‹ Mystères du sommeil et du magnétismeChapitre 2 sur 11 · CATALEPSIE · texte numérisé non relu

CATALEPSIE

La Catalepsie est la suspension instantanée de l'exercice des sens et de l'action musculaire dirigée par la volonté : rouie, cependant, et Tintelligence persistent. Les cataleptiques restent dans la position qu'ils avaient au moment de l'attaque , leurs membres gardent celle qu'on leur imprime; la bouche est muette. Le corps conserve, pendant l'accès, l'immobilité d'une statue; la respiration et le pouls sont d'une lenteur remarquable, quelquefois insensibles.

Cette affection, très -rare, selon quelques médecins, attaque plutôt la femme que l'homme. En voici un exemple intéressant tiré de la Gazette des hôpitaux.

Madame de . . • . , appartenant à la classe aisce, accrochait un panier au mur de sa salle à manger, lorsqu'une explosion d'arme à feu retentit sous ses croisées; au même instant, frappée d'immobilité complète, elle resta comme pétrifiée , conservant son attitude , un bras levé vers le clou, l'autre appuyé contre le mur. Des domestiques accourus aux cris d'une femme de chambre , trouvèrent leur maîtresse dans cette position, les yeux ouverts et fixes, le visage muet et tranquille, sans le moindre signe de douleur ; ils la transportèrent sur un lit de repos et vainement essayèrent de la faire revenir. Après une heure, des convulsions survinrent, ses dents grincèrent; puis les yeux perdirent leur fixité, devinrent humides, et des flots

— asile larmes mirent fin à Taccès. Cette première invasion eut lieu à six heures du soir.

Le lendemain , à la même heure , madame de . • . s'amusait à cueillir des fleurs d'oranger; le temps était calme, le plus parfait silence régnait autour d'elle ; tout à coup les mêmes phénomènes de la veille se reproduisirent : elle resta les deux bras automatiquement tendus vers la branche. Comme la veille aussi, l'état cataleptique dura une heure , et se termina par d'abondantes larmes.

Ces accès commençant toujours à la même heure et ayant une égale durée , continuèrent pendant six ans. Aucun symptôme précurseur n'en indiquait l'approche ; Madame de . . . était soudainement frappée, n'importe ses occupations et les lieux où elle se trouvait , et toujours à six heures du soir. Alors, si elle parlait , le mot restait inachevé sur ses lèvres , les prunelles s'arrêtaient fixées sur un objet, tout le corps était gaisi d'une effrayante immobilité 5 les membres

obéissaient à tous les mouvements qu'on voulait leur imprimer et gardaient Tatlitude dans laquelle on les laissait. A sept heures, une grande inspiration gonflait la poitrine , et bientOl des convulsions^ des larmes amenaient la détente. Madame de . . . semblait , du reste , jouir d'une assez bonne santé -, son embonpoint n'avait nullement souffert ; elle mangeait bien, digérait avec facilité, toutes ses fonctions s'exécutaient paisiblement, et son moral n'avait reçu aucune fâcheuse atteinte.

Tous les traitements imaginables furent dirigés contre cette maladie, sans aucun succès. Au bout de six ans, les attaques devinrent moins fortes et plus courtes ; mais une faiblesse de jambes augmentant à mesure que la catalepsie s'effaçait, finit par amener une paraplégie complète. Quelques mois après, cette dame marchait avec des béquilles ; il ne lui restait plus, de ses attaques quotidiennes, qu'un phénomène non moins curieux : tous les jours, à six heures

du soir, le doigt annulaire gauche se fléchissait sur la paume de la main et ne se redressait qu'à sept heures ^ c'était un chronomètre d'une précision rigoureuse.

Il existe une espèce de catalepsie qu'on pourrait nommer léthargique, à cause de sa durée prolongée au delà de la période normale ; cette terrible affection, offrant tous les caractères d'une mort apparente, a plusieurs fois donné lieu à de funestes méprises. La peau est froide^ l'œil vitreux, le pouls ne bat plus, la respiration semble éteinte; le poli d'une glace présentée à la bouche n'en est point terni ; toutes les fonctions vitales sont suspendues, le corps simule un cadavre.

