L'AME INTELLIGENTE, CONSCIENTE ET LIBRE
La conscience, ou intelligence des lois morales. — En observant les choses autour de lui, l'homme découvre donc les lois de la nature : il s'en rend maître et crée le progrès matériel.
En regardant en luî-même, en faisant attention à ses sentiments, il découvre d'autres lois qui n'existent pas dans la nature. Ni les pierres, ni les plantes, ni les animaux ne savent ce qui est juste et ce qui est injuste, ce qui est bien et ce qui est mal.
Seul, sur la terre, l'homme le sait.
L'idée en est gravée dans son âme, afin de lui servir de phare dans la vie.
Mais libre à lui de faire le bien ou de faire le mal.
La Liberté. — Jusqu'ici nous avons rencontré partout des consignes inflexibles imposées par le Créateur et une obéissance absolue de la matière, de la plante, de l'animal et du corps humain;
Voici 11- Ciel : le Soleil se lève à l'heure dite, les planètes et les étoiles suivent un chemin invariable. On peut annoncer, à une seconde près, quelle sera leur position demain, dans un an, dans cent ans...
Voici la Matière : elle obéit avec une soumission complète aux lois qui ont été mises en elle : tous les corps tombent pour obéir aux loîs de la pesanteur ; ils s'étendent avec la chaleur, se resserrent avec le froid ; ils ont en eux des appétits qui les font s'unir à certains et fuir les autres.
Voici les Végétaux : ils naissent, se nourrissent, croissent et meurent, guidés par un ressort invisible qu'on nomme les lois de la vie végétative.
Voici les Animaux : ils naissent, se nourrissent, croissent et meurent selon les lois de la vie végétative, ils sentent selon les lois de la vie sensible, et agissent avec une soumission parfaite aux lois de la vie instinctive.
Mais nous, les hommes, nous ne sommes pas esclaves comme des étoiles, la matière terrestre, les végétaux et les animaux.
Niais sommes bien esclaves par notre corps : nous tournons autour du Soleil à une vitesse folle, sans (jue nous y puissions rien ; nous sommes plongés au fond d'une mer aérienne comme la perle au fond de l'Océan, sans que nous puissions en échapper. Nous sommes esclaves des lois qui veulent que nos cellules fassent des os, du sang, des nerfs, avec la chair des animaux qui se sont nourris de végétaux, et avec les végétaux qui se sont nourris de minéraux. En nous, le sang court du cœur aux extrémités et revient au cœur, sans que nous puissions rien
modifier à sa direction. Dans ce sang, toutes les cellules puisent de quoi réparer l'usure de notre corps et maçonner les brèches, sans que nous le sachions. Et cela, jusqu'au jour où sans que nous y puissions rien, ces brèches deviendront irréparables, — où, quoi que nous fassions, il nous faudra' nous allonger sur un lit et mourir pour que notre corps retourne en poussière.
Oui, nous sommes esclaves des lois de la vie animale, par notre corps. Mais c'est justement cet esclavage de notre corps qui rend notre âme libre.
Voici mon bras : à l'intérieur, les os sont esclaves les uns des autres parce qu'ils sont articulés entre eux ; soumis aux lois de la mécanique, ils forment des leviers.
Ils sont encore esclaves des muscles qui viennent s'attacher à leur surface pour les faire mouvoir ; les muscles sont esclaves des nerfs qui se glissent en eux.
Et les nerfs sont chez moi comme dans ranimai esclaves de ma volonté.
Mais ma volont à mol est libre.
Je veux que mon bras se lève pour un mouvement longuement délibéré et il se lève de la manière réfléchie que j ai voulue ; que ma main s'ouvre, se ferme, saisisse, frappe et tout cela est accompli par les nerfs, les muscles, et les os, selon le but que je me suis fixé.
Mon œil est un appareil optique, mon oreille est un appareil acoustique ; ils sont esclaves de lois physiques : c'est justement parce qu'ils sont esclaves des lois physiques qu'ils peuvent me rensei-
gner avec exactitude, me permettre d'agir comme je le décide.
Je sais que l'esclavage de mon corps est nécessaire I la liberté de mon âme. Si je me figure que mes yeux ne voient plus, que mes oreilles n'entendent plus, (pie tout mon corps cesse de sentir, je serai comme perdu dans une nuit épaisse, mais je serai toujours libre de vouloir telle ou telle action, quoique impuissant à la réaliser.