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UN HIATUS

Saint Jean a écrit l'Evangile des maîtres qui enseignent, si j'ose dire, et nous avons tous le devoir de le méditer. '

<( Eu vérité, en vérité, je ruas le dis : Si vous ne mangez la cliair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez jms la vie en vous.

« Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour : car ma chair est, véritablement une nourriture et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et je demeure en lui. C'est ici le pain qui est descendu du Ciel : celui gui mange de ce vain vivra éternellement,

Plusieurs de ses disciples, l'ayant entendu dirent : <( Ces paroles sont bien dures et qui peut les écouler ? » Dès lors, ils se retirèrent et ils n'allaient plus avec Lui. »

Ce qui s'est produit à Capharnaûm, c'est le heurt entre le surnaturel et l'esprit rationaliste. Le heurt se produit avec plus de force aujourd'hui, après qu'une vulgarisation habile s'est donné pour tâche de lier les découvertes scientifiques aux théories matérialistes, et que la foi recule dans un coin de notre cerveau, au lieu de présider comme jadis à toute pensée et à toute action.

Regardons autour de nous.

La profession y développe un rationalisme latent, par cela même qu'elle prend le meilleur de la réflexion. Paysans en lutte contre la nature, artisans aux prises avec la matière, bourgeois que travaille l'âpre désir de s'élever, tous se rendent compte de leurs réussites ou de leurs déboires par le simple jeu des causes immédiates. Et, même à leur insu, ils condamnent le surnaurel au nom du bon sens, de ce bon sens du moins qui n'est qu'une limitation de l'intelligence en étendue, et du sentiment en profondeur.

Et l'homme est incliné vers ce rationalisme dès son enfance, par le premier enseignement qu'il reçoit. A l'école, l'observation des choses concrètes est de tous les instants. Dans l'enseignement de la langue, on fait d'abord constater les faits de langage pour acheminer ensuite l'enfant à indiquer de lui-même la conclusion abstraite qu'est la règle. En calcul, on part d'actes circonstanciés que l'enfant a vus se réaliser et qu'il doit se représenter pour

se diriger vers la solution. En géographie, les cartes en relief, l'abondante imagerie scolaire, remplacent la vue directe de la nature et fournissent le support des idées générales. Au cours des leçons de choses surtout, les sens sont à la base des acquisitions intellectuelles.

L'enseignement tend ainsi à n'être qu'une perpétuelle induction, fondée sur V observation. Et l'on songe au mot de Renan : « Si Marc-Aurèle, au lieu d'employer les lions et la chaise rougie, eût employé l'écule primaire et un enseignement d'Etat rationaliste, il eût bien mieux prévenu la séduction du monde par le surnaturel chrétien. »

— Alors, ne plus raisonner à l'école?

- — Qu'on ne me prête pas une telle absurdité. Je sais que le catéchisme définit l'homme un être raisonnable créé pour connaître, aimer et servir la Raison suprême. Et ce que je crains, c'est exactement qu'on ne raisonne pas assez avec les jeunes.

Le raisonnement à court terme : voilà le danger.

« Cherchez profondément les puissances de la terre, a dit Joseph de Maistre, mais pour les mettre en contact avec les puissances du ciel. »

Nous n'établissons pas un contact suffisant : entre la formation intellectuelle de l'enfant et sa formation religieuse existe un hiatus.

CRÉFU LA CONVICTION

Pour prémunir l'esprit contre le rationalisme, il faut édifier dans l'intelligence une conviction rêflé-

viu

chie de l'existence de Dieu. Les temps ne sont plus où l'on était porté par le torrent de la vie chrétienne.

Au cours de l'enquête qu'il avait ouverte sur Vignorancc religieuse, le journal La Croix a publié la réponse suivante de M. l'abhé Merle, directeur de la Croix du Nivernais :

« Vous me faites l'honneur de me demander mon avis sur la crise d'ignorance religieuse qui sévit en ce moment. C'est me demander publiquement mon mea culpa. Je m'y résigne. Je rencontrais ces jours derniers un franc-maçon âgé d'une cinquantaine d'années, à qui j'avais fait autrefois le catéchisme. Je lui manifestai mon étonnement de son entrée dans la Loge. « C'est vrai, dit-il, j'ai été pendant deux ans au catéchisme, mais il ne m'en est rien resté. Vous le faisiez si mal ! Nous récitions nos leçons comme en classe, et puis vous nous donniez quelques petites explications, oh ! bien insuffisantes pour créer en nous des convictions, car il fallait créer en nous des convictions qui n'existaient pas, qui n'existaient plus dans nos familles. J'ai tout laissé et suis entré dans la maçonnerie sans aucun préjugé religieux. Je ne vous dis pas que je m'en trouve bien, mais c'est comme cela. » Dieu veuille que cet exemple serve de leçon à mes jeunes confrères. »

Il aurait été plus juste de dire : Dieu veuille que cet exemple serve de leçon aux maîtres do noire jeunesse. Car S. E. le cardinal Dubillard, répondait, lui, avec grande justesse : « Nos pères n'avalent pas une connaissance des vérités religieuses plus étendue, plus approfondie que celle des chrétiens d'aujourd'hui, et cependant ils furent des hommes de

foi robuste et.de vaillants défenseurs de notre sainte {religion. C'est qu'ils avaient la foi, la foi qui fait disjiaraii if tout, doute et toute hésitation. Oui, ce qui nous manqua aujourd'hui, c'est moins lu connaissance des vérités religieuses, c'est moins la nolion de nos mystères que la croyance en la véracité de Dieu qui révèle et de l'Eglise qui enseigne. »

La croyance en la véracité de Dieu, — en l'existence même de Dieu : c'est bien cela qui vient d'abord à faiblir. Puis les fondations s'étant effritées, l'édifice se lézarde et s'écroule ; le terrain est libre poulies herbes folles. Au contraire, une forte conviction que Dieu est là, partout présent et que nous mus mouvons en lui, rendra plus facile la soumission aux devoirs de la vie chrétienne.

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