La relation d'un fait passé en Espagne, il y a quelques années, suffira pour faire apprécier les dangers auxquels un jugement trop pronipt, sur la mort, expose les personnes atteintes de cette catalepsie. Laissons parler la jeune demoiselle qui faillit en être victime :

u On me crut morte...... J'entendis les gémissements de ma famille éplorée; j'entendis les sanglots et reçus le dernier adieu de mon fiancé; mes sœurs me donnèrent le dernier baiser; la bière était ouverte, elle allait se fermer sur moi, lorsque le conseil d'un médecin fit relarder mon enterrement. Je restai trois jours exposée sur un lit mortuaire, trois jours à écouter ce que la douleur d'une famille, dont j'étais l'idolC; avait de plus déchirant, de plus cruel ! Je saisissais tout ce qui se disait jusqu'au moindre bruit ; combien de fois j'essayai de m'âglter, de crier, de pousser un soupir : impossibilité absolue J'étais morte physiquement, Tintelli-

gence et l'ouïe seules avaient conservé leur activité. Je me voyais ; hélas! condamnée à être enterrée vive. Quelles angoisses, quel supplice, oh! que je souffrais!...

Le matin du quatrième jour, mon médecin et deux de ses collègues vinrent me visiter : ils m'explorèrent minutieusement , soulevèrent

plusieurs fois mes paupières qu'ils frottèrent contre le globe de l'œil, en disant : Prunelles insensibles et [vitreuses , froid général , face livide, plaques verdâtres sur la surface du corps; ce sont les signes certains d'un commencement de décomposition; on peut l'enterrer aujourd'hui. Ma famille sortit de Tapparlement où j'étais exposée, pour éviter le douloureux spectacle de mon ensevelissement. Alors on me couvrit d'un linceul, on me descendit dans la bière et j'entendis les marteaux clouer le couvercle. En ce terrible instant, que de tentatives ne fis-je point dans la pensée, que de prodigieux efforts pour donner signe de vie !

toujours même impossibilité Je me résignai

donc croyant que c'était la volonté de Dieu, et me mis à le prier avec ferveur. Je fus portée à l'église : les cierges brûlèrent autour de mon cercueil, les prêtres chantèrent la prière des morts ; une heure après, les fossoyeurs me faisaient glisser dans la fosse. Au bruit sourd de la

première pollée de lerre jetée sur mon cercueil, U)Ut mou être frissonna, tressaillit; je m'eiïorçai de crier, je multipliai , dans mon esprit , tout ce que Ténergie du désespoir peut donner de puissance à Faction ; vains efforts I je restai im* mobile et muette sous mon linceul. Bientôt je tombai dans l'abattement, mes idées, si claires jusque-là, s'effacèrent, je perdis connaissance.

Lorsque* je revins à moi, le vent sifflait dans les ifs du cimetière, le tonnerre grondait avec fracas, un orage éclatait sur ma tête. La foudre tomba probablement près de moi, car j'éprouvai une violente commotion, il me sembla que la sensibilité revenait au corps.

Voici à quelle triste circonstance je dus mon retour à la vie.

Celui que j'aimais, Diego , le jeune homme à qui j'étais fiancée, avait obtenu du fossoyeur, moyennant une somme d'argent, que la fosse ne serait comblée que le lendemain matin. Un horrible projet roulait dans sa tête-, il voulait

s'unir à moi par le suicide et partager ma tombe. En effet, vers le milieu de la nuit; j'entendis des pas s'approcher C'était lui!

« O mon Anna! s'écria-t-iK Diego ne pouvant vivre sans toi, vient mourir près de toi; que Dieu me pardonne cet acte de désespoir, et réunisse nos deux âmes!

