Mystères du sommeil et du magnétisme
La première édition de cet ouvrage^ rapidement épuisée^ avait pour titre 5 Hypnologic ( traité du sommeil j ; mais ce titre scientifique pouvant rebuter les lecteurs de la littérature légércj et d'ailleurs Phistoire du magnétisme composant la plus grande partie de Pouvrage. Fauteur lui a substitué ce nouveau titre : L es mystères du sommeil et du mugnétisme anima L
Eu cffctj tout est mystères et prodiges, dans ce volume qpl doit vivement piquer la curiosité de tout le monde •
Cette deuxième édition ^ augmentée d\ni grand nombre de faits nouveaux et d'expériences journalières , réunit tout ce que la vie humaine offre de plus étrange, de plus étonnant pendant le sommeil naturel et magnétique ; vie inconnue, mais réelle^ que le physiologiste et le philosophe n'ont encore pu saisir.
L'auteur commence par exposer les nombreuses et singulières aberrations du sommeil , puis il vous lance dans le vaste champ des
rêves, cauchemars, songes prophétiques ,
explique physiologiquement leur formation , leur marche, leur conséquence sur l'économie vivante^ et vous indique le degré de foi que l'on doit ajouter à l^ oniromancie»
Viennent ensuite les hallucinations, les ex-
tases; espèce de sommeil en pleine veille , affections remarquables du cerveau , qui bien souvent ont fait regarder les hallucinés et extatiques comme des gens inspirés ou des fous. Les pages consacrées à ces narrations sont pleines de profondeur et d'intérêt.
Après avoir décrit les différents genres de somnambulisme^ l'auteur arrive enfin au magnétisme animal! Le magnétisme ^ cette puissance inconnue qui a soulevé de si amères discussions j autour de laquelle se sont rangés tant de partisans, et dont se sont moqués tant d'incrédules ; c'est donc avec un véjîtable talent qu'il a traité cette matière intéressante et difficile. La distinction qu'il établit du magnétisme animal, en magnétisme du regard ^ de la s^oix^ de la s^olonté^ et àeV exemple^ nous a semblé très-naturelle. L'article du maanétlsme de la voix surtout; brille par l'éloquence.
par la Iniichciir cl la richesse des tableaux: les dames aimeront à relire ces j)assages , oii sont • semées ra ellàj comme anlanl de fleurs^ la douce poc'sie du cœur el les attraits [)i(}uants de Pesprît. Non-seulement l'auteur a dû se livrer à Pctude comparative du magnétisme depuis sa naissance 5 mais il lui a fallu fouiller minutieusement l'histoire ancienne et moderne, pour y trouver des faits dont la valeur imprimât un cachet de vérité à ses opinions .
Aujourd'hui le magnétisme semble s'être réveillé, et reparaît avec éclat dans les salons de iacapltaîej deux somnambules déjà célèbres donnent des séances ^ où une société d'élite assiste curieuse^ empressée^ et ressort vivement impressionnée j bien souvent convertie. Un bon article sur le sommeil somnambulo-maguétique était depuis longtemps réclamé des personnes qui désirent s'éclairer ou se former
une opinion. 11 s'agissait de traiter la question sons le double point de vue scientifique et llltérairej afin de plaire et d'instruire; les Mystères du somifiGil remplissent ce double but.
Pour élucider les circonstances vraiment prodigieuses dont s'entoure la vie Intaitivcj Pauteur expose une théorie du fluide élccljO'sympathique et électro - anttpaLhujue. Au moyen de cette théorie fort ingénieuse j les pressentiments les plus incompréhensibl(,'s s^expliquentj et les phénomènes viennent se grouper d'eux-mêmes autour du fait i^egardé comme impossible.
L'ouvrage se termine par un petit traité du fluide électrique^ d'une si grande clarté^ que les personnes les moins familières avec la science comprendront facilement cette partie de la physique. — Les questions de l'électricité atmosphérique, des pointes, des paratonner-
rcsj clc.^ y sont traîtces d'une mauière spéciale» Il n'est réellement personne qui ne prête une oreille altentive^ lorsqu'on parle des effets extraordinaires de la foudre! Quelques paraj^raplies contiennent tout ce qui est relatif à la formation des nuagesj de l'éclair^ du tonnerre; comment un liommc peut être frappé par le clioc en retour, sans que son corps en porte la moindre atteinte. Enfin, sont signalés plusieurs préjugés contre la foudre, que l'ignorance perpétue dans les campagnes^ et à côté^
se trouvent les précautions à prendre^ les plus rationnelles^ les plus sûres. En ce sensj nous
louons Pauteur de ses excellentes intentions, car on ne saurait jamais trop répéter les vérités qui sapent et détruisent l'erreur.
Les Mystères du sommeil offrent deux parties bien distinctes; l'une littéraire, anecdotique, amusante : l'autre, pour les lecteurs plus sérieux, se résume dans l'enchaînement des
faits, le point de vue scientifique et Pexposé théorique, qui fixera peut-être leur attention sur ce côté de la vie humaine, et les poussera eux-mêmes à de nouvelles recherches.
Pendant la lecture de cet ouvrage , rédigé avec soin et conscience, le lecteur marche de surprise en surprise, de prodiges en miracles; il croit ou il doute, il s'égaie ou s'attendrît ; mais ce qu'il y a d'indubitable, c'est qu'en s'amusant il s'instruit.
Eugène de SONGET.
lïYP^OLOGlE.
Lorsque le fluide nerveux dépensé par la vie de relation a ralenti son action sur nos organes, la circulation , la calorification et généralement toutes les fonctions diminuent d'activité j et la disposition au sommeil commence.
Les paupières se baissent, les muscles tombent dans le relâchement, les idées s'effacent peu à peu, le stimulus extérieur n'a plus assez de force pour les renouveler; le foyer nerveux central, qui élabore la pensée, s'allanguit de plus en plus, enfin tous les organes arrivent à cet état d'affaissement , d'insensibilité momentanée ; où il y a perte du moi : c'est le sommeil complet, absolu.
Mais tous les organes ne dépensent point une quantité égale de fluide nerveux ^ l'organe le plus excité pendant la veille, celui qui fait une plus grande dissipation de ce fluide est, sans contredit, Torgane de la vision, il doit donc se reposer le premier; les autres organes s'endorment en raison directe de leur activité. On voit rarement les organes cérébraux s'endormir à la fois et du même sommeil; presque toujours, au contraire, il en est qui veillent ou qui dorment plus légèrement que les autres, c'est la cause de quelques rêves faibles , vagues et de courte
durée qui précèdent le premier sommeil. Bientôt l'affaissement gagne tout le système, et le sommeil, devenu profond, n'est plus traversé par aucun mouvement d'idées.
Après un temps plus ou moins long, lorsque la nutrition , qui ne se suspend jamais , a versé au cerveau une suffisante quantité de fluide nerveux, les organes restaurés, stimulés de nouveau, retrouvent une partie de leur action ; alors les premiers rêves commencent , obscurs, incohérents et rapides. Peu à peu Tafflux nerveux augmente, les idées se réveillent, se meuvent et sont susceptibles d'associations plus nombreuses et mieux ordonnées; enfin le rêve se régularise , prend une forme déterminée. Le sommeil a renouvelé , dans l'organe des sens et de la pensée^ l'excitabilité épuisée par la veille^ et leur a rendu l'énergie. On sait qui Ton est, où Ton est; on arrive progressivement à saisir les rapports des images , les idées se coordonnent,
lo
sVclaircissent de plus en plus; on touche au moment du réveil.
Mais le sommeil ne marche point toujours avec cette régularité; la plupart des maladies, et surtout les aiïections nerveuses , le pervertissent en moins ou en plus, c'est-à-dire Tarrétent ou le prolongent pendant un temps plus ou moins long. Le premier de ces deux étals se nomme agrypnie, insomnie, perte du sommeil, veille involontaire ; le second a reçu le nom de cataphora; nous ne parlerons que de ce dernier.
CATAPHORA.
Le cataphora est ce sommeil lourd et profond dont l'intensité a quelque chose d'exlraordinairC; d'effrayant. On lui connaît trois degrés : le coma, le carus, la léthargie.
Le coma est un assoupissement invincible, dans lequel retombe toujours le malade, quelques moyens que Ton emploie pour le tenir éveillé.
Le carus est un sommeil plus profond encore : les bruits violents, les tractions, rimmersion
même, ne peuvent le dissiper; il est accompagné de perle de mouvement et de sentiment.
La léthargie est le degré le plus intense du cataphora; il y a délire nerveux, engourdissement général qui ferait croire à une suspension de la vie.
Dans le Journal de médecine, chirurgie et pharmacie de 1754, on trouve parmi plusieurs observations, celle d'un homme surnommé le dormeur de la Charité. Son sommeil durait exactement la moitié de Tannée -, on avait beau crier à ses oreilles, Tagiter, le secouer, il dormait toujours : Pimmersion dans Teau froide ne put le réveiller.
Yan-Swieten rapporte un cas à peu près semblable pour la durée. Le dormeur dont il parle ne voulut pas croire, en se réveillant^, que la nuit eût été si longue; cependant il se laissa persuader, car il se rappelait s'être endormi à répoque des semailles et le temps de la récolte commençait.
Une femme de la campagne dormait régulièrement toute la semaine et ne se réveillait que le dimanche au matin ; alors elle faisait sa toilette, prenait quelques aliments et se rendait à l'église ; à son retour, elle se rendormait j usqu'au dimanche suivant.
Un homme , glouton de son naturel et qui ne mangeait qu'une seule fois le jour, s'endormait aussitôt qu'il avait avalé le dernier morceau et vidé la dernière bouteille. Il se réveillait le lendemain à la même heure, pour recommencer exactement ce qu'il avait fait la veille.
