FLORE ET ZÉPHYR
Oi»'Ta-comiqiie ea un acte, paroles de MM. ùe Leuven et Deslys, musique de M. Eugène Gauthier.
Un danseur et une danseuse ég-alemont émérites, unis par les liens du mariage, M. et M""^ Verthois, l'un rnarguillier, Tautre dame de charité, sont retirés à Montar- ,s-is, où ils ijraliquent la morale la plus austf're et la santé la ftlus florissante. L'ex-danseur et Tex-danseuse ont pris de l'embonpoint, de Tampleur et de la majesté, si bien que l'un est aujourd'hui Leroy et l'autre madame Vadé. Dépourvus d'enfants, M. et M"* Vertbois se sont donné le luxe d'une nièce admise par eux au bénéfice de la vertu la plus austère. Mariette, tel est le nom de la jeune tille , mène fort à contre-cœur la vie puritaine de M. et de .M"'^ Vertbois; elle soupire après la liberté, ai)res le mariage, car pour elle le mariage c'est la hljerté, le grand air, le bal, les fêtes, les caquets. .Mariette aime Saturnin , un monsieur qui est chargé de la clarinette à l'orchestre de Montargls. .M. et ^jme Vertbois, x^leins de défiance pour tout ce qui touche à l'art, trouvent la clarinette un instrument trop léger pour un mari, et refusent leur consentement à cette union. Mariette soupire.
Le jour oîi nous avons l'avantage de faire la connaissance de -M. et de M""^ Vertbois, il parait que des danseurs de hasard devaient donner au théâtre de Montar-
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gis une représentation du ballet de Flore et Zéphire, dans lequel le raarguillier et la dame de charité avaient^ dans le beau temps de leurs mollets, obtenu de grands succès à Berlin. M. et M™* Verbois se sentent pris du besoin d'aller revoir cette cause de leurs anciens triomphes et de leur actuelle tranquillité. Après une lutte de quelques instants, ils se risquent à sortir un peu de leurs nouvelles habitudes. Ils partent pour le spectacle, mais en ayant soin de laisser Mariette à la maison : Mariette préférerait les suivre. Les imprudents ne savent pas qu'une jeune fille ne peut pas rester longtemps seule, parce qu'un monologue trop prolongé finirait par ennuyer le public. Mariette chante en attendant Saturnin. Saturnin arrive : Mariette et Saturnin se livrent à des intempérances de chant. Tandis que nos deux amoureux se jurent, en toutes sortes de fioritures, l'amour le plus pur, M. et M"'' Verbois rentrent du spectacle. Saturnin ne peut que se cacher sous la table. M. et M"* Verbois sont indignés de la manière dont la troupe deMontargis a gâché le ballet de Flore et Zéphire. Sans souci de leur embonpoint de retraite, ils se donnent intra muros une séance de chorégraphie. Sans accompagnement? Pas tout à fait. Saturnin, chez qui la passion de la clarinette est passée à l'état de monomanie, se livre à un accompagnement de ballet. M. et M"^ Verbois se laissent aller au charme de la musique. Et ce sont des amours chorégraphiques à désopiler sir Spleen. Mais tout à coup Saturnin parait avec sa flûte : désordre général. Pour cacher leur faiblesse, M. et M"* Verbois n'ont qu'un moyen , c'est de consentir à l'union de Mariette et de Saturnin; ils y consentent. Sans aucune prétention , ce petit hbretto est une co-
quette et gracieuse inspiration. Certains ont voulu lui trouver des ressemblances; MM. de Leuvcn et Deslys sont assez riches pour avoir le droit d'avoir des réminiscences. Du reste, le succès les absout de toute parenté. Le public se plaît à ces bouffonneries de sentiment et de situation. Mais à chacun sa part : la musique est certainement pour beaucoup dans le succès de Flore et Zéphire. M. Eugène Gauthier, déjà bien connu dans le monde musical par le Marin de la Garde, Murdock le Bandit et mille autres charmantes inspirations, est l'auteur de cette délicieuse partition. M. Eugène Gauthier appartient à l'école itahenne : il a la tradition tout entière de Paësiello, il possède tous les secrets du genre bouffe. Son ouverture, qui a le tort de n'avoir pas été faite pour les besoins de la cause, est peut-être un peu sérieuse et par trop banale. Mais, tout du long de sa partition, M. Gauthier prend bien sa revanche de ce défaut d'originahté. Entre autres charmantes idées, nous avons remarqué des variations à la manière d'Adam, sur l'air : Il pleut, beryère, qui nous ont paru mie délicieuse et ravissante inspiration. M. Gauthier a eu le bonheur d'être aussi bien chanté que MM. de Leuven et Deslys sont bien joués. M""* (juichard a mis en usage toutes les ressources de sa brillante vocahsation. Pourquoi met-elle des jupons si courts dans mi rôle de jeune fille modeste? M™^ Vadé a été pleine de cette dignité comique, de cette majesté ridicule dont elle sait si bien se revétn. Son costume serait à lui seul un succès. De ces rôles impossibles elle tend à se faire une spécialité. Entre les mains d'une administration intelligente, cette nature de talent est tout un élément de succès. Nous avons déjà eu l'occasion de dire tout le bien que nous
pensions de Leroy. Cet excellent acteur a fait du rôle
de Verbois une] très-heureuse création. 11 est, tout du
long du personnage de Verbois, d'un comique achevé.