J'entendis craquer les ressorts d'une arme. . . Il allait se tuer... Soudain, un cri perçant partit de ma gorge : la voix m'était revenue. A ce cri que le silence des nuits et la lugubre obscurité du lieu rendaient plus effrayant encore, l'arme s'échappa de la main du jeune homme et vint rouler, avec lui, sur mon cercueil.

Aux premières lueurs du jour, attirés par mes gémissements , les gardiens du cimetière accoururent à ma fosse, enlevèrent le corps de Diego, déclouèrent ma bière et me rendirent à mes parents -, la violente émotion que leur causa ma présence faillit coûter cher à plusieurs d'entre eux. Mon fiancé avait également été rendu à sa

famille, iniiis dans un état pire que la mort poutôtro. Knlouréc de soins empressés, de sollicitudes, de caresses, je me rétablis promptement. Et Diego.... l'infortunél Lorsqu'il rouvrit les yeux^

il était fou Je lui ai consacré ma vie sur la

terre-, mais hélasl j'ai perdu la sienne. . . . J'espère dans les cieux!

Il existe une autre affection, espèce de névrose

qui se rattache à la léthargie et à la catalepsie par quelques symptômes , et offre aussi les caractères d'une mort apparente ; la période d'accès est plus ou moins longue; à l'impossibilité des mouvements volontaires se joint presque toujours le sommeil de plusieurs sens; ici encore Tintelligence et Touïe conservent leur activité; malgré son analogie de symptômes, ce n'est point cependant la catalepsie proprement dite^ puisque les yeux sont fermés et les membres présentent la molle flexibilité de ceux de Tenfant endormi ; ce n'est pas , non plus, la léthargie, puisque le sentiment et l'ouïe persis-

tent. On pourrait peut-ôlre nommer cette afFection fausse catalepsie, ou paralysie momentanée des organes encéphaliques présidant aux mouvements volontaires et à l'exercice d'un ou de plusieurs sens. Cette étrange maladie a fourni une foule d'observations curieuses, dont nous allons rapporter quelques-unes des plus intéressantes.

JSïi aspirant au Baccalauréat es -sciences, chez qui des veilles prolongées et des travaux trop longtemps soutenus avaient occasionné un épuisement nerveux très-grave, tomba tout-à coup dans un sommeil cataleptique qui inquiéta beaucoup sa famille. On avait beau crier à ses oreilles, l'agiter, le pincer, il ne donnait aucun signe de sensibilité 5 la respiration se reconnaissait à peine , la face était tranquille et la peau conservait sa chaleur; plusieurs jours se passèrent ainsi. Un matin, après quelques tentatives faites par ses jeunes camarades , pour le

réveiller, un d'entre eux s'avisa de lui poser celte question : « Jules '''^'' je parie que tu ne me dise pas quelle est la racine carrée, 'de 2916? — 54 ! s'écria le dormeur, et le réveil fut soudain. Jules '^^'' éprouva, pendant le cours de Tannée, plusieurs atteintes de cette affection ; le remède infaillible, pour abréger Taccès, était la proposition d'un problème qu'il résolvait avec une étonnante facilité. I^a suspension de s^s travaux scientifiques, l'équitation, la chasse et autres distractions actives le guérirent complètement.

Un musicien passionné, savant dans son art et doué d'une délicatesse d'ouïe surprenante, éprouvait des crispations nerveuses, acconipagnées de mouvements d'Impatience et de grincements de dents, toutes les fois qu'on chantait ou qu'on jouait faux devant lui ; en revanche^ il s'extasiait, restait plongé dans un muet ravissement lorsqu'il entendait exécuter, avec

âme et précision, un de ces beaux morceaux, empreints du génie des grands maîtres. Cette excessive sensibilité lui avait causé de nombreux dérangements dans les fonctions nerveuses et digestives; plusieurs fois il avait été obligé de garder le lit à la suite de ces violentes émotions musicales. Un soir, rentré chez lui, après avoir assisté à un concert donné par fes premiers artistes de la capitale, il fut saisi d'un assoupissement dont rien ne put le tirer. Cet état durait depuis 87 heures, lorsqu'un médecin, de ses amis, étant venu le visiter, conseilla de faire de la musique dans l'appartement même. Aussitôt, une des personnes présentes se place au piano, et deux autres se mettent à chanter un duo de Rossini ; mais ni le pianiste, ni les chanteurs n'étaient habiles à rendre, avec expression , la musique du célèbre Maestro. Après quelques phrases exécutées tant bien que mal, les deux voix s'arrêtèrent sur un point d'orgue, de façon à blesser l'oreille la moins

