LES RÊVES DE IIATHÉUS
Comédie-vaudeville en cinq actes, par MM. Mélesville et Carniouche.
La fantaisie n'est supportable qu'à la condition d'être écrite par Méi^, Nerval ou Gozlan ; mais la fantaisie
on vamlevillo, la fant;iisio c'crito en stylo héti'roiloxo, comme le sont, en iriMirral, ces choses qui se tolcrent entre deux calembours, ali ! ne m'en parlez pas, je préfiTerais les farces de Guignol !
En fait de vaudevilles, je ne connais que les bonnes grosses réalités de Scribe ou de Bayard. Je sais bien que c'est la condamnation de l'espèce vaudeville; que voulez-vous que j'y chang-e? Est-ce ma faute, si le vaudeville ne peut être que b'te ? Mais, du moment que vous voulez apprécier des bêtises, la plus pommée n'est-elle pas la meilleure ?
Ceci, comme on le voit, n'est pas un éloge de MM. Scribe et Bayard : ce sont, sans contredit, deux hommes de lettres fort honorables : ils savent admirablement, avec des couplets mal rimes et des jeux de mots plus ou moins épatés, faire grimacer un public de crétins ; ils ont le secret du grand art de faire bouillir la marmite, tandis que Balzac disputait les exubérances de sa vie aux nécessités de chaque jour. De tout cela je ne fais aucun doute; je rends pleinement justice à leurs petits talents, mais je n'en partage pas moins contre eux les préjugés de mon auii GaifFe, le plus spirituel entre les plus spirituels feuilletonistes.
Or donc, voici qu'au Vaudeville MM. M'desville et Carmouche viennent de produire une fantaisie. Pauvre Vaudeville 1 II n'y a pas longtemps qu'on y jouait une autre fantaisie, mais celle-là était de Léon Gozlan, le Camille Boqueplan du A'audeville, elle s'appelait Ips Rohefi blanches, et j'y ai applaudi de bon cœur. Des lîobi's blanches aux Rêves de Malhéus, ah ! quelle distance ! tout autant, ma foi, que du Luxembourg à la place de la Bourse, de Bobino au Vaudeville !
Jit puurlatit c'otait la uiriiie dirertion 1 et on y a jouô It- Coucher d'une étoile, et on doit y jouer la Dame aux Camélias I
Mais c'est assez parler de nos regrets et de nos espérances.
Tous les animaux de la création semblent s'être donné rendez- vous sous la rampe de la scène. Qu'est-ce donc ? .Mon voisin nie rassure en me disant que c'est l'ouverture. J'ai peine à le croire, car à cette même place j'avais entendu jadis une bien délicieuse musique. Ce jour-là, on jouait les Eobes blanches. Mais ce gros monsieur a l'air si bien renseigné, que je me résous à attendre parifiquomont la fm de tout ceci.
Pan ! pan ! pan !
Monsieur ou madame, si vous avez des domestiques, soyez persuadé qu'ils vous volent à pleines mains et vous déchirent à belles dents. Mais si vous jouissez d'un vieil intendant qui vous ait porté dans ses bras et qui vous ait donné le fouet, soyez persuadé qu'il mettra tous ces drôles-là à la raison. Et vous, vieux serviteurs, si un jeune héritier vous doit une pension, croyez bien qu'il ne vous la paiera pas; vous, monsieur, si vous avez pour maîtresse une actrice, soyez convaincu quelle vous trompe; si vous jouez, soyez (onvaincu qu'on vous vole; si vous avez été élevé avec une jeune fille, soyez convaincu qu'elle vous aime d'un amour tendre et chaste; et vous, jeunes filles, qui du travail de tout un jour avez à peine le droit de porter une robe de cotonnade et de sentir un pot de réséda, hâtez-vous de faire vos malles, — si vous en avez, — et demandez à MM. Mélesville et Car • raouohe l'adresse de ce beau pay? où, en travaillant
juste assez pour avoir le teuips do penser à leurs amoureux, lesjeuneslilles peuvent, avec le jeu de l'aiguille, nourrir leurs vieilles mrres et acheter, comme costumes du matin, des robes de moire rosej enfin, vous toutes, mesdames, qui avez des amants de cœur, et j'aime à penser que vous êtes toutes dans ce cas, prenez bien garde d'avoir des fenêtres donnant sur la place et de laisser ces fenêtres ouvertes. Voilà la morale du premier acte. Ce qui ne m'empêche pas de supposer qu'il est des domestiques qui ne volent point, des maitresses fidèles, et des héritiers exacts comme lepayeur du trésor, .l'ai connu de tout cela à Paris et même à Heidelherg, à Manheim, à La Haye et à Amsterdan].
