DANS L'AMPHITHÉÂTRE
Les gladiateurs. — Les Romains avaient fait de l'homicide une distraction, un jeu public. « Des hommes, les gladiateurs, avaient pour métier imposé de verser le sang, de s'entre-tuer pour l'amusement des spectateurs. Recrutés parmi les captifs et les esclaves, ils étaient dressés dans les écoles de tuerie. On les nourrissait abondamment pour développer leurs forces, mais à la moindre faute, on les chargeait de chaînes, on les frappait avec le fouet, on les marquait au fer rouge. Hors de l'amphithéâtre, ils vivaient désarmés dans une sorte do prison, sous la surveillance des soldats.
Aux jours de fête, quand les milliers de spectateurs s'étaient entassés sur les gradins de quelque amphithéâtre, les portes d'en bas qui donnaient sur l'arène s'ouvraient devant les combattants. Us défilaient en silence, s" arrêtant sous la loge de l'empereur qu'ils saluaient du cri : Ave, César Imper ator ! motituri te salutant ! César Empereur, ceux qui vont mourir te saluent ! Puis, au son lugubre des trompes, le combat commençait.
« Les cadavres étaient emportés dans la chambre mortuaire où l'on vérifiait avec des fers rougis au feu si la mort n'était pas feinte ; on y achevait ceux à qui il restait encore un souffle de vie. Puis la terre ensanglantée ayant été retournée avec des pelles et recouverte de sable frais, la lutte reprenait. » (Friedlander.)
Trajan, l'un des meilleurs empereurs de Rome, fit égorger ainsi dix mille captifs en une série de fêtes données pour célébrer ses victoires.
Spartacus. — Ce, goût du sang faillit causer la perte de Rome. Un jour, un gladiateur thrace réussit à s'enfuir de Capoue avec quelques compagnons de misère. Il se nommait Spartacus. Il avait une âme héroïque. La petite troupe des fugitifs battit les soldats qui la poursuivaient, leur prit leurs armes et s'établit sur une montagne. Trois mille Romains vinrent les attaquer et furent encore vaincus. Une seconde armée eut le même sort. Dans les villes d'Italie, les esclaves recommencèrent à s'agiter comme au temps de la guerre servile : soixante-dix mille vinrent se joindre à Spartacus qui, plusieurs fois encore, fut victorieux. Il épouvanta Rome, mais il finit par tomber sur le champ de bataille de Ca-
poue, victime de l'indiscipline des siens (73-71 av. J.-C).
Il se passa ensuite une chose effrayante. Six mille croix furent dressées ; sur chacune un prisonnier fut crucