chante Pour célébrer — quéqu' chos' de beau !

Et vous n' savez pas quoi(ju' c'est?... c'est tout bonnement le fermier et la fermière qui sont dans l'attente

«lu fils de la ferme, un militaire qu'aime Xinette, que Xinrttr aime et vire Vi'rsaillcs... Le fermier cliante, la fermière, la servante, tout le monde chante, largo, c'est-à-dire largement : « Oui , chantmis avec amour et ce retour et ce beau jour! » La jeune tille chante : « Ah! quel doux espoir! je vas donc le revoir! » Les paysans lirofitent de ça i>our chanter à tue-tcte « et leur couilrelte et leur piipiettr, et leur piquette et leur couârette ... et leur air Ijète! » Et, ma foi, y sont dans leur droit... lorsque tout à coup... ta ta ra ta, ta ta ra ta! c'est r militairc'qui r'vient d' la guerre... Oh! qu'il est beau! qu'il est beau! qu'il est beau!... dit le fermier Jacotto... à qui faudra-til l' marier? Mon Dieu! à qui?... à Xinette, dit la pie... Notez bien qu'il y a dans la ferme une pie, et que c'te pie épie, pendant toute la pièce... Xinette! Xinette! pas d'ça, Lisette, dit la fermière; nous sommes ici pour fêter le retour... de mon fils... avant de chanter un autre morceau, mangeons-en un... Là-dessus, abattement général du militaire... Après le repas, tout le monde sort, et la servante Xinette, faute de mieux, range la table... Mais v'ià ben d'une autre affaire... arrive à tâtons un vieux, grand , sec et maigre, barbu, crépu et moustachu... Xinette! dit tout bas ce vieillard en se découvrant... ne me découvre /)fls...-Ciel! mon père!... — Tais-toi! — Pourquoi? — Je suis perdu! — .\ cause? — J'ai déserté! — Se peut-il? — Hier au soir! — 0 ciel! — A huit heures un quart! — Que dites- vous? — Je ne dis rien... — Silence!.. Là-dessus, voyant le bailli du pays qui entre, le père repousse un second : Silence!... Arrive le bailli, un gros cocasse, qui se tape toujours sus l'ventre et qui a une voix plus grosse que lui... Mais c'est pas tout!... ah! ben ouiche!... V'ià le

J.TOS J)ailli (|iraiTivciit tout chaud, tout bouillant, qui dit : « Que qu' c'est que et' lionune-là? si -c'était l' déserteur dont j'ai r sig-nalcuient... Voyons doni- voir, un peu voir, que j' voie pour voir! » Là-dessus, il se tape sus l' ventre, e't lionmie, et il s'aperçoa qu'il a oublié ses luunella. — Donnez, dit la jeune fille. Cielj^qu'a dit à part, c'est 1' signalement d' papa! lisons tout de travers... « Taille, ut ans, — frunt châtain, — cheveux à la Roxelane... — nez, 3 mètres 75 milliinètres. » Le bailli coupe là-dedans, y s'en va; il est à peine parti qu'on entend : Chaudronnia, ferraille à vendre! C'est un marchand d'bric et d'broc qui passe pour prêter à la petite semelle... la servante lui vend un couvert qui vient d" son père qu'est marqué d'un h et d'un /. .. Bon ! la pie en vole un autre à la fermière marqué d'un n et d'un ()... Bon! la fermière accuse Xinette; on chante à la yardel .. Le bailli r' arrive, et v'ià qu'y dit : Ah çà! un instant!... voyons!... d'un côté, nous avons un n et un o; de l'autre, un h et un /... Moi, ça me fait l'effet de faire n. o. h. i. haine au hachis! ça ne peut être que la cuisinière... Là-dessus on la fourre en prison... injustement, c'est vrai;... mais c'est pas liai ! vous allez voir la quatrième aque.

La servante Se lamente Dans son cachot...

Voici qu'a s'écrie, à la fin des fins, c'a m'ostine!... faites de moi des choux, des raves, mais... finissonsen!... Là-dessus le tribunal s'assemble, les juges délibèrent, en lamineurs, et elle est condamnée à mort!...