Verbois ne ressemble en rien à Zizelle, et il était assez
difficile de scinder originalement ces deux mimiques,
car le jeu des pieds et des jambes occupe une place assez
considérable dans les deux rôles. Cette petite pièce de
Flùre et Zéphire est pour longtemps sur Faffiche; c'est,
avec Bonsoir, Monsieur Pantalon et la Poupée de Xurem-
herg, les trois seules pièces réellement bouffes que l'on
ait faites depuis longtemps. On a beau dire que c'est
un genre absurde; il est bon, puisqu'il réussit. On ne
fait pas une pièce pour l'art, on la fait pour le public :
si le public est bète, il lui faut des bêtises, sans doute;
mais à un homme d'esprit, il est plus difficile d'être
bête que de ne l'être pas. La caricature, elle aussi, est
un art.
Cornélius Hoiff.
ODÉON
LA TANTE URSULE, Comédie en deux actes et en prose, par M. Moléri.
Honneur au courage malheureux! Honneur à l'Odéon! Je n'ai jamais pu, sans un sentiment de pitié, songer au sort du malheureux Sis^'phe; — c'est que, moi aussi, je roule mon rocher, et quel rocher? — et je ne songe jamais à l'Odéon sans songer à Sisyphe. N'êtes-vous pas comme moi? le directeur de l'Odéon ne vous fait-il pas l'effet de Sisyphe, avec cette différence que Sisyphe ne recevait aucime subvention? Deux de mes spirituels collaborateurs, :MM. de Goncourt, vous ont dit un jour
quelle était la singulière composition du comité de lecture du second Théâtre-Français. Eh bien! en dépit de ces conseillers fournis par la subvention, la spirituelle direction du spirituel M. Altaroche a rendu de grands services à Tart, — efforts d'autant plus louables qu'ils étaient plus difficiles. N'a-t-ello pas représenté un petit chef-d'œuvre de M. de Montheau? Quoi qu'il en soit, malgré le concours d'une foule de poètes plus ou moins chevelus, malgré les réclames de Cham et l'alUance du Charivari, l'Odéon, — ceci est une vérité mathématique, — n'a jamais pu réunir plus de quarante-neuf personnes à la fois; dans ce nombre encore, pour rester exact, devons-nous comprendre les sergents de ville et les gardes républicains de service. Quarante-neuf personnes, c'est peu pour cette vaste et magnifique salle. En vain on faisait aux amis des services fabuleux, — on sait que Grassot, l'année dernière, ne put, en toute une journée, trouver une seule personne pour partager une avant-scène de la rue de Vaugirard, une loge de douze places. — Les jours de première représentation, les quarante-neuf persoimes n'étaient même pas à leur poste, car il en montait quatre dans les coulisses : l'auteur, le chef du matériel, le chef des accessoires et le médecin. Grâce à une heureuse combinaison au moyen de laquelle toute une famille reçoit une subvention pour passer à l'Odéon la soirée du jour du repos, M. Altaroche était arrivé à réunir jusqu'à soixante- trois personnes le dimanche. C'est donc le dimanche que la direction donne aujourd'hui les premières représentations. Ceci vous explique comment le dimanche, 20 septeml)re de la présente année, on donnait à l'Odéon la première représentation de la Tante Ursule, tandis que
votre indigne serviteur se promenait, en maugréant après des lettres qui n'arrivaient pas, sur le pont de George IV, dans le bassin de Portsmouth. De retour à Paris, un peu comme il était parti, — très-rapidement, — il n'eut rien de plus pressé que d'aller voir la Tante Ursule, sur la foi d'un journal ordinairement bien informé. Quand on a traversé la Manche dans une barque, par une mer houleuse, on ose se risquer dans les parages de l'Odéon; votre serviteur était précisément dans cette position. Or donc^ ce soir-là, la fine fleur de rodcon. M""*' Grasseau et Lafont étaient en scène en compagnie de MM. Fleuret, Kime et Néroud. En 1823^ pendant la guerre d'Espé.gne, le colonel Faverolles avait été sauvé d'une mort certaine par un jeune officier qui paya de sa vie ce beau dévouement. Ce jeune officier n'était point assez jeune pour ne pas laisser une femme et un enfant; il laissait une maîtresse et une espérance de progéniture : cette progéniture fut une fille. La mère est morte de chagrin, et M. Bernard, un excellent homme, a recueilh la fi'le, — Marie. M. Bernard a aussi recueilli un autre enfar t abandonné , Léon , qui n'est autre que le fils natur.d du colonel. Les deux jeunes gens s'aiment. M. Bernr.rd a aussi une sœur : la tante Ursule, vieille fille qui ne sait rien et qui veut tout savoir ; elle se jette au trr.vers de ces amours en décou- \Tant aux deux intéres:;és qu'ils vont être incestueux. Fort heureusement que le colonel reconnaît son fils, et Néroud épouse M"* Lafont; le plus heureux est certainement Néroud, qui se trouve possesseur d'une charmante femme. Qu'ajouter? Que cette pipce est parfaitement dans les eaux de rOd:''on, et que M. Moléri fera bien de faire autre cho:;e, s'il veut au steeple-chase de
la renommée gagner plus que la réputation d'un homme
d'esprit.
Cornélius Holff.
PORTE-SALNT-MARTIN.
RICHARD III j Drame en cinq actes, par M. Victor Séjour.
Il y a des gens qui croient avoir tout dit quand ils ont dit : C'est une œuvre shakspearieune.
En Angleterre, tout est grand, les docks et le workhouse.
Le drame de Shakspeare est au vrai drame
Ce que le cheval boulonnais ^st à l'animal décrit par Buffon,
Ce que le carabinier est à l'homme vrai.
On ne raconte pas les drames qui ont la prétention d'être liistoriques, on les juge.
Le côté dramatique est nul; le côté artistique peut seul avoir de l'intérêt.
La pièce de M. Victor Séjour a le tort de trop ressembler aux vaudevilles qui sont faits pour Arnal : elle est trop faite pour Ligier.
L'auteur ne doit pas ainsi s'aplatir devant l'histrion.
Avant les mtérêts de la boutique, les intérêts de l'art. Je parle pour ceux qui, comme M. Victor Séjour^ ne sont pas de vulgaires faiseurs.
La pièce de M. Victor Séjour est purement écrite; il y a peut-être certains mots qui reviennent trop souvent, comme le marchepied de cadavre; — il y a aussi trop de mots à effet qui ont le tort de n'être pas la propriété
particulière do iM. Victor Sc'joiir. Son (cuvro n'en est l>as moins assez remarquable; elle est habilement conduite et savamment coupée. Mais M. Victor Séjour ne connaît pas le pi'emier mot de la vérité historique. On a droit de faire Thistoire^ mais non pas de la travestir. Du reste, le sentiment de la vérité historique est une faculté qui ne s'acquiert point. Un savant contemporain, excellent homme du reste, Alexis du Monteil, n'en a jamais su la première note. C'est ce sentiment que possède ù un degré si éminent Alexandre Dumas. Dans ce sentiment, II a puisé sa grandeur, sa force et son mérite aux yeux des gens sérieux. Alexandre Dumas, — et lui-même en convient, •— n'a pas la science de la forme comme Victor Hugo, mais il a la science de l'incarnation. Le personnage de Raoul de Foulques est une très-malheureuse création. Son dévouement à la cause de Richmond n'est nullement en rapport avec le siècle où il vivait. Ceux qui servaient Richmond étaient de hardis aventuriers, et ces gens-là n'étaient pas capables de risquer plus qu'ils ne pouvaient gagner. Le dévouement au chef, parce que la personne du chef personnifiait la cause de chacun sous une forme concrète; mais le dévouement à l'homme! ah! n'en demandez pas aux hommes du moyen âge. Les civiUsations ultra-rehgieuses comportent seules ces absorptions complètes de l'homme dans l'homme. Amour ou fanatisme, voilà les deux sources de tout dévouement. Le fanatisme ne peut être le produit que d'un principe; quel principe représentait Rii-hmond? Aucun. Richard avait après tout autant de droit que lui au trône d'Angleterre. Ses mains étaient teintes de sang, mais quel ouvrage peut-on faire sans se salir les mains? A quoi re-
connaît-on un travailleur? A ses mains. On ne fait pas du fanatisme avec des arguties de jurisprudence. M. Victor Séjour a aussi mis fort mal à propos dans la bouche de Raoul une tirade sur la lutte qui va s'engager entre lui et Richard; on s'attend à des prodiges, à quelque chose d'immense qui personnifie le grand duel de ce qu'aucuns appellent dans leur langage les deux principes. Point du tout : la chose se résout en une fuite exécutée avec bonheur et agilité par le terrible paladin. Dans le caractère de Richard III, l'auteur a un peu trop sacrifié aux préjugés vulgaires : un homme de talent ne doit pas tenir compte des préjugés.
L'ambition se passe des cruautés inutiles. Si M. Victor Séjour avait Thabitude du crime, il saurait que ceux qui font du crime un métier n'en font ni un plaisir ni une plaisanterie. 11 n'y a que les enfants qui s'amusent à plumer les oiseaux tout vifs. Robespierre, l'inflexible sphinx révolutionnaire, était un ange de douceur dans la vie intérieure. Il y a des nuances qu'il faut savoir garder. Si M. Victor Séjour était bien ambitieux, il n'ignorerait pas que l'ambition marche de pair avec les plus douces passions de l'humanité, et que si quelquefois elle sait les sacrifier, c'est toujours avec connaissance de cause. Le caractère de Richard III a été un peu trop fait pour les besoins tragiques de M. Ligier. M. Ligier est sans doute un acteur d'un grand talent, mais ce n'est pas une raison pour lui faire un holocauste de l'art et de la vérité. Ne soyons toutefois pas trop sévère : M. Victor Séjour a présenté Richard sous un jour trop odieux, mais il lui a donné des mots, des audaces et des sang-froid que lui envierait un homme d'État. Et voyez comme on est obhgé de rendre hom-
mage à la vérité : ce drame est fait pour prouver la supériorité de la force sur l'esprit, du nombre sur la ruse. Eh bien ! tout du long de la pièce, jusqu'au dcnoùment, c'est l'esprit qui triomphe de la force, et si l'on s'int^^resse à quelqu'un , c'est certainement à Richard le Grand. Pourquoi ne pas accepter hardiment le fait? il n'y a qu'une puissance dans le monde : la volonté. Son siège n'est ni dans le bras ni dans le cœur : il est dans la tète. L'action n'est rien , la direction est tout. Celui qui agit n'est qu'un instrument, celui qui pense est un dieu! Et d'ailleurs il n'y a pas d'assises pour les ambitions : le succès ou la mort, le pavois ou l'èchafaud.
