‹ Mysteres et lumiereChapitre 45 sur 96 · SEULE DANS LA CRÉATION, L'AME HUMAINE SURVIT A LA MORT · texte numérisé non relu

SEULE DANS LA CRÉATION, L'AME HUMAINE SURVIT A LA MORT

La force végétative cesse d'exister en même temps que la plante. — La force qui anime la cellule végétale y provoque des mouvements de division afin d'augmenter le nombre des cellules. Si elle augmente le nombre de ces cellules, c'est pour en avoir la quantité nécessaire à la formation des racines, de la tige, des feuilles et enfin de la fleur où mûrira la graine qui est le but suprême.

Cette force aveugle n'a pas conscience de ce qu'elle fait, elle ne le sent même pas. Elle n'est qu'une consigne à laquelle la matière se soumet. Quand la mort désorganise la matière d'une plante, elle dissipe toute consigne. Il n'y a plus rien que des atomes matériels prêts à se soumettre à une autre consigne.

La force animale cesse d'exister en même temps que le corps. — La force qui anime la cellule animale y provoque des mouvements de division afin d'augmenter le nombre des cellules. Si elle augmente le nombre de ces cellules, c'est pour en avoir la quantité nécessaire à la formation du sang, des os, des nerfs, de la peau... Le bon état de ces cellules produit du bien-être; leur mauvais état produit de la douleur. Bien-être et douleur sont sentis par le cerveau d'où partent les poussées instinctives qui guident la vie animale.

Ici encore, il n'y a qu'une force aveugle, inconsciente de ce qu'elle fait. Elle n'est encore qu'une consigne imposée à la matière ; elle n'est qu'un commandement irrésistible.

Quand la mort désorganise la matière d'un corps d'animal, la sensibilité, ni l'instinct n'ont plus de raison d'être ; toute consigne se trouve dissipée.

Comme la consigne insérée dans une montre. — En résumé, tant que dure la vie, la force insensible du végétal et la force sensible et instinctive de l'anima! agissent comme la consigne que j'insère dans les rouages de ma montre, à l'aide du remontoir : le ressort se tend, les roues tournent et les aiguilles trottent, marquant l'heure, la minute et la seconde ; cela dure tant que la consigne dure.

Une fois la consigne accomplie, tout s'arrête dans la montre, tout meurt dans le végétal et dans lanimal.

Et dans le corps humain ? Dans le corps humain, la force qui construit les organes le fait aveuglément. Mais elle ne reste pas indéfiniment aveugle : du fond obscur de la vie, elle s'élève à la claire intelligence, à la libre action.

SEULE DANS LA CRÉATION, L'AME HLM AINE SURVIT A LA MORT (Suite)

Le Souffle de Dieu. — L'âme, en effet, est d'abord toute liée à la matière par les sens. Voyez ce petit enfant : âgé de quelques jours, il n'est encore que sensibilité corporelle ; il est bien inférieur à ce jeune chien qui reconnaît déjà sa mère et qui roule au-devant sur ses quatre pattes inhabiles ; il est bien inférieur même à ce poussin qui,} à peine sorti de sa coquille, sait déjà trouver sa nourriture. L'Âme de ce petit enfnnt semble hien n'être qu'une

consigne inférieure chargée d'organiser un corps d'animal, moins fort que beaucoup d'autres.

Mais, attendez quelques mois, et vous verrez les yeux du petit enfant se fixer curieusement sur les objets et les personnes, vous entendrez sortir de ses lèvres un gazouillis qui s'essaie à exprimer des idées encore confuses.

Quelque chose s'est éveillé en lui qui observe, retient, et raisonne.

Ce n'est pas l'instinct animal : Finstinct est tout de suite parfait, il s'arrête net et ne peut faire nulprogrès. Au contraire, la petite lumière qui s'est allumée dans l'âme de l'enfant va grandir en clarté et en hauteur : elle dominera le royaume de la ma-i tière, observant les phénomènes, découvrant leur enchaînement, les maîtrisant.

C'est vraiment une chose prodigieuse que cette âme qui apparaît au sommet de la Création !

D'abord, Dieu a créé l'Univers, il a voulu que les atomes s'unissent pour former les gaz, les liquides et les solides, — que dans les cellules matérielles paraisse la vie végétative, — qu'à cette vie végétative s'ajoutent, dans la vie animale, la sensibilité et Tinstinct. Et voici que, maintenant, à l'échelon supérieur se trouve une intelligence qui dit :

<( Mais je devine ces atomes matériels, je comprends comment ils ont dû s'unir, je sais ceux qui entrent dans la composition de telle ou telle cellule, j'en peux suivre la multiplication dans la construction d'un corps végétal ou animal, je peux les modifier de manière à créer des variétés nouvelles... Toute la matière, les cieux étoiles eux-mêmes, sont dp mon domaine. J'y reconnais les lois qui Ips sou-

— taS —

tiennent, comme si j'avais pris part à leur établissement ! »

Eh bien, puisque l'intelligence humaine peut parler ainsi, n'est-ce pas parce qu'elle est de même nature que l'Intelligence divine qui a créé la Nature et l'Univers ?

Oui, l'intelligence humaine sort de Dieu même :

elle est le souffle dont sa bouche rendit l'homme « rinnii et animé ». Oui, elle est appelée à une Vie supérieure, à la Vie éternelle.

Comment, en effet, la destruction du corps matériel qu'elle fait vivre, pourrait-elle l'atteindre? Estce que la destruction de l'Univers pourrait détruire Celui qui le soutient ? La mort la détache seulement de toutes les particules matérielles qui l'alourdissaient, comme la main arrache de terre et nettoie de tous grains, une touffe de fines racines.

Oui, j'espère, Seigneur, en ta magnificence.

Partout à pleines mains prodiguant l'existence,

Tu n'auras pas borné le nombre de mes jours

A ces jours d'ici-bas si troublés et si courts.

Je te vois en tous lieux conserver et produire :

Celui qui peut créer dédaigne de détruire.

Téi uni h de ta puissance et sûr de ta bonté,

J'attends le jour sans fin de l'immortalité.

La mort m'entoure en vain de ses ombres funèbres,

M.i raison voit le jour à travers ses ténèbres :

T'est le dernier degré qui m'approche de. lui,

• l'es! le voile qui tohibe entre tii face «'t. mm

Lamartine.

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