La décoration change, et la jiauvre jeune fille, qu'est encore bien plus changée que la décoration, s'avance avec une démarche funèbre... avec des tresses sur les épaules... Pauvre fille... la corde au cou et le visage serein, elle implore la Providence, et semble indiquer par ses cliants que la corde la gêne. Ah! qu' c'est dur! ah! pauvre enfant!... mourir si jeune! Mai? à peine le corti^ge avait-il tourné le dos, que v'ià la satanée pie qui r'chippe une pièce de dix sous au paysan Pippo . Pippo suit la pie à la piste; il monte dans le clocher... ef qu'est -ce qu'il trouve? le couvert .. mis dans le nid, et ses dix sous à côté! Bref, il acquiert la certitude que cette pie était une voleuse, et qu'elle vivait avec un tas de rossignols!... Le v'ià qui crie : Arrêtez!... j'ai découvert!... dépendez-la, et y s'met à carillonner avec la cloche... din don!.,, din don!... din don!... A cet appel de din don, tout le village accourt, on porte \inette en triomphe, et ils se mettent tous à chanter à tire-larigot. »

Nous ne voulons pas refaire la critique de la Mère Michel.

Il y avait des gens qui craignaient que l'exécution du chef d'œuvre de Rossini ne fût au-dessus des forces du Théâtre-Lyrique. Pour nous, qui pensons qu'il n'est rien que ne puissent ceux qui ne sont point subven tiennes, nous n'avons pas un instant douté du succès. La belle musique de Rossini a été admirablement interprétée. Sous la direction vigoureuse de Varney, l'orchestre a acquis cet ensemble et cette homogénéité qui sont l'indispensable condition d'une bonne exécution, et qui ne peuvent, après tout, s'acquérir que par l'exercire et l'habitude. La Pie voleuse n'aura, pour le

moinent, qu'un bien petit nombre de représentations. Il y a sans doute là déperdition considérable de temps, de travail et d'ar^:ent, mais je conçois Ferapressement de M. Séveste à donner au public la mesure de sa puissance. On dit le nouveau directeur assiégé de poëtes et de compositeurs. Puisse-t-il rencontrer quelque œuvre de jeunesse et de vie qui assure à son tliéàtre un avenir plus brillant encore que le passé!

iM"" Rouvroy remplissait le rôle de Petit Jacques • Petit Jacques, — c'est Pippo, — c'est le boute-en-train de la pièce, c'est lui qui met le couvert, qui sert à boire aux convives, qui entonne les couplets bachiques; — c'est lui aussi qui sauve Ninette. Elle était charmante, la brillante cantatrice, dans son petit costume de paysan endimanché, — avec ses bas roses, sa veste bleue et son gilet rayé. Le personnage de Petit Jacques, qui ne paraît tout du long de la pièce que pour avoir sa raison d'être à la fin, est excessivement difficile à jouer. Le public ne sait pas, lui-même ne sait peut-être pas ni pourquoi ni comment il est là, et il ne doit pas laisser paraître son embarras. Les rôles qui, comme celui-là, ne sont pas assez accusés, exigent une science de la scène, une sûreté d'action qui nécessitent une dépense de beaucoup de force pour peu d'elTet. Avec de la gaieté, de la lestesse, de l'agilité et du tatillonnage, M"^ Rouvroy s'est parfaitement tirée de cette ambiguïté. Petit Jacques, qui passe souvent inaperçu, semblait avec elle le héros de la pièce. Elle lui a donné toute une grâce naïve qui ne sied pas mal à cette jeunesse demi-villageoise. Pour notre part, ce que nous admirons le plus chez M"'' Rouvroy, c'est le réalisme de son jeu : le talent, au théâtre, ne peut être que le réalisme, — le naturel, —