La scène de la mort de la duchesse d'York, — si bien jouée par notre charmante ennemie M"^ Person, — est un incident fort beau. La tenue de Ligier est superbe, le sang-froid de Richard III est subUme. Voilà donc l'iiistoire des Uens du sang réduite à sa plus simple expression! L'amour de Richard III pour lady Betty a quelque chose de strident; et Ligier le velouté avec des patelineries de chat-tigre. Il y a, dans les compliments de cet amoureux sans amour, quelque chose qui rappelle les consolations et les patenôtres du saint-office. L'entrée de Ligier est mauvaise, en ce sens que Richard III ne pouvait pas, dès le lever du soleil, poser ainsi pour le tyran de Phalères. Louis XI avait ses heures de faiblesse, et pourtant c'était un homme bien fort. M. Victor Séjour a aussi le tort de trop parler de ces deux enfants si connus sous le nom des enfants d'Edouard. Outre que, dans la conversation, leurs cadavres servent trop souvent de marchepied à l'ambition, il est impossible que lady Betty ait conservé au
souvenir de ces deux mioches des regrets aussi épileptiques que ceux de M""^ Lia Félix. Le personnage de Kutland est également manqué : Richard III doit se déshabiller un peu plus devant le vidangeur de sa vie intime. Devant lui, il n'a pas besoin de paraître; mais, à en croire M. Victor Séjour, Richard III aurait posé même en dormant. Du reste, ce reproche peut ne s'adresser qu'à Ligier, qui a tort de ne vouloir jamais être que Croquemitaine. Il ne faut pas abuser des meilleures choses : le meilleur arc perdrait son élasticité s'il restait toujours bandé; du moment que la passion n'est plus que l'état normal, elle n'est plus la passion. Du reste, Yannoy a parfaitement sautillé ce rôle assez difficile. Déguisé en juif, il est méconnaissable. Mais pourquoi n'ôte-t-il pas plus tôt sa perruque? A quoi bon cette longue discussion avec le roi? Pourquoi ne pas commencer par où il finit? Quoique renouvelée des Borgia, à qui il arrivait quelquefois de faire erreur, la scène de l'empoisonnement involontaire du complice par le complice est d'un grand effet. La caricature du juif est assez bien faite, quoiqu'un peu forcée. Il y a loin de là aux réelles études d'Ivanhoé. L'astrologue Hawkins est une création fort mal indiquée : comme tous les caractères honnêtes, il manque un peu de vigueur et d'énergie. L'amour de Betty pour Richmond est un liors-d'œuvre assez déplaisant; on n'aime pas ainsi l'inconnu. Richmond est trop heureux d'être aimé de si loin, quand de si près les autres ont tant de peine à se faire aimer; c'est peut-être une raison. N'y a-t-il pas des plantes qui ne vivent qu'à l'ombre? M""^ Lia FéUx a déployé toutes ses ressources dans le personnage de Betty; il n'y aurait pas de mal à ce c^u'clle mit un peu
plus de sobriété dans son jeu. Les princesses ne se conduisent pas comme une liéroïnc des halles, riiabitudc des grandeurs et du commandement ont une dignité qui exclut le déraillement des cris et des gestes. La reine Elisabeth est une inspiration détestable; le caractère historique de cette femme ne va pas au tempérament véhément de M"^ Lucie Mabire, qui a Tair, dans ce rôle, d'une tempête enfermée dans une boite de sardines.
Terminons, car, à notre grand regret, il faut terminer en disant que l'agonie de Ligier est beaucoup trop longue; on souffre et pour ses jambes qu'il fatigue et pour ses yeux qu'il écarquille. — Nous ajoutons un post-scriptum en faveur de Colbrun. Quand , conduit en prison avec l'assurance d'être sauvé , il s'écrie en contrefaisant les gestes, la voix et les allures d'un martyr : Marchons! — toute sa personne est une admiraljle satire de ces gens qui, entre deux petits verres, s'en vont délivrer la Pologne, — puff aux nationalités, blague et carotte !
Le grand événement de ce drame est la révélation du talent de Bignon. Dès longtemps nous savions qu'il avait un avenir, mais nous ne nous doutions pas qu'il dût sitôt s'élever à une telle hauteur; le voilà maintenant presque l'égal de Mélingue. Bignon a de la voix et de la prestance : avant peu, il sera le favori du boulevard; mais, maintenant qu'il en est temps encore, ne ferait-il pas bien de se défaire de cette inflexion du cou à la façon de l'antique, qui est un peu la manière de Mélingue? Ce petit défaut n'empêche pas Bignon d'être dès aujourd'hui un grand et réel mérite.
C'est tout. Ah! pourquoi donc M. de Groot, — le chef
crorchcstre, — se livre-t-il à toutes sortes d'opéras, sous
prétexte d'ouverture?
Cornélius HoIfT.
AMBIGU-COMIQUE
MARIE SIMON, Drame en cinq actes, par MM. Alboize et Saint-Yves.
Ce drame s'appelait d'abord Marie Salmon. Marie Salinon est un personnage vrai, qui fit les beaux jours de 1781. Sa famille, à ce qu'il parait, n'est point encore éteinte; personne ne s'en serait douté, si les héritiei's de son nom n'avaient cru devoir intervenir dans la petite pot-bouille de MM. Desnoyers, Alboize et Saint- Yves. Pour satisfaire leurs susceptibilités, le directeur et les auteurs, renonçant au bénéfice d'un droit incontestable, ont bien voulu mettre sur l'affiche : Marie Simon (Lisez Marie Salmon). Les réputations sont du domaine public : faire le procès au roman, ce serait le faire à l'histoire, à la presse, à la pubhcité des débats, à la loi qui veut qu'à chacun incombe la responsabiUtc de la faute. Et, d'ailleurs, n'était-ce pas plutôt un honneur bien grand que faisaient MM. Alboize et Saint- Yves à une femme qui n'eut d'autre mérite que de fixer pendant deux minutes l'attention publique, privilège dont pourrait jouir un veau <à deux tètes ou un serpent de mer?
MM. Alboize et Saint-Yves ont pris de l'histoire do Marie Salmon ce qu'il y avait de dramatique et d'intc" ressant ; mais ils ont eu le bon esprit Je ne pas se croire obligés de refaire une sorte de procédure, et nous ne
pensons pas que personne tienne assez à connaître les détails intimes de rcxistcnce éphémère de l'héroïne d'un jour de caprice de l'opinion pubUque, pour que nous nous donnions la peine de contrôler le drame par l'instruction judiciaire : Marie Salmon n'est ici qu'un prétexte. Vers la fin du xviii* siècle, — lavénement de Turgot au ministère étant pris pour la fin du siècle de Richelieu et de la Pompadour, — vivait, retiré dans un village, lin vieux soldat; le vieux soldat avait une fille, Marie. La famille \-ivait dans une honnête aisance, entretenue par l'industrie du père et le travail de la fille. Or, il advint que le vieux soldat tomba dangereusement malade. 11 guérit, mais aux dépens de son aisance. Le collecteur va le faire saisir et emprisonner, lorsque Roger, un monsieur en uniforme qui se promène dans le pays, paie les dettes du père aux beaux yeux de la fille. Marie aime Roger, Roger aime Marie; tous deux filent platoniquement l'amour le plus tendre, lorsqu'un coup de tonnerre vient culbuter les rêves de la jeune fille. Un jour que Roger se promenait dans le village, un avocat vient à passer et le salue de la qualification de monsieur le comte. Adieu le parfait amour! Roger, ce charmant jeune homme, n'est plus, aux yeux de la jeune fille, qu'un séducteur déguisé en amant; ce qu'elle voulait, c'était un fiancé. Marie, pour fuir cet amour et refaire la tirelire de son père, se décide à entrer dans la domesticité du château de Clavières. Elle était filleule de la d''funte marquise, qui, en mourant, lui a remis un livre sur lequel sa main moribonde a tracé le legs suprême du bonheur de la jeune fille à son mari et à son fils. Le marquis de Clavières s'est remarié, et, par un oubli impardonnable, il a, sans se soucier de
ses rides et de ses cheveux blancs, épousé en secondes noces une jeune femme. Comme toutes les jeunesses, elle avait un amour au cœur, un amour pour l'avocat Grandpré, Mais la marquise est vertueuse; elle a refoulé son amour dans un tout petit coin de son cœur, et elle a, par ses prières de précaution, contraint l'avocat Grandpré à contracter un riche mariage. Le marquis n'ignore aucun de ces détails, mais il n'en est pas moins jaloux, et il a raison. Aussi il est triste et sombre. Pour se distraire un peu de ses soucis, il se livre à l'étude de la chimie et de la physique : c'était alors une occupation de grand seigneur. Il ne pouvait peutêtre trouver de consolation plus efficace, parce qu'il n'y a rien de plus attachant que la résolution de ce problème immense : faire de l'or. Études chéries! Comme on est heureux dans une cave entre un creuset et un alambic! Les belles nuits d'émotion que l'on passe à souffler le feu et à suer la sueur de l'espérance et de la trépidation !
J'avais oublié de vous dire que le marquis avait un autre sujet de chagrin dans la conduite de son fils, — un gentilhomme accompli, vrai chenapan de bon ton et de bonne maison. Renouvelons donc connaissance avec le comte de Clavières, qui n'est autre que Roger. Marie est reprise de son amour; Roger est repris de ce qu'il prétend sentir au cœur. Marie s'attend à une lutte vigoureuse, dans laquelle le comte s'aidera de tous les moyens possibles de séduction, jusques et y compris la connaissance intime des voies et moyens du château de Clavières. L'esprit est fort, mais la chair est faible. Marie, désespérant d'elle-même, se prémunit d'une arme contre la faiblesse de la chair : elle remplit de poison
un ilacon que lui avait jadis donné Rog^er. Mais Urbain, un paysan qui aime Marie et qui est entré au service du marquis de Clavières pour ne pas la quitter. Ta vue préparer le suicide de ses jeunes appas. Il se jette tout au travers de ce sombre dessein; il prend le flacon libérateur et l'emporte. Le comte pénètre dans la chambre de Marie. Toute résistance a un terme; celle de Marie va se laisser vaincre, lorsque la victnue se prend à invoquer le souvenir de la marquise. Roger se souvient du legs de sa mère et se retire humblement. Tan- . dis que cet amour se dénoue, un autre amour se renoue : Grandpré, dont le mariage a manqué, décide la marquise à partir avec lui, et la marquise, qui aime véritablement, ne craint pas de se compromettre pour son amant. Balivernes de femme qui n'aime pas, que la terreur des médisances et le respect des convenances. Urbain a entendu la marquise donner à Grandpré le rendez- vous suprême. Il a entendu sans voir; il croit qu'il s'agit de Marie et de Roger; il prévient le marquis. Marie proteste de son innocence. Rog-er émet l'intention désastreuse d'épouser la vertu. Pas avant ma mort ! s'écrie le marquis, le seul qui ait le sens commun. Le fils s'incline avec un signe d'assentiment. Au même moment luit le signal qui doit être celui de la fuite de la marquise et de son amant. Le marquis, suivant le raisonnement que fit le père d'un de nos amis en se coupant la gorge, se dit : Je suis un obstacle au bonheur de tout le mohde, — haut la mainl et il avale le contenu du flacon que lui a remis Urbain. Qui est-ce qui a empoisonné le marquis? Ce ne peut être que Marie, puisque son flacon a commis le crime et qu'elle avait intérêt à la chose pour épouser le comte. Et voilà
le fils, la mère et Tamant poursuivant de concert la vengeance du père, avec l'aide de cet imbécile d'Urbain. Marie est condamnée à mort. Roger s'aperçoit un peu tard qu'elle pourrait bien être innocente. Ne pouvant la sauver, il lui fait obtenir un sursis sous prétexte qu'elle est enceinte. La chose n'était pas si facilo, mais il faut qu'elle le soit pour faire la pièce. Marie proteste; qu'à cela ne tienne; mais, avant de mourir, elle veut revoir le livre de sa marraine. Sur ce livre, le marquis a écrit qu'il se donnait volontairement la mort. Tout est sauvé, y compris l'honneur de Marie- La pièce est très-intéressante. M"'= ThuiUier a joué avec une grâce inimitable et un talent supérieur. C'est, à Paris, la seule actrice qui sache mourir; elle s'est fait de la mort une spécialité; il est dommage qu'elle ne meure pas dans Marie Simon. Sa manière de quitter la vie est autrement navrante que les apoplexies de M"»* Lia Félix ou les éructations de M"^ Doche.