Le style est à la hauteur de l'idée, l'esprit est à la liauteur du style. Exemple : monsieur-madame Mathéus-Déjazet vient de mettre son intendant à la porte, lorsqu'il se rappelle avoir vu en songe son père qui lui disait : Si tu veux conserver une poire pour la soif» conserve Berthold (c'est le nom de l'intendant). Quelle analogie entre Berthold et une puirr? se demande monsieur-madame .Mathéus-Déjazet, à moins que mon père n'ait voulu dire que Berthold a toujours été bun chréiien. — Et le pubhc de rire; il y a de quoi! Un calembour horticole. Était-ce payé par un pépiniériste T*
Dodo! l'enfant do, dormira tantôt! Prélude du second acte. Effet magnétique! les bouches s'entr' ouvrent, les yeux se ferment; enfin, nous assistons à un rêve de Mathéus : répétition d'un ballet ! Léonce-Mazurka a des jambes éclaboussantes de verve, scène grotesque prétendue comique, mcendie général, etc.
En voilà assez ; il ne faut pas donner trop d'importance à ces choses-là, elles finiraient par se prendre au
st-ricux. Coiuiuenl MM. Mrlcsville et Carmoucho, deux liorames d'esprit, deux vieux succès du couplet final, ont-ils commis Ips lirvps de Maflunis 7 C'est un problème (jue je propose à Tlnstitut vt'néré et vénérable, classe d<;s sciences mathématiques, section de la géométrie. Cherchez, messieurs, et quand vous l'aurez trouvé, vous n'enverrez pas la solution au caissier du Vaudeville, car on aime peu les avis qui viennent après coup.
Nous plaignons donc tout le monde, et le Vaudeville, qui n'a pas fait une boime affaire, et ^IM. Mélesville et Carmouche, qui n'ont pas fait une bonne pièce, et les artistes, qui sont condamnes à faire valoir des rôles ingrats, et le public, qui se dérange et qui paie pour avoir une occasion de liàiller, — dilatation (juil se procurerait plus agréableiiient el plus commodément en lisant au com-du feu la Rcuuc de l'avis ou les Galles
champélres.
Cornélius HollL
GYMNASE
il y a une nouvelle pièce de M. Bayard : M. Barbelileuc. Nous ne l'avons pas vue ; — Numa y est excellent.
l-jlnininl et Jules île riniieonrl.
— -i't janvier. —
THEATRE-FRANÇAIS
Nous dev(»iis quatre-vingts lignes. Oui, madaiiK*, ni plus ni moins, quatre-vingts lignes! Le Pour et le Con-
trc, c'est un provorbe iVOctavo Fouillot. Vous avoz vu ce petit volume à rouvorture g^rise, on tlànant rue Vi • vienne, à la vitrine de Micliol Lévy. M. Feuillet a fait SCS premières armes dans la Rpiup dpx Deux Mondes. Il est de récole de l'esprit.
C'est un talent diarmant, distinffur, féminin presque, à qui le maître sourit M. Feuillet affectionne le proverbe. Dans ce petit cadre, il est à l'aise comme Metzu dans une petite toile. Il a, jeté bas l'intrigue pour aller à droite et à gauche, et aussi un peu pour que les l^rsonnages jtarlassent plus ; et il fait de si jolis écarts, et il laisse parler ses gens si bien, qu'on ne lui en veut pas longtemps. La scène n'est ni ici ni là, elle est où il vous plaît. Peut-on mieux dire?
Tantôt ce sont deux vieillards qui vous rappellent L'n Ménage d'autrefoift de Gogol, — une nouvelle à lire, et qui fait venir les larmes aux yeux; tantôt c'est un don Quichotte du céliliat . courant ])lés et châteaux, avec un Sancho Pança qui ne demande qu'à peupler, diiait d'Allainval.
Les décors changent et varient : c'est un palais, puis une rhambre. puis uik* allée; là, sur cebali'on, les marmitons s'entretiennent; ici, sous cette feuillée, deux conns diuchotent; plus loin, maris et femmes se boudent et se raccommodent : LE POUR ET LE CONTRE.
M"' la marquise va être trompée par son maii , absolument par la seule raison (ju'elle est sa femme. Dans un tète-à-tète, la marquise plaide le pour des fautes de l'épouse, le marquis plaide le contre; puis c'f'st le marquis qui plaide le pour des fautes de l'époux, et c'est la marquise qui plaide le contre. Chacun
pircho pour son <à'\ul, et chacun se convoitit, on ne laissant à M. l'cuillet que le temps de faire une charmante avocasscrie de sentiment. « Allez en paix et ne pi'chez i»lus! » Et tout est pardonné. Voilà le Pour ?:t LE Contre! le Pour et le Contre, un charmant s«tus-titredu rapriro! Ce soir donc, en allant rue Richelieu, nous nous attendions à de la monnaie de Musset; non pas du billon , mais bien de ces petites pii'cettes reluisantes et frappées au bon coin, que M"" de Léry eût mises en réserve pour la bourse bleue. Mais nous avons eu affaire à MM. Nyon et Lafûte.
