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Hélas! oui, on est bien loin de co Uiiiips où le bonlioumie d'Aubignac écrivait : « La Théodore de M. Coijk'illc ifa pas eu tout le sucrés ni toute l'approbation qu'elle méritait. C'est une pièce dont la constitution est très-ingénieuse, où l'intrigue est bien conduite et bien variée, où ce que riiistoirc donne est fort bien manié, où les cbangeuients sont fort judicieux; mais, parce (juc le tliéàtre tourne sur la prostitution, le sujet n'en a pu plaire. » Pour une petite liorriîur! — nos ancêtres étaient bien virginaux !
Honcevaux-Bignon , de Flavignan-Drouville, de Roraany-Luguet, M°"^ de l-'laviguan-M'"'' Laurent, La Grignotte-M"^ Bligny, acteurs et actrices, ont été bons, très-bons; mieux que cela, ils ont joué d'ensemble. Cht'ri-Louis a fait de Renaud une création. Colbrun a dit un : Alfred! pas de gestes! qui a électrisé le cintre. (Juant à Boutin, nous l'avons acclamé dans le rôle de Tailleux ; dans le rôle de Poussier, il a encore été merveilleux de vrai et d'art : il a des gestes, des manières de njarcher, des tonalités magnifiques. Vous verrez que, dans deux ans, le paradoxe : Boutin est un des premiers acteurs de Paris! courra la critique comme une trivialité.
Bon pour cent représentations.
Edmond et Jules de Goncourt.
GYMNASE
LES ÉCHELONS DU MARI, Vaudeville en trois actes, par MM. Bavard et Narner.
Il y a longtemps que nous pressentions que M. Bayard en viendrait là. Cette fois, c'est tout carrément une
brutale apothcoso du mariage, une inepte exlubition d'un exemple de fidélité conjui-^ale. à figurer dans le recueil des traits de morale et de vertu à l'usage des maisons d'éducation. Trois amants, un officier, un premier ministre et un roi , — celui de Danemark , — se disiiutent le cu'nr de .M"' Luther; mais la digne enfant de M. Bavard conserve son amour a l'iissmann , son époux. J'ai dit son amour, et j'ai eu tort. M"* Luther ne saurait avoir d'amour pour Plissmann ; j'aurais dû parler tout simplement de son respect pour le Code, chapitre des Devoirs réciproques.
Au lieu de vous entretenir des charmes de M. Bavard, permettez-moi de vous traduire une fable assez spirituelle sur le mérite des femmes: elle est de Lessing :
« -Mes furies vieillissent, dit l*luton au messager des dieux; le service les a usées. N'en pourrais-je pas avoir de toutes fraîches? Va donc, Mercure; vole jusqu'au monde supérieur, et tu m'y chercheras trois femmes propres à ce ministère. Mercure part. Peu de temps après, Junon dit à sa suivante : — Il me faudrait, Iris, trois filles parfaitement sévères et chastes; crois-tu pouvoir les trouver chez les mortels? mais parfaitement chastes, m'entends-tu? Je veux faire honte à Vénus, qui se vante d'avoir soumis , sans exception , tout le beau sexe. Va donc, et cherche où tu pourras les rencontrer. Iris part. Quel est le coin de terre qui ne fut pas visité par la bonne Iris? Peine perdue; elle revint seule. — Quoi! toute seule! s'écria Junon; est-il possible? 0 chasteté! ô vertu! — Déesse, dit Iris, j'aurais bien i>u vous amener trois tilles, qui toutes les trois ont été parfaitement sévères et chastes, qui n'ont jamais souri à aucun homme, qui ont étouffé dans
Iciii' odHir jusqu'à la ]>lus petite étincelle de l'amour; mais, hélas! je suis arrivée trop tard. — Trop tard! dit Junon ; comment cela? — Mercure venait dans l'instant de les eidever pour Pluton; trois lilles qui sont la vertu mémo ! — Et qu'est-ce (fue Pluton veut en faire? — Des furies. »
lit maintenant écoutons l'allégorie tVun vieil auteur fi'ancais, Chrestien de Troyes :
« (Jauvain, preux chevaliei- de la cour du roi Artus, (''Iiousa dans ses voyages une fort belle dame. La noce faite, il veut présenter sa femme à la cour, et la conduit en croui)e derrière lui, selon la coutume de son temps. Un inconnu, armé de toutes pièces, les rencontre, et veut enlever la belle. Gauvain lui représente qu'elle est à lui; l'inconnu lui répond : « Si elle aimoit mieux « me suivre, me la céderiez-vous? — Oui, « répond Gauvain. Il donne le choix à sa femme, qui, sans hésiter, se déclare pour l'inconnu. Gauvain, délaissé de sa belle ingrate, poursuivoit constamment son chemin, suivi de deux beaux lévriers blancs que son père lui avoit donnés. La dame, qui aimoit ces lévriers, exige de l'inconnu qu'il les aille demander à son mari. L'inconnu le rejoint, et lui fait sa demande. Gauvain lui tient ce propos : « Vous m'avez pris ma femme, parce « qu'elle a voulu vous suivre; il est juste que la même « épreuve décide des lévriers : ils seront à celui qu'ils « suivront. » L'inconnu trouva la proposition raisonnable; chacun va de son côté, appelant les chiens, mais ils suivent leur ancien maître. «
Lessing et Chrestien de Troyes en savaient un peu plus long en esthétique que MM. Bayard et Varner.
Cornélius Holfi".
DÉLASSE^HENTS-COMIQUES.