VIE DES ESCLAVES
Leur démoralisation. — Avec de tels spectacles sous les yeux, les esclaves tombèrent, eux aussi, au dernier degré de la dépravation.
Vivant dans l'ignorance du bien, ils mirent leur bonheur dans le vice, la paresse, la gourmandise ; afin de satisfaire leurs désirs, ils s'adonnèrent au vol ; pour cacher leurs fautes, ils devinrent fourbes. Rigoureusement châtiés, ils vivaient sombres et silencieux ; beaucoup se suicidaient.
Ils avaient soit de vengeance ; quand on apprenait l'assassinat d'un maître par un esclave, les maîtres s'écriaient : « Voilà ce qui nous attend ! »
« Autant d'esclaves, autant d'ennemis », disait un proverbe latin. Et un riche Romain voulut qu'on gravât sur son tombeau cette phrase : « Je suis heureux de quitter la rie pour échapper à l'inquiétude où me tenaient nies esclaves. »
Le poison leur était familier ; laissant peu de traces, il leur offrait des chances d'échapper à la terrible loi qui voulait que la mort violente d'un maître fût expiée par le supplice de tous ses esclaves, sans distinction entre les. coupables et les innocents, « car.
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disait cette loi, si tous n'étaient forcés au péril de leur tête de protéger leur maître, la sécurité des maisons serait détruite ».
En l'an Gl après J.-C, le Préfet de Rome, Pedanius Secundus, fut assassiné par l'un de ses esclaves. « Suivant l'usage, raconte Tacite, on allait envoyer au supplice tous ceux qui habitaient la maison ; ils étaient au nombre de quatre cents. Cette fois le peuple s'émut.
Le Sénat s'assembla.
Cassius prit la parole et dit :
« Si vous leur faites grâce, il n'y aura plus de maîtres en sûreté, puisque ni le titre de Préfet de la Ville, ni le grand nombre de ses esclaves, n'ont pu sauver Pedanius. Il ne faut pas revenir sur la décision de nos aïeux qui étaient plus sages que nous. Des innocents périront ? Qu'importe un malheur individuel quand il s'agit du bien général ! »
Ce cruel avis l'emporta : les quatre cents esclaves, hommes, femmes et enfants furent égorgés.
La force. — La force peut comprimer les volontés sous une loi uniforme ; mais fera-t-elle par là qu'un seul homme aime son prochain comme son frère, que tous les hommes s'aiment, que tous les cœurs se purifient et s'élèvent, que s'ennoblisse l'humanité ?
« Force des matraques du prolétariat insurgé ou force d'un dictateur triomphant, la force n'a pas de puissance éducatrice. Elle n'atteint pas aux profondeurs où la transformation doit s'opérer. Les âmes lui échappent et c'est d'elles que cette œuvre dépend. L'humanité ne se renouvelle que par le dedansi C'est son cœur qu'il faut changer pour chan-
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pr,.|- [a face de la terre. Le royaume de Dieu est en mus (1). » (''est dans l'intérieur de ses pensées, de sentiments, de ses vouloirs, qu'il faul étendre le pivin Vouloir, royaume de respect de soi et d'autrwi, de dignité morale, de beauté, de justice et â'amour, pour qu'il rayonne au dehors el transfifcre l'univers.
Thei.lier de Ponchevii.i.e.
LA BÊTE HUMAINE : LE PRINCE-DIEt
Le divin Empereur. — Vers la fin du monde antîj que, l'idolâtrie éleva un nouvel autel dans cette so ciété qu'elle avait corrompue.
Ce fut le dernier de ses fruits empoisonnés, ui fruit affreux.
A ce moment, Rome avait achevé la conquête du monde ; elle était propriétaire des terres de toute* les nations ; elle était maîtresse de la vie de tous les hommes. Sa puissance sans bornes finit par pas ser entre les mains d'un chef, le César Empereur, On vit un homme être à lui seul possesseur ch monde ; ce qu'il voulait, devenait la loi.
A l'empereur Néron, son précepteur Sénèque disait : « Vous êtes, parmi les nations de l'univers, l'arbitre de la vie ou de la mort. »
Alors, comme -on adorait Rome et ses fondateurs on adora aussi son chef : après sa mort, le Césai Empereur était déclaré dieu ; un temple et des prê très lui étaient consacrés.
Les Princes-dieux. — Et voici à quels Princes dieux aboutit le long effort de la civilisation païenne :
Le fondateur de l'Empire, César Auguste, meurl quatorze ans après la naissance du Christ ; et dan* les cent années qui suivent, le monde eut à sa tête ces monstres qui se nomment Tibère, Caligula, Néron, Domitien. Ils ont reculé les bornes du mal qu'il est possible à un homme de faire.
Pour ces Princes-dieux, il n'y a d'ailleurs ni bion ni mal ; ou plutôt, tout ce qu'ils veulent est bien,
tout ce qui contrarie leurs volontés est mal. Ils sont armés d'une loi terrible, la loi de lèse-majesté qui punit de mort toute action et même une simple parole jugées offensantes pour l'Empereur.
Tibère. — De l'île de Caprée, où il se tenait enfermé, Tibère faisait trembler Rome.
Presque Ions ses amis périrent par ses ordres.
A la suite d'une conspiration, il fit emprisonner tous les Romains qu'il n'aimait pas, puis il commanda de les tuer, innocents ou coupables.