— 3/i -^ exercée. Le malade, jusqu'alors immobile, s'agita brusquement sur son lit, ses traits accusèrent une douloureuse impatience, puis tout-àcoup, d'une voix courroucée : « Les barbares ! écorclier ainsi le chef-d'œuvre de Rossini !... » Il ouvrit immédiatement les yeux et resta stupéfait de se voir entouré de ses amis.

Les journaux ont parlé d'une dame du monde, grande devineresse d'énigmes, de charades, de logogriphes , d'anagrammes , d'homographes et autres jeux de mots, qui étonnait par sa prompte facilité d'espril, en ce genre, et faisait sa principale occupation de cet amusement futile. Des contrariétés de famille et surtout la perte d'un petit chien adoré, la jetèrent dans un état de fausse catalepsie très-inquiétant. Le hasard fit aussi découvrir le secret d'abréger son sommeil. Deux jeunes demoiselles, qui la veillaient, s'élant mises à jouer aux énigmes, pour se distraire, Tune d'elles proposa à l'autre le logogriphe suivant :

Sur six pieds je suis minéral, Sans mon chef je suis Tëgétal?

Marbrée! s'écria la dormeuse aussitôt^ elle poussa un profond soupir et se leva, demandant combien de temps avait duré son sommeil ? C'était le cinquième jour. Le lendemain elle se rendormit de nouveau ; le médecin ordonna de la laisser reposer quelques heures, au bout desquelles une nouvelle charade lui ouvrit les yeux. On fit la remarque, à la suite de plusieurs accès , que la faculté divinatoire de

Madame augmentait prodigieusement

pendant ce sommeil ; elle trouvait , sans la moindre hésitation, le mot caché des énigmes les plus complexes; les plus difficiles, ce qu'elle n'aurait assurément pu faire pendant Tétat de veslle.

Ces quelques exemples, que nous venons de relater, et une foule d'autres consignés dans les annales de l'art médical, prouvent combien de prudence et de lenteur on doit mettre à consta-

ter un décès; aussi les pères de la médecine légale onl dit que, de tous les signes de la mort, un seul emportait avec lui le critérium de certitude : la putréfaction.

JNous terniinerons cet arlicle en faisant observer que le sommeil n'est point le partage exclusif de l'homme et des animaux ; tous les êtres ayant vie, depuis la planle la plus simple jusqu'à l'animal le plus complexe , jouissent de cette condition de Texistence. Et, chose digne d'attention, le sommeil est d'autant plus long qu'on descend davantage l'échelle des êtres organisés, deThommeau lithophyte. Toutlemonde sait que les animaux hibernants. Tours, la marmotte, etc., dorment une partie de la mauvaise saison ; que les reptiles^ après avoir englouti une proie souvent plus grosse qu'eux, restent, pendant tout le temps de la digestion, plongés dans un engourdissement si profond, qu'on peut les approcher et les toucher sans danger. Personne, non plus, n'ignore que les graines restent inertes

et comme privées de vie jusqu'à ce qu'on les sème: alors, pour elles, le réveil commence et la germination prouve leur vitalité. Le sommeil est donc une nécessité de l'existence ; tous !es ôtres organisés y participent ; nul ne saurait s'y soustraire.

Nous venons d'énumérer les perversions que présentait le sommeil chez Thomme; il nous reste à décrire les phénomènes qui se passent pendant sa durée et auxquels on a donné le nom de songes; c'est celte matière que nous allons traiter sous le titre d'Onirogénie.

ONIROGENIE.

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