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et M""" Rouvroy est toujours parfaitement naturelle. On oublie que Ton est parque dans un esitace plus ou moins restreint, — dans une stalle ou dans une loge ; — on oublie les ouvreuses et leur uniforme, les lustres, la rampe et Torchestre, pour croire qu on la voit se trémousser ainsi dans les réalités de la vie Penser ce que Ton ne pense pas, être où Ton n'est pas et ce que Ton n>st pas, voilà ce que doivent savoir ceux qui montent sur la scène,— voilà ce que sait parfaitement M"« Rouvroy. Il y a loin du Barbier de Séville à la Bulle des Moulins, de Rosine à Mariette, — Rosine la grâce élégante, ]\Iarielle la grâce native : elle est Jeune fille du monde dans le Barbier, comme elle s'attellerait à la charrette du porteur d'eau dans le charmant opéra de Boïeldieu, comme elle fait manœuvrer son bataillon de deux hommes dans la Poupée de Xurenibery, comme elle casse naturellement le ventre à sa tirelire dans la Pie voleuse! On sait que Petit Jacques n'a que peu de chose à chanter, deux morceaux d'un genre bien différent : des couplets à boire et un duo d'un sentiment exquis de déhcatesse. M"* Rouvroy a dit les couplets à boire avec cette verve qu'elle sait toujours trouver à son service dans le chant et dans l'action, — dans le geste et dans la voix, et elle a interprété avec une touchante suavité l'enfantine générosité de Petit Jacques, qui refuse d'accei)ter le sacrifice que Ninette veut faire de sa croix pour procurer quelques secours à son père! Pauvre petit Jacques! les bonnes raisons qu'il donne à Nmette pour la prier d'accepter ses petites économies! Les anges doivent chanter et parler ainsi! Nous attendions M"'= Rouvroy au dernier acte, alors que Petit Jacques suppute l'argent de ses économies, qu'il va porter

dans le vieux saule; on sait combien ronfance est attachée à ses petits trésors : M"'-' Uouvroy a parlai teaient compris et parfaitement rendu cette nuance d'avarice qui doit colorer la générosité de Petit Jacques. Son parti est pris, il n'hésite pas; mais c'est si joli, l'argent! 11 y a là du sucre d'orge et des gâteaux : il ne regrette pas ce qu'il fait pour Ninette, mais il regrette de se séparer de son petit magot; aussi, voyez comme il compte et recompte sa monnaie, comme il examine la pièce que Ninette lui donna l'autre jour ! Il y tient : c'est un souvenir de Ninette! mais c'est surtout une pièce de vingt-quatre sous ! Le talent, c'est l'observation de la nature; et voilà pourquoi il ne s'apprend point au Conservatoire.

M"'= Duez-Ninette, — la jeune chanteuse qui s'est fait une réputation dans la Perle du Brésil, — a montré qu'elle profitait des excellents conseils de Morelli. M""^ Duez a une belle voix ; mais ce qui lui manque, c'est d'avoir de la méthode, et peut-être d'être un peu plus musicienne. Elle a joué de son mieux, au point qu'elle a eu des attaques de nerfs au deuxième acte, ce qui ne l'a pomt empêchée, à la fin du même acte, de reparaître pour céder aux instances des vingt-cinq romains de l'administration; — il est vrai qu'elle a failli écraser le jeune Dulaurons qui soutenait sa défaillance.

Pourquoi M"'^ Duez avait-elle un saladier sur la tête? pourquoi ne sait-elle que faire de ses mams? pourquoi pose-t-elle si étrangement ses pieds? Elle ne pourrait que gagner à soigner un i»eu ses allures, connue à varier l'uniformité de son faire et de son thre. L'esl>ace nous manque pour donner à tous les éloges que

tous ont mérités : Dulaurens, Bouché, Ribbes, et les

choristes eux-mêmes,

• GAITÉ

LA MENDIANTE, Drame en cinq actes, par MM. A. Bourgeois et Michel Masson.

Nous ferons deux parts : la première pour Léontine, — la seconde pour la petite Félicie.

L'une rentrait, l'autre débutait.