« Ce fut, dit Tacite, un massacre immense ; sur la terre gisaient éparses ou amoncelées, des victimes de tout sexe, de tout âge, des nobles et des plébéiens. 11 n'était pas même permis aux parents, aux amis des morts, de se tenir près d'eux, de pleurer, de les i (1er trop longtemps. Des sentinelles disposées tout autour et attentives à la douleur de chacun fai- ;it escorte aux cadavres putréfiés, lorsqu'on les traînait pour les jeter dans le Tibre. Personne n'osait ni les repêcher quand ils flottaient sur l'eau, ni les brûler, quand ils étaient portés sur les rives. La terreur, par sa violence, avait brisé les relations des vivants et des morts...
« Des années durant, les exécutions se succédèrent. Des familles entières s'ouvraient les veines. Par crainte du bourreau, on se décidait vite à mourir ainsi, car ceux qui se tuaient volontairement n'étaient pas, comme les condamnés, privés des honneurs des funérailles et leurs testaments étaient resis. »
Paganisme et Christianisme. — Le christianisme va se proposer la conquête des consciences. Rome n'y avait initiais songé, Se convertir, c'est donner à
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la Conscience purifiée le gouvernement des passions. Or le paganisme enchaînait la Conscience au pied des passions divinisées.
Le christianisme ne comptera pour rien la possession du sol et la soumission forcée des peuples. Il réclamera l'empire des intelligences et des volontés. A des hommes violents, il donnera une loi de mansuétude et de pardon. (Thellier de Poncheville.) '
CALIGULA, \ÉRO\
Caligula. — On a dit de Tibère : « C'était de la boue pétrie avec du sang. » Son successeur descendit aussi bas que lui.
Caligula faisait ses délices de la souffrance. Il voulait qu'on fît périr à petits coups ceux qu'il avait condamnés.
« Fais en sorte qu'ils se sentent mourir », disait-il à l'exécuteur.
Il forçait les pères à assister au supplice de leurs enfants. L'un d'eux ne pouvant marcher, il lui envoya sa propre litière pour le porter au lieu d'exécution. Il en invita un autre à dîner au sortir de l'horrible spectacle ; pendant le repas, il lui prodigua les amabilités, l'excitait à rire et à plaisanter : et le malheureux rit et plaisanta, car il avait un autre fils que son silence eût mis en danger.
Néron. — Egoïsme profond et méchanceté atroce se retrouvèrent en Néron. Il commença par le fratricide : il empoisonna Britannicus pour n'avoir pas de rival dans sa famille.
Peu après, il devint parricide.
Irrité contre sa mère, Agrippine, il donne en se-
cret l'ordre de l;i tuer. Après l'avoir accablée de cacesses, il la fait monter sur un \aisseau qui doit la mener à sa maison de campagne. En mer, à un lignai donné, le plafond de la cabine, chargé de plomb, tombe el écrase les serviteurs d'Agrippine, puis le vaisseau s'enfonce
lîlessée seulement, Agrippine se sauve à la nage ; mais des soldats envoyés par Néron l'achevèrent.
l'n tel crime dépassait ceux que les Romains avaient pris l'habitude d'applaudir. Inquiet, Néron n'osait revenir à Rome ; mais bientôt il apprit que les grands faisaient semblant de croire qu'il avait ainsi prévenu les embûches de sa mère et que, pour remercier les dieux de le leur avoir conservé, ils ordonnaient des prières dans les temples.
11 revint.
Le peuple et le Sénat allèrent à sa rencontre en habits de fête ; les femmes et les enfants faisaient l;i baie. Heureux de la lâcheté publique, Néron dès ce moment s'abandonna publiquement à toutes les passions qu'il avait dissimulées jusque-là.
Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. — Ces hommes, les uns si cruels, les autres si lâches, tous perdus de vices, étaient cependant très Intelligents et très cultivés.
Tibère était poète et composait des discours avec beaucoup d'art.
Caligula avait établi des luttes d'éloquence.
Néron aimait tous les jeux de l'esprit.
Et les plus grands des écrivains vivaient à cette époque où l'homme tomba le plus bas. Virgile, Horace, Tite-Live étaient contemporains de la jeunesse 06 "l'ibère ; l'un des plus fins moralistes de l'anti-
quité, Sénèque, fut précepteur de Néron ; et le grand historien Tacite vécut sous Domitien.
Les chefs-d'œuvre étaient lus, étudiés, appréciés : mais ce n'est pas par la seule culture de son intelligence que l'homme arrive à mériter le respect.
Un de nos écrivains français le dira plus tard : « Science sans conscience, n'est que ruine de l'âme. » .
Il fallait d'autres hommes pour opposer à la tyran- g nie du mal le non po s su mit s « nous ne pouvons pas J vous obéir », qui devait arracher le monde à. la 1 pourriture.
Mais Quelqu'un va venir. Quand il aura parlé, il I ajoutera : « Le ciel et la terre passeront , mais mes 1 paroles ne passeront point. » Et dans la lumière de 1 la Vérité chrétienne, un monde nouveau apparaîtra.
Notions littéraires.
Virgile. — Illustre poète latin, né en 70 avant J..C- ] Il a célébré la vie des champs dans ses Georgiques et raconté de vieilles légendes romaines dans son 1 Enéide. Nul n'a mieux exprimé que lui les senti- | ments doux et tendres de l'âme.
Horace. — Célèbre poète latin, né en l'an 65 avant ] J.-C. Dans ses Odes et ses Satires, il peint l'homme avec ses défauts et son penchant vers les plaisirs.
Tite-Live. — Célèbre historien latin qui a raconté 1 l'histoire de Rome depuis sa fondation.
Sénèque. — Ecrivain à qui l'on doit des pages magnifiques sur les devoirs de l'homme envers luimême ; mais qui mena une vie d'intrigues et de I luxe. Néron l'obligea à se tuer.