‹ Mystères des théâtres, 1852Chapitre 69 sur 93 · REPRISE DE MOÏSE · texte numérisé non relu

REPRISE DE MOÏSE

Mmse a été représenté pour la première fois, à Paris, il y a vingt-cinq ans, peut-être trente.

Je n'étais pas encore de ce monde. Dieu merci, ni d'aucun autre, probablement. 11 ne m'a donc pas été donné de jouir des primeurs de cette partition illustre, et ainsi je ne puis imiter mes confrères en feuilleton lyrique, qui, x^resque tous, me représentent de vieilles basses ou de vieux violons poudrés à blanc par la colophane ; je ne puis, dis-je, les imiter en vous parlant de Moïse avec une douce émotion, coimne les anciens parlent d'une pêche aux écrevisses, d'une partie d'ânes, d'une chasse aux hannetons et autres orgies poétiques de leur jeunesse non orageuse.

Ce Motse a toujours eu un tort à mes yeux.

D'abord, il me rappelle le Deus creavit calum et terrain et toutes les taloches que m'a values VEpUome, où il occulte une large place, lui et sa mer Rouge. Je ne trouve pas qu'il y ait une différence sensible entre cueil-

lir un opéra dans ÏEpitoine ou mettre en musique la j:rammaire de Lhomond ; et les plus beaux prodiges accomplis pour délivrer les Hébreux rentrent pour moi dans le même diapason que le chapitre du qm retranché.

Ensuite, j'ai été élevé dans les insupportables désagréments du piano; c'est-à-dire que, pendant les premières années de ma frêle existence, la mâchoire musicale aux trente-deux osanores d'ivoire n'a cessé de me faire entendre trois à quatre heures par jour son insipide bavardage.

Vous commencez donc à voir clair dans ma situation.

On m'assure que le finale du troisième acte a produit un effet immense malgré la faiblesse des notes basses de Gueymard, qui grimpe jusqu'au cinquième avec une telle ardeur que les genoux lui manquent lorsqu'il redescend à l'entresol. Le quatuor et le grand ensemble qui suit ne laissaient rien à désirer ; la masse chorale a fait merveille ; les sohstes se sont exprimés très-convenablement. J'accorde tout cela. — Mais — il m'est hnpossible d'empêcher que les premiers mots de ce quatuor célèbre : « Je tremble et je soupire, » ne me rappel lent les féroces miauleries qu'exécutait trois heures durant le piano témoin des jeux de mon enfance, sous le prétexte du Mimanca la voce! J'ai entendu le Mi manca la voce en fantaisie, en quadrille, en duo, en toute espèce de coulis musical, et j'ai même été exposé à l'accompagner sur le violon, car il fut question, à une certaine époque, de me mettre en rapport avec ce monarque des instruments. Ce projet, fort heureusement, n'eut pas de suite.

Ainsi le finale du troisième acte ne pouvait que m'obséder.

MO

Do 111(4110 la prièro! — Quoi! la priôro du qllatri^mo, acto? I/iininortcIlo iirirrc? — Oui, la suave prièro, la touchante, la délirante, Téraouvante prière ne m'a pas ému du tout.

— C'est une honte ! — Par exemple ! je ne Tempôchais pas de m'émouvoir; il ne tenait qu';\ elle. Cependant, si elle n'y a point réussi, je n'entends pas lui en faire le moindre reproche. C'est à Thalberg seul que l'on doit s'en prendre. Le malheureux a tant émietté la prière de Moïse, il en a éparpillé une telle ahondance de petits échantillons, que chaque note de cette œuvre merveilleuse éveillait en moi des échos si nomhreux, si criards, si importuns, si aigus, si têtus, que cela me reportait tantôt vers les cuisantes émotions mélodiques de mon jeune âge, tantôt vers un souvenir de Constantinople, où je faiUis être dévoré par un orchestre de chiens.

Le fameux duo du deuxième acte, exécuté par Gueymard et Morelli, a été hissé. Je n'y étais pour rien.

Ohin est superhe dans le personnage de Moïse ! Superhe et terriljle à la fois ! A son aspect, le cœur m'a battu comme un jour de version de ïEpitome.

Parlez-moi du hallet! On ne retrouve là ni les souvenirs d'un lointain piano, ni les souvenirs d'une version ou d'un pensum. La blonde Taglioni était charmante; elle a dansé d'une façon délicieuse. Cette jeune femme a deux traits qui tout spécialement me subjuguent : son pied et son nez. Pendant toute la durée du ballet, mon admiration allait et venait de l'un à l'autre, au point que je n'y faisais plus de différence. En effet, son petit pied arabe n'est presque pas plus grand que son nez; et son nez... mais n'en médisons pas, il lui va très-bien. Simon.

OPÉRA-COMIQUE

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