C'est un singuUer talent que celui de Léontine, — mais c'est un vrai talent. Comme elle est vulgaire, cette l'eunne ! — comme elle est canaille! disons le mot; c'est le genre charcutier par excellence, c'est l'épopée des grossièretés et des polissonneries. Va te faire... et les poings sur les hanches! C'est beau à force d'être dégoûtant; c'est dégoûtant à force d'être vrai : c'est vrai d'ex- X)ression, de mimique et de carnation. L'haleine sent le petit verre. La voix est éraillée par le rogomme. L'intonation est brutale comme la force, saccadée comme la violence, impérieuse comme la volonté. L'œil est fier et pétillant. Les lèvres sont rouges, fortes, souriantes et dédaigneuses. Les joues sont rebondies et colorées comme la santé. Le front est large et resplendissant de tons lumineux. Les cheveux sont épais et haut plantés. Le cou est fortement attaché. Les dents sont brillantes et impatientes de mordre. La tête semble posée pour l'insulte : elle piaffe l'agitation. La taille est puissante. La peau est fine, nette et blanche. Les veines se détachent à ses lucides transparences. Sous l'ampleur luxu riante des formes, on voit battre le cœur, on entend le

sang bouillir : ce n'est pas la mollesse, c'est l'activité. 11 y a là des colères, des coups de poing et des trésors de volupté; des haines farouches et des amours dévouées; à cette l'emnie-là, des plaisirs bruyants, d énormes choppes gonflées de vin du Rhin, des débauches colossales! Oh! mais, quand elle aimera, elle aimera jusqu'à la passion, jusqu'à l'abnégation, jusqu'au dé- Hre. Gare à son amour! cette main est taillée pour la vengeance : elle ne se plaindra pas, elle n'aura pas d'attaques de nerfs; mais comme elle manie prestement le couteau qui sert à dépecer la chair crue! Bravo, Léontine ! Et connue elle scande sa démarche, la gourgandine impudente! comme elle développe la paume de ses mains! comme elle carre ses hanches! comme elle étale ses formes luxueuses! comme elle retrousse ses lèvres! comme clic roule ses yeux! comme elle aiguise son regard! comme elle fait voltiger sa langue! comme elle fait scintiller ses dents! comme elle enfle son mollet! comme elle semble de la ferme cambrure de son pied prendre possession de la terre! comme elle arrondit les coudes! comme ehe est bouillonnante de gestes, écumeuse d'engueulements ! Qu'elle est belle cette femme, qu'elle est belle de vulgarité!... Bravo! Freska^ la courtisane des galetas, la houri de la bohème inlîme et des bagnes! Regardez, regardez bien, cela vous évitera la peine d'aller vérifier dans les tapis-francs de la grande ville l'existence de ces filles qui ont le cœur sur la main, — comme on dit, — et toujours un couteau dans la manche, cjui, pour se venger, vont dénoncer leur souteneur, et qui après se feraient tuer pour Tempècher d'être pris. Bravo! Léontine; bravo! Freska. Il me semble que je revois Jeaime la Rousse, la reine de

la rue de la Licorne! Bravo! Freska.... Ah! pourquoi nous (juittos-tu si vite? La toile tombe, et Léontine n'est qu'une femme comme toutes les autres femmes, avec de la beauté et de l'esprit en plus. Bravo! Freska, bravo! Mais il ne faut pas à Léontine un rôle écourté comme celui qui lui est départi dans la Mendiante; il lui faudrait un rôle taillé en pleine crapule, un rôle pour lequel on n'eût rien économisé, et alors il y aurait deux réputations et trois fortunes de faites. Mais ce que je demande, un dramaturge vulgaire ne serait point en état de le faire; Alexandre Dumas lui-rnéme n'y arriverait peut-être pas. Il faudrait le grand poëtc du siècle, — le titan des audaces et des inventions; mais le grand poëte semble avoir abandonné le théâtre.

