‹ Mysteres et lumiereChapitre 44 sur 96 · MEMENTO · texte numérisé non relu

MEMENTO

C'est le bal. Dans les fleurs ruisselle la lumière. Ce soir tout est plaisir, jeunesse heureuse et fière, —

Pour l'oreille et pour les yeux...

Qui donc voudrait penser que les hymnes funèbres Remplaceront pour vous, bientôt dans les ténèbres,

Cet orchestre joyeux ?

Qui donc voudrait troubler les regards de ces reines. De leurs gais compagnons, dans ces heures sereines,

Troubler ces fronts si beaux...

En évoquant tout haut le lugubre silence, Et le froid, et le noir, la solitude immense

Et les vers des tombeaux ?

Qui donc oserait dire : Avant un an peut-être, "Peut-être avant un mois, de ce qui fut un être

Tendre, vil et charmant, Il ne restera plus que des lambeaux livides De chair qui fourniront à des larves avides

Un festin d'un moment...

Seule la voix du prêtre ose se faire entendre.

Il dira nous marquant chacun d'un peu de cendre :

<( Mémento, souviens-toi !

(( Souviens-toi que ton corps, enveloppe grossière, « Devra fatalement retourner en poussière :

C'est la commune loi.

<( Souviens-toi qu'ici-bas, depuis la chute d'Eve, « Le temps nous est compté, que toute vie est brève ;

Brefs seront donc tes jours.

« Souviens-toi qu'avant tout il faut sauver ton âme « Et que tu dois choisir : ou l'éternelle flamme,

Ou le bonheur toujours. »

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VI TA MUTATl'K \0N TOLLUTH

L'âme dans le corps. — « Dieu forma l'homme du Union de la terre, dit lit Bible ; il répandit sur son vit âge un souffle de vie et V homme devint vivant et animé. »

Ce limon de la terre, ce sont ces soixante millions de cellules matérielles qui doivent retourner en poussière.

Ce souffle de vie, c'est l'âme, qui, dans la matière, Insinue l'Intelligence, la Conscience et la Liberté.

Par quoi notre âme — c'est-à-dire notre Intelligence, notre Conscience et notre Liberté — , est-elle reliée à la matière de notre corps ?

Par les sens :

par la vue qui nous permet de connaître la couleur des objets, leur forme, la distance à laquelle ils se trouvent, leur position et leurs mouvements ;

par l'ouïe qui nous permet de distinguer les sons;

par l'odorat qui nous permet de distinguer les odeurs ;

par le goût qui nous permet de distinguer les saveurs ;

par le toucher qui nous permet d'apprécier la température et la résistance.

Les sens ne donnent pas la connaissance. — Ce ne m ml pas du tout les sens qui apportent la connaissance dans l'âme. Comme fait la lumière sur la plaque photographique, ils ébranlent simplement les cellules du cerveau de mille façons ; et alors, dans le cerveau ébranlé, quelque chose voit, entend, sent. Ce quelque chose, c'est l'âme.

À ce qu'elle a vu, entendu, senti, l'âme applique sa réflexion : elle raisonne, elle découvre.

Si une pensée occupe l'âme fortement, les sens sont comme s'ils n existaient plus : tous les ébranlements qu'ils transmettent au cerveau sont inutilisés, comme s'ils n'arrivaient plus. Cela fait penser à la toile d'araignée qu'une mouche captive ébranlerait sans que l'aiaignée sentît.

Rappelez-vous ce jour où vous couriez annoncer une bonne nouvelle à vos parents : vous ne pensiez qu'à cela ; des enfants jouaient sur votre passage et vous ne les voyiez pas ; ils parlaient joyeusement et vous n'entendiez pas ce qu'ils disaient ; les giroflées du jardin vous enveloppèrent de leur parfum, sans que vous vous en aperçûtes. Vous ne remarquiez rien parce que votre âme était toute à la bonne nouvelle que vous alliez annoncer.

Les sens sont donc simplement les moyeiis qui mettent l'âme en contact avec la nature. Us sont comme supprimés quand l'âme est absorbée ; ils sont supprimés réellement quant le corps meurt.

Mais l'âme n'est pas supprimée par la mort du corps.

L'âme ne meurt pas. — Cette âme est tellement différente de la matière qu'on ne peut pas dire qu'elle a une couleur, une forme, une odeur. Elle est tellement une seule et même chose immatérielle que vous vous sentez être toujours le même. Vos cheveux, vos ongles, toutes les cellules qui composent vos organes changent sans un moment d'arrêt, V-iis votre âme est la même : c'est toujours celle qui. lorsque vous étiez petit, admirait les belles choses de la nature, aimait les parents et voulait souvent

De la jeunesse à l'âge mûr.

des choses déraisonnables. Elle se souvient de tout cela parce qu'elle n'est pas formée de cellules changeantes, parce qu'elle ne peut pas devenir une autre chose. Elle ne peut que devenir lumineuse ou plus obscure, vouloir plus droitement ou vouloir plus bassement.

Après cette simple séparation de l'âme et du corps qu'on appelle la mort, aucun des atomes du corps ne disparaît : rien dans l'Univers ne s'anéantit. A plus forte raison, l'âme qui est infiniment plus parfaite que les atomes, l'âme qui les a dominés et organisés, continue également d'exister.

L'immortalité. — D'où vient que les hommes sont si indociles sur l'heureuse nouvelle de leur immortalité ? Les impies leur disent qu'ils sont sans espérance, et qu'ils vont être abîmés dans peu de jours à jamais dans le gouffre du néant : ils s'en réjouissent, ils triomphent de leur prochaine extinction, eux qui s'aiment si éperdument : ils sont charmés de cette doctrine pleine d'horreur. Ils ont un goût de désespoir. D'autres leur disent qu'ils ont une ressource de vie éternelle, et ils s'irritent contre cette ressource ; elle les aigrit ; ils craignent d'en être convaincus. Ils tournent toute leur subtilité à chicaner contre ses preuves décisives. Ils aiment mieux périr en se livrant à leur orgueil insensé et à leurs passions brutales, que vivre éternellement en se contraignant pour embrasser la vertu. O homme devenu ennemi de soi, à force de s aimer sans règle !

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