Avez-vous vu la Savcwupftp impériale?
Doue Derval s'est fait Brindeau; M"" Dui»uis s'e.><t fait*' M"^ Denain; Pellerin. le dragon brosseur de la salle Montansier, est devenu Tronchet, le hussard brosseur de la Comédie-Française. 11 n'y a qu'une Brohan de plus. Augustine Brohan [iromène à travers cet amour inscrit au bwJçiet des recettes fin ministère de la (pierre un rire moqueur, une charmante robe rose et toutes les démangeaisons coquettes d'une jeune femme qui se sent veuve jour et nuit d'un mari absent.
Quelques vieilles jtensées rhabillées de neuf, quelques mots fms et d-^licats, quelques emprunts spirituels à la langne politique, ne réussissent pas à faire croire à une comédie.
.M. Broussard, qui est w au Palais-Royal pour les
jurons, et au Gymnase pour les sentiments Savez-
vous, soit dit en passant, que c'est une chose assez triste que le Palais-Royal desserve son grand voisin. Le Théâtre-Français, qui garde si bien certaines traditions, ne devrait plus se laisser prendre à ces vaudevilles émondés de couplets. M. Gozlau a commencé la
contiobando; mais il nous «oinble que Comme on se ticbarrasse d'une Maitresxc aurait dû être une leçon. Oui, nous jugeons cela triste, que notre première scène française, cette scf'ne où passait hier Didier ou Octave, ce frais rire et ces larmes poiirnantes, se fasse le rendez-vous des clairvillades repenties î
Elles sont inquiètes, nos deux veuves. Elles n'attendent pas, les jeunes femmes! c'est une justice à leur rendre. Elles aspirent, elles espèrent, elles ont le cœur entre-bàillé. Comme il n'y a pas de romans à la campagne, elles en font un à propos de tout. Une tabatière en or trouvée sur l'herbe, voilà le prétexte. Son nom , son àire? Ces dames essaient de juger sur tabatière; la découverte de la tabatière les rend fort perplexes sur la pose des pièges à loup dans le jardin , ou de verrous à leur rœur. Cré mille...! C'est le colonel Broussard qui vient fumer sa pi^ie dans le salon de >!""■ de Blaves; il apporte son brevet de mari signé par l'empereur. Elle fera comme la Catalogne, M"*" Denain. Supposant que l'honmie à la tabatière est un sien cousin, elle lui érrit qu'elle est prête à Tépciuser. — Pour le rôle que joue la tabatière dans la pièce, on pourrait bien l'offrir à Lablache. — Mais vous le savez déjà : M"'" de Blaves a trouvé un rustre du plus l»eau modèle chez le colonel de liussiirds. Bioussard Ta vue priser dans ladite tabatière : ils doivent s'aimer. Ils s'aiment, et tout s'arrange. Bi'oussard est comte; il chante, il peint des fleurs, il fait des mots, il salue; il se découvre; il ne s'assied que quand on est assis. 11 a peut-être une boite de cachou sur lui.
Tout s'arrange, et danS l'arrangement général lézardez le bonheur de M'"* de Chantreuil retrouvant
son luari dan» riiouune à la tabatière; un mari plein (le confiance (jui a acheté im château aux environs jiour expertiser en voisin la lidélité do sa femme.
Le public applautlit au bonheur de M"" lirohan; le [lublic applaudit Brindeau et ses exagérations de caserne; il l'applaudit encore pour rfîvenir si vite à ce rijle dans lequel nous h' tenons en grande estime : riiomme de salon.
Et nous recommençons notre romance :
Avez -vous vu la Savonnette impériale?
Edmond et .Iules de Goncourt.
r.AlTK.
L'histoire de la claque se perd dans la nuit des temps.
(-liez les Romains, on distinguait trois variétés d'applaudissement ; les bomhi, dont le bruit imitait le bourdonnement des abeilles; les imbrices, qui retentissaient comme la pluie tombant sur les tuiles; et l(>s lestfp, dont le son éclatait comme celui d'une cruche qu'on casse.
C'est à la Gaité, l'autre soir^ au Château de Grantii-r, que nous nous sommes rappelé notre Suétone. La grande pièce était jouée au-dessous du lustre^ sous prétexte d'un drame décroché par M. Maquet au vestiaire du Cirque : une Closerie des Genêts militaire. — M. Maquet vaut mieux que cela.
U faut le reconnaitre^ depuis quelque temps les acteurs prennent l'habitude d'être meilleurs que les pièces. — Deshayes est d'un dramatique simple etsobre^ M""= La- ( ressonnière a un balbutiement d'une grande émotion, M""" Lambquin a de vraies larmes. Ouant à M"' Thuil-
liO
lier, qu'elle nous permette de lui dire ce que Rodolphe disait à son antienne muitresse • Vous n'êtes
plus Mimi !
Edmonil et Jules de Goucourt.
VARIÉTÉS