A toi maintenant, petite Félicie. — Des éloges? tu préférerais des bonbons. — Tu as raison, les bonbons valent mieux que les éloges, et j'espère que M. Hostein t'en domie autant que tu peux en désirer. Je commence par dire que je n'aime pas à voir les enfants sur la scène; il en est de cela pour moi comme des gens qui jouent du violon avec le pied : je n'aime pas les monstres. On a fait beaucoup de Ijruit autour de Céline Montaland; i)Our ma part, je n'ai jamais été du nombre de ses admirateurs. Je ne veux pas non plus prétendre que Félicie soit une grande actrice, je ne lui prédis ]>oint un avenir plus ou moins brillant; mais je la préfère de beaucoup à CéUne Montaland. Dans un rôle qui a une certaine importance, qui exige même une intui tion di'araatique, Félicie, — une petite fille de huit ans, — a fait preuve d'une intelligence vraiment fort remarquable. Ajoutons qu'elle est gentille à croquer, qu'elle a des cheveux charmants, des yeux remplis de

clouccui' ot (ros[iril, des traits trniic parftiite régularitô, un timliredc voix luôlodioux, et que toute sa personne enfin est emmiellée de gnkcs séduisantes : voilà Félicie. Allez voir Félicie, ot vous me direz si elle ne vaut pas cent fois mieux que Céline Montaland. C'est une excellente idée qu'ont eue MM. Bourgeois et Masson de faire une place dans leur . pièce à cette délicieuse enfant. Ceci nous amène à parler de leur drame. Qu'estce? Une histoire d'adultère et d'enfant volé! Beaucoup de morale et pas mal de chauvinisme. Ce qui n'empêche pas la pièce d'être façonnée à cette facture hahile dont ces messieurs ont le secret. Aussi il y avait pres- (|ue une velléité d'enthousiasme quand, au second acte, If puhlic a aii('r<;u dans la coulisse les aspects du paletot blanc de M. Anicet Bourijeois.

Cornélius Holfl".

8 niiii. —

FORTE-SAIM-MAUTIX.

LE TiPiOIT PE VrSlTE, VaiKlcvillc on un acte, iiar MM. A. Monnier et E. Martin.

Depuis le charmant tableau que l'on admirait dans le cabinet du duc d'Auinale, — l'amateur aussi généreux qu'éclairé, — combien de fois a-t-on abusé du droit de visite? Comme il était beau le terre-neuve d'attention sournoise et malicieuse! comme elles retombaient

avec grâce ses longues et soyeuses oreilles I Comme l'œil était pétillant de feinte distraction ! Comme la patte se laissait aller avec abandon! C'est toi, mon beau, mon cher Sultan; c'est toi, mon chien, mon fidèle, mon seul ami; c'est toi, quand tu jouais avec Dear, ton rival dans mes affections, — pauvre Dear, mon gentil épagneul! — C'est toi, mon beau terre-neuve, quand tu feins de ne pas me voir pour que j'oid)lie de me mettre en garde contre tes bonds caressants; — je te devais ce souvenir, mon beau Sultan, car tu m'as donné bien des joies et bien des orgueils, quand tu promènes par les rues tes bouillantes nonchalances 1 — Et comme il était furtif, le chat, comme il léchait la sébile avec mie fausse prudence ! Le malin, il savait bien qu'il n'avait rien à craindre, mais il voulait faire le coquet. — Un mari qui veut mettre le nez dans les pensées intimes de sa femme. — Vous savez ce qui arrive aux indiscrets, à ceux qui écoutent aux portes, à ceux qui glissent leurs regards dans les lettres décachetées. — Le mari apprend ce qu'il ne voudrait ijas apprendre. Fort heureusement que depuis quelque temps la morale a le privilège exclusif de la mise en scène. — Tout est sauvé, y compris l'honneur, — c'est mieux qu'à la bataille de Pavie, — et le don d'un pur Biétry complète fort à propos le reidàtrage conjugal! J'ai toujours béni l'invention dos kachemires; il parait que je devrai la bénir encore plus quand je serai marié. — Elle m'a pourtant déjà rendu de grands services. — N'est-ce pas,

Julie?

Cornélius Holff.

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