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RECOURIR A LA FINALITÉ

Le moyen de la créer, cette conviction ? La discussion des erreurs matérialistes et l'exposé d'une saine philosophie sont bien impossibles avec nos jeunes.

Oui, certes ; mais, dit Fénelon, « il y a une autre voie qui est proportionnée aux hommes les plus médiocres. Les moins exercés au raisonnement et les plus attachés aux préjugés sensibles peuvent, d'un seul regard, découvrir Celui qui se peint dans tous ses ouvrages. La sagesse et la puissance qu'il a marquées dans tout ce qu'il a fait, le font voir.

comme dans un miroir, à ceux qui ne peuvent le contempler dans sa propre idée (1) ».

C'est la bonne route, et la profession de foî de Pie X impose le devoir de la prendre : « Je professe que Dieu, principe et fin de toutes choses peut être connu, et donc aussi démontré d'une manière certaine par la lumière naturelle de la raison, par le moyen des choses qui ont été faites, c'est-à-dire par les ouvrages visibles de la création, comme la cause par son effet. »

Professons-le donc avec nos Jeunes.

A la première page du Catéchisme, nous lisons : « S'il n'y avait pas de Dieu, le ciel et la terre n'existeraient pas, parce que s'il faut un ouvrier pour bâtir une maison, à plus forte raison il a fallu un Créateur pour faire de rien le ciel et la terre. » Seulement, qu'éveillent ces paroles dans la réflexion d'un Jeune ? Cette certitude intime que Dieu existe, cette notion fondamentale du Créateur, sur laquelle le prêtre appuie l'édifice religieux, elle a besoin d'être développée dans l'esprit de l'enfant. N'avons-nous pas trop oublié la part de vérité contenue dans le mot de Rousseau : « Quand un enfant dit qu'il croit on Dieu, ce n'est pas à Dieu qu'il croit, c'est à Pierre ou à Jacques qui lui disent qu'il y a quelque chose qu'on appelle Dieu ? »

Et pour trouver le moyen de mettre les puissances de la terre en contact avec les puissances du ciel, pour faire comprendre aux Jeunes la suprématie de l'immatériel sur le matériel, pour leur faire sentir la réalité du spirituel, il suffit de réfléchir à l'erreur

(1) Traité de l'existence de T>i'n.

initiale du matérialisme, do méditer le mot de Claude Bernard : « Il y a comme un dessin préétabli de chaque être et de chaque organe, en sorte que, si, considéré isolément chaque phénomène esl tributaire de forces physico-chimiques, pris dans ses rapports avec les autres, il révèle un lien spécial, il semble dirigé par quelque guide invisible dans la route qu'il suit et amené dans la place qu'il occupe. »

Et c'est ce que Bossuet avait déjà dit, au chapitre IV de son Traité de l'existence de Dieu : « Si nous considérons une plante qui porte en elle-même la graine d'où il se forme une autre plante, nous serons forcés d'avouer qu'il y a dans cette graine, nu principe se:ret d'ordre et d'arrangement, puisqu'on voit les branches, les feuilles, les fleurs et les fruits se développer de là, avec une telle régularité. »

Oui, des lois saisissables partout, des ordres qui organisent la nature, des « consignes » selon l'expression de Claude Bernard, rigoureusement observées ; voilà ce qu'il faut mettre en pleine lumière. Et par là conclure à l'existence d'une Puissance et d'une Intelligence infinies. Fénelon a bien raison de nous assurer de l'efficacité du procédé.

« Il est facile de voir que l'Univers découvre dans toutes ses petites parties l'art de l'Ouvrier suprême quî l'a formé... Si quelque homme d'esprit conteste cette vérité, je ne disputerai point avec lui : je le prierai seulement de souffrir que je suppose qu'il se trouve jeté par un naufrage dans une île déserte ; il y aperçoit une maison d'une excellente architecture, magnifiquement meublée ; il y voit des tableaux merveilleux ; il entre dans un cabinet où un grand

nombre de très bons livres de tout genre sont rangés avec ordre ; il ne découvre néanmoins aucun homme dans toute cette île ; il ne reste qu'à lui demander s'il peut croire que c'est le hasard, sans aucune industrie, qui a fait tout ce qu'il voit. J'ose le défier de parvenir jamais par ses efforts à se faire accroire que l'assemblage de ces pierres fait avec tant d'ordre et de symétrie ; que les meubles cui montrent tant d'art, de proportion et d'arrangement ; que les tableaux qui imitent si bien la nature ; que les livres qui traitent si exactement des plus hautes sciences, sont des combinaisons purement fortuites. Cet homme d'esprit pourra trouver des subtilités pour soutenir dans la spéculation un paradoxe si absurde, mais dans la pratique, il lui sera impossible d'entrer dans aucun doute sérieux sur l'industrie qui éclate dans cette maison. S'il se vantait d'en douter, il ne ferait que démentir sa propre conscience. Cette impuissance de douter est ce qu'on nomme pleine conviction. Voilà pour ainsi dire le bout de la raison humaine : elle ne peut aller plus loin. Cette comparaison démontre quelle doit être notre conviction sur la Divinité, à la vue de l'univers. Peut-on douter que ce grand ouvrage ne montre infiniment plus d'art que la maison que je viens de représenter? » Fénelov. — Lettres sur fia Religion.

Il s'agit simplement d'ailleurs de reprendre l'enseignement du moyen âge. « Des hommes qu'on nommait alors, et peut-être à bon droit, savants, étudiaient la nature avec le soin scrupuleux que des chrétiens doivent mettre à l'étude des œuvres de In'eu ; mois ils ne pouvaient se résoudre à en faire

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un corps sans vie supérieure... De pédantes nomenclatures n'avaient pas encore envahi et profané le monde reconquis au vrai Dieu par le christianisme. Quand, dans la nuit, le pauvre levait les yeux au ciel, il voyait, au lieu de la vole lactée de Junon, le chemin qui guidait ses frères au pèlerinage de Gompostelle, ou celui que suivaient les Bienheureux pour aller au ciel. Les fleurs surtout offraient un monde peuplé des plus charmantes images, un langage muet qui exprimait les sentiments les plus tendres et les plus vifs... La terre, aujourd'hui si dépeuplée, si stérilisée pour l'âme, était alors imprégnée d'une beauté immortelle. Qui pourrait calculer combien la vie s'est appauvrie depuis lors ? Qui songe aujourd'hui à l'imagination des pauvres, au cœur des ignorants ? Mais s'il est vrai que l'Eglise ne meurt pas, rien aussi de ce qu'elle a une fois touché de sa main, inspiré de son souffle, ne saurait mourir pour toujours. Il suffit qu'elle y ait déposé un germe de son propre principe, un rayon de l'invariable et immuable beauté qu'elle a reçue avec la vie. Puisqu'elle a une fois instruit le peuple ainsi, c'est en vain que les temps s'obscurcissent, que la neige des hivers s'amoncelle : il est toujours temps de déterrer ta racine, de secouer quelques poussières modernes, de briser quelques liens factices, de la replanter dans quelque bonne terre, pour rendre à la fleur le parfum et la fraîcheur des anciens jours. » — Montalembert.

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