On cite une dame de haute famille qui dormit trois années consécutives, sans prendre d'autre nourriture qu'un peu de bouillon qu'on lui introduisait, au moyen d'une sonde, par les fosses nasales, car elle conserva pendant tout ce temps un resserrement tétanique des mâchoires. Elle expira quelques minutes après son réveil.
Les annales de médecine contiennent des
exemples de sommeil si extraordinaires, si prodigieux, qu'on en douterait presque, s'ils n'étaient rapportés par des auteurs dignes de foi. Ainsi, on y trouve des sommeils qui ont duré depuis 24 jours jusqu'à 49^ depuis deux mois jusqu'à quatre ans et plus-, on serait tenté de croire, en face de tels exemples, que la fable d'Epiménide qui dormit cent ans, est un fait historique, seulement un peu exagéré.
On pourrait comparer les personnes affectées de cette singulière maladie^ aux animaux hibernants, dont le sommeil est une vérita* ble léthargie. Leur respiration et leur circulation sont insaisissables ; il y a perte de sensibilité et de mouvement; on peut môme les disséquer, sans qu'ils donnent signe de douleur. Des phénomènes à peu près semblables se passent à l'égard des léthargiques : les bruits violents, les secousses, les piqûres, les incisions, !es brûlures et les moyens les plus extrêmes
sont impuissants à tirer certains sujets de ce profond sommeil.
Nous terminerons l'histoire du Cataphora par un fait d'autant plus curieux que la véracité semble en être garantie par la bonne foi du vieillard à qui nous Tavons entendu raconter.
Un montagnard des Pyrénées vivait dans la plus profonde indigence avec sa fenimC; créature d'un tempérament irascible qui, depuis l'âge de retour, avait éprouvé plusieurs atteintes de Carus. Les prodromes de cette maladie s'annonçaient par une humeur difficile , intraitable. Déjà méchante par nature, cette femme devenait hargneuse, emportée, fougueuse, et se livrait, sur son mari, à des actes de brutalité ; puis, à la suite de ces scènes violentes, elle tombait dans un sommeil léthargique dont il était impossible de la tirer, et qui durait de quinze à vingt jours. Le pauvre diable n'opposait que patience aux bourrasques conjugales; elle est malade, disait-il piteusement, il faut bien lui
pardonner, cl il supportait les injures, les coups avec une résignation stoïque- seulement il se cachait la této dans les mains, car c'était surtout au visage qu'en voiilait la mégère.
Il arriva un jour que le sommeil de cette femme se prolongea plus longtemps que de coutume; un homme de l'art la jugea morte. Le montagnard versa quelques larmes et remercia Dieu de l'avoir rappelée dans son sein. Pauvre comme Job, n'ayant pas l'argent nécessaire à l'achat d'une bière, il fît part de son embarras à ses voisins : deux paysans du hameau placèrent la défunte sur une civière avec ses vêtements pour hnceul, et se dirigèrent vers le champ du repos. Comme ils passaient dans un étroit sentier bordé de broussailles , une ronce déchira le visage de la morte qui se réveilla tout à coup, en poussant un cri aigu. Les porteurs effrayés laissèrent tomber la civière et s'enfuirent à toutes jambes ; le mari^ qui s'était sauvé comme les autres, revint sur ses pas,
après un moment de réflexion^ et aida la malheureuse à regagner le logis. La terreur fut grande au hameau; il se passa plusieurs mois sans que les plus intrépides n'osassent regarder en face la morte ressiiscitée.
De ce jour l'humeur de la malade devint si férocC; que le pauvre montagnard fut forcé de déserter sa chaumière, dans la crainte d'être assommé. Sur le bruit qui s'était répandu, à la ronde , que cette femme était sorcière, qu'elle mourait et ressuscitait à volonté, le desservant d'un village voisin se rendit sur les lieux, accompagné du mari qui, depuis quelques semaines, errait sans asile. Lorsqu'on ouvrit la porte de la chaumière, on trouva la dormeuse étendue raide et livide sur le sol. Cette fois elle était bien morte; l'odeur putride que répandait son cadavre ne permettait plus d'en douter. Personne au hameau ne voulut la porter en terre ; tout le monde frissonnait encore au souvenir de sa résurrection. Deux soldats, rejoignant leurs
(bâillonnements, qui étaient venus gîter dans l'endroit, sur la prière de recclésiastique^ se chargèrent de ce triste soin.
Le montagnard, comme la première fois, suivit la civière tète baissée , l'œil humide; il pleurait; le brave homme, car il se croyait veuf tout de bon. Sa démarche lente, ses sanglots, l'abattement de ses traits indiquaient la douleur et les regrets; cependant, lorsque les soldats entrèrent dans le sentier buissonneux, il leur cria naïvement : Camarades^ prenez garde aux hroussaiUes.