Cornélius Holff.
GYMNASE
Nous comptons y aller l'année prochaine.
VAUDEVILLE
se AFIN,
Comédie-vaudeville eu un acte, par MM. Carmoucho et Vermond.
Quand M"^ Déjazet joue dans une pièce, on peut être sûr que si les auteurs n'ont pas mis d'esprit dans
la pièce, elle en mettra pour eux. Nous ne sommes pas des admirateurs de la célèbre actrice, nous trouvons parfois son talent un peu vieillot, un peu passé : trop bonne compagnie pour l'époque. C'est un éloge et c'est un reproche. M"« Déjazet nous semble une charmante étude du passé; elle nous fait l'effet de ces petits vieillards qui offrent des bonbons aux dames et qui ne leur parlent que le chapeau à la main. Aujourd'hui nns mœurs se ressentent de nos habitudes et de nos préoccupations. Si en bas l'on veut acquérir, en haut l'on veut augmenter; à la Bourse, dans l'industrie, dans le commerce, dans un bureau, dans un atelier, on n'a pas le temps d'être poli. M"'^ Déjazet est une actrice de cour; ce qu'il nous faut aujourd'hui, ce sont des actrices de tabagie.
Il y a de par le monde des oncles bien baroques : celui-là était de ce nombre. 11 avait, en mourant, confié au notaire Patrigaud un testament excentrique par lequel il laissait toute sa fortune au marquis Cassiodore de Cottignac ou au chevaher de Yalembray, tous deux ses neveux, le tout au choix d'une présidente qui devait décerner l'héritage au plus digne. Le chevalier de Valembray est un jeune homme qui ne donne que des espérances. Le marquis est un monsieur non moins fat que sot, superbement incarné dans la personne de Delannoy, l'excellent comique. Le chevalier est amoureux d'une veuve, W"= Clary, ce qui prouve qu'il a bon goût. Supposant que l'héritage de l'onde facihterait son mariage, le chevaUer, qui est roué comme un gentilhomme de son siècle, trame contre Cottignac une conspiration diabolique. Il se déguise en Scapin, car le
4ÙÎ -t
chevalier, c'est Déjazet. Introduit chez le marquis en qualité de domestique, il Texcite à mille extravagances; il y en aurait assez pour indisposer la présidente, mais il n'y en a pas assez pour faire la pièce. Scapin fait la cour à la maîtresse de son maître; Scapin se cache sous un domino pour attirer son maître à un rendez-vous d'amour, piège tendu au bénéfice des oreilles de la présidente; Scapin se fait passer pour somnambule et abuse du somnambulisme pour révéler les secrets de son maître. Moralité : le chevalier a l'héritage.
M"*" Déjazet a léché son rôle avec ce talent, à la façon de Meissonnier, qui lui est propre; elle a su ne pas être Lauzun et ne se point copier elle-même. Delannoy est toujours le plus embarrassé, le plus nasillard, le plus bouffon des comiques; c'est un vrai talent qui nest pas
assez apprécié.
Cornélius Holfl.
VARIETES
ex VIEUX DE LA VIEILLE ROCHE,
Comédie-vaudeville en un acte, par MM. Ch. Dupeuty et E. Grange.
Les exhibitions foraines n'ayant i>as réussi, le directeur d^s Variétés , — un monsieur qui se console de n'être pas homme de lettres en faisant des rectifications , — s'est décidé à rentrer dans les limites de son privilège en représentant des pièces réelles, avec intrigue, mise en scène et personnages vivants.
Pelletier est un domestique dévoué, — de ces gens qui n'ont jamais existé que dans l'imagination des ro-
manciers, — un décalque de Caleb. Pelletier est au service de M. de Sévry, — un monsieur qui vient de se marier. — Il a tout préparé au château pour recevoir le ménage. Le ménage arrive accompagné d'une femme de chambre et d'un domestique. Les nouveaux venus déplaisent à Pelletier : ils sont jeunes; n'est-ce pas un premier tort aux yeux du vieillard? A son tour, Pelletier déplaît à M""' de Sévry. Elle persuade à son mari de mettre le vieux domestique à la retraite, ne fût-ce que par humanité. Mais Pelletier est rivé à sa place et à ses profits : il persuade aux nouveaux domestiques que monsieur est ruiné, et, comme ce fait n'a rien d'impossible, tous deux, en gens qui ne servent après tout que pour ne plus servir, demandent leur compte. M"^ de Sévry a un frère; ce frère perd 10,000 fr. au jeu; il prie Pelletier d'être son intermédiaire auprès de son beau-frère : celui-ci refuse l'argent. Pelletier fait alors le sacrifice de ses économies , et puis à son tour de s'en aller; mais, au moment de quitter la maison, arrive le beau-frère, qui remercie M. de Sévry de son obUgeance, Quiproquo : Pelletier est réintégré dans ses fonctions et remboursé de ses avances.
C'est peu intéressant et point du tout amusant, MM. Dupeuty et Grange savent faire mieux que cela : Yinfluenza qui règne depuis longtemps aux Variétés leur aura porté malheur.
DEUX GOUTTES D'EAU, Vaudeville en un acte, par M. Labiche.
Sachez d'abord que la chose est faite pour servir aux débuts de Numa sur la scène de M. Carpier. On devrait
trouver un autre mot pour signifier la même chose : le public lui-même le comprend si bien, qu'il y avait l'autre jour une queue à étonnements continus en face d'une affiche annonçant au Théâtre-Lyrique les débuts de Cliolet. Cette réflexion lâchée, passons à la narration des Deux Gouttes d'eau.
Il y a des gens qui craignent toujours de se compromettre; c'est une crainte que je n'ai jamais comprise. Le plaisir justifie tout; l'indécence des mœurs n'exclut ni le talent ni le travail, et même, s'il faut tout cUre, les vertus domestiques ne conviennent qu'aux médiocrités : les grands travaux veulent les grandes distractions. M. Tourillon, homme marié et avoué, éprouve le besoin de donner des coups de serpette dans le contrat, mais il craint de comi^roraettre l'étude et le ménage. Il a donc som de répandre le bruit qu'il existe de par le monde un monsieur de mœurs légères, qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau se ressemblent, et, muni de cette précaution, il se lance à travers la vie de garçon. M"'' Tourillon finit même par croire à cette ressemblance fâcheuse. Aussi comme elle rit lorsque son amie, Henriette Morvanchut, reconnaît en Tourillon un M, Darville qui lui fait la cour ! Mais Henriette aperçoit au doigt de Tourillon un souvenir qu'elle a laissé prendre à Darville. EUe ouvre les yeux à son amie, qui se promet une mystification vengeresse. Elle raconte à son mari comme quoi Darville est venu, et lui donne des détails à faire frémir la nature d'un mari; elle finit même par ne plus reconnaître Tourillon, et le met à la porte sous le prétexte qu'il n'est que la ressemblance de Tourillon. Notre homme finit par croire à l'existence de ce Sosie. Un client entre : il le prend pour le vrai Darville, lui
cherche querelle et le contraint à accepter un petit combat. Morvanchut est légèrement blessé; il profite de cette circonstance pour rentrer en grâce auprès de sa femme Henriette, dont il était séparé. Tourillon rentre à son tour. De toutes ces rentrées naît une explication qui rend tout le monde content. — Comme on le voit, la donnée de cette pièce est amusante.
EN BALLON, Pochade par M. Ferdinand Langlé.
La mort est-elle une idée triste? Je suppose l'homme le plus heureux du monde, — un amoureux aimé, s'il a le moindre bon sens, il fera cette réflexion que son bonheur ne peut pas durer, à moins d'un miracle. Mettez cet homme entre la vie et la mort, entre le rêve perpétuel et les réalités du lendemain. La mort est au ])onheur ce que la méthode Ampère est aux légumes : elle conserve. Sans courir au devant de la mort, pourquoi la fuir? L'homme peut-il être plus malheureux qu'il ne l'est? C'est improbable. L'idée de la mort n'a rien de triste. J'ai un de mes amis dont le cabinet est tout tendu de velours noir rehaussé de baguettes d'argent; les embrasses des portières, des rideaux et de la cheminée, les rosaces, les appUques, les patères, tout est en argent : cela aura l'air d'un enterrement de première classe le jour où l'administration des pompes funèbres renouvellera son matériel. Eh bien! cet ami est fort gai quand il n'est pas triste. Jadis il avait dans son antichambre une bière en sapin : jamais il n'en paraissait affecté; bien filus, il a passe soixante-cinq nuits dans un cimetière à noter les étrangetés de forme
des émanations qui, à travers la terre, s'échappent des corps en putréfaction, et il employait les loisir? que lui faisaient les caprices de la fermentation à composer un poëme héroï-comique, farce désopilante sur les revenants qui n'a pas moins de onze cent treize vers. Il ne faut donc j^as s'étonner que ]\I. Langlé cumule les aptitudes du vaudevilliste et celles de l'administrateur des pompes funèbres : l'esprit s'applique à tout. Ce jour-là, Holopherne devait aller à Pantin conclure son mariage; peu décidé à cette cérémonie, il monte en cab et recommande au cocher de laisser son cheval libre, décidiqu'il est de ne se marier que si le cheval le conduit ù Pantin. Le cheval , qui reçoit sans doute une subvention de M. Arnaut, va s'arrêter aux Arènes-Nationales. C'était précisément le moment où l'aéronaute Gaudissart partait avec sa femme Vaporine. Séduit par Vaporine, Holopherne s'embarque. Querelle aérienne qui se termine par une descente sur la place de Pantin, qui permet à Holopherne d'aller se faire licencié es noces et festins. Ce que c'est que d'être fataliste !
Cornélius Holff.
FOLIES-DRAMATIQUES
UN PAPA CHARMANT, Vaudeville en deux actes, par M. Honoré.
Le théâtre des Folies-Dramatiques n'est acceptable qu'à la condition d'aborder franchement le trenre cocasse. On ne va là ni pour voir ni pour être vu : si on n'a pas de quoi rire, on est volé. Les acteurs sont du
tiix-sei>tipme oidrc^ à l'exception de M"« Dubuisson, qui est une spécialitô. Toute pièce qui n'est pas ultracocasse, et qui serait passable ailleurs, devient détestable aux Folies-Dramatiques, (le que nous en disons n'est certes pas i>onr l'a Papa charmant : c'est une des plus réjouissantes chinoiseries que nous ayons vues depuis longtemps. Le fond est une trame fort légère, mais les détails sont énormément ridicules, et le rire est le maquillage de ces théâtres infimes. Voyez le théâtre Beaumarchais : il essaie de faire croire qu'il existe avec des drames en cinq actes ; tout le monde sait que c'est un mensonge. Mais coupons court à ces réflexions d'hygiène dramatique, et livrons-nous à la dissection du Papa charmant.
M"* veuve Perruchon a une fille. M"* Céline; M. Frémineau a un fils, M. Saturnin; M. Frémineau convoite la main de U"'" Perruchon pour lui-même et celle de j\[iie Perruchon pour son fils. En attendant l'arrivée de Saturnin, absent pour des motifs que l'on n'a pas voulu me dire, M. Frémineau fait la cour à M"* Perruchon pour le comi>te de son fils. Saturnin arrive : avant qu'il ait eu le temps de dormir et de manger, on le présente à Céline; cette précipitation fait qu'en chantant un duo avec sa future, il bâille son point d'orgue. Céline trouve son prétendu maussade et préfère épouser le père. M™"-" Perruchon, en femme qui connaît les hommes et les choses , est enchantée de cet échange, car elle préfère le fils au père. Ciboulette, la servante, reçoit ordre d'aller à la mairie prier le monsieur chargé de ce soin de changer les termes des publications. Mais, le lendemain , Saturnin reposé a mis du linge blanc; Céline commence à comprendre que le fils vaut mieux
que le père ; Ciboulette a fort à propos oublié la commission, en sorte qu'il n'est plus qu'à rester dans les termes du contrat primitif... 11 y a dans tout cela des choses fort risibles, des sentiments, des situations et des phrases; il y a en outre une idée juste : c'est que les jeunes filles sont très-sottes.
Cornélius HolfT.
— 16 octobre. — THÉÂTRE LYRIQUE.
LA riE VOLEUSE, Musique de Rossini. (Reprise.)
L'année dernière, au moment de fermer ses portes au public qui aurait pu venir, le Théâtre-Lyrique avait repris la Pie voleuse. C'était le Jour de la première du Juif errant; tout le monde était un peu occupé du Juif errant, de la fermeture et de la chaleur. L'exécution avait mal répondu aux efforts du directeur. Cette année, il n'en est pas de même. Le Théâtre-Lyrique est en pleine prospérité; l'avenir semble à lui : ce n'est plus une représentation de clôture, de ces représentations où brille de tout son éclat la, vérité de ce proverbe chinois : Quand on a dix pas à faire, on en a fait la moitié quand on en a fait huit. N'est-ce pas notre histoire à tous? On est si pressé de finir quand on a hni !
Le Théâtre-Lyrique s'est assez constaté [mii' lui-même
pour avoir le droit d'aller demandi.'r quolquefois ses succès aux ressources du vieux répertoire. Il y a des gens qui se fissurent que le Théâtre-Lyrique est une école de chant et de composition ; ils ont tort, et parce qu'il n'y a pas d'école pour le talent, et parce qu'il fait appel aux noms connus comme aux débutants.
Or donc, ce jour-là, M. Adam cédait le pas à Rossini, au Rossini vrai, vraiment chanté et vraiment exécuté. Il est inutile de raconter la Pie voleuse. La pièce est assez connue pour que je réserve à une autre œuvre la fraîcheur de mes moyens analytiques. Le rôle de Ninette, si malheureusement abordé. Tannée dernière, par M"* Duez, était tenu par M"^ Rouvroy. M"« Rouvroy a une voix d'une admirable Umpidité. La musique de Rossini, cette musique d'Italie, ce pays où tout chante, les ruisseaux et les feuilles, ce pays où tout est harmonieux, le rire, les larmes et les soupirs, ce pays où l'on ne chante pas l'ignoble Larifla; la musique de Rossini, dis-je, semble faite exprès pour M"« Rouvroy, car elle est essentiellement musicienne; elle ne semble pas suivre l'accompagnement, mais le conduire. Elle a été admirable dans les situations pathétiques, et l'on sait qu'elles abondent dans ce petit drame. Au finale du deuxième acte, l'orchestre, qui cependant alors est trèsbruyant, était littéralement couvert par les applaudissements. On n'a même pas attendu que le morceau fût fini. C'est un beau triomphe pour la musique, mais c'est aussi une belle victoire pour la cantatrice que cette spontanéité de l'enthousiasme. A Naples ou à Turin, un public de dilettanti eût scrupuleusement attendu la fin de la dernière mesure. Pour notre part, nous préférons celte turbulence, cette impatience, cette
exubérance du public parisien. II n'est pas donné à toutes les orchestrations, non plus qu'à toutes les voix, de soulever ces orages. M"*" Rouvroy a remporté un brillant et réel succès. De pareilles reprises valent mieux pour une réputation que des créations de petites chinoiseries.
M'"^ Colson s'était transformée dans la personne de Petit-Jacques. Elle était charmante dans son costume, — un costume de fort bon goût, — et nous n'avons pas besoin de dire qu'elle a chanté avec cette belle voix qui a contribué, pour sa bonne part, au succès de Si fêtais roi!
Le reste de la troupe a parfaitement secondé les deux cantatrices; faisons aussi nos compliments à l'orchestre, qui s'est presque illustré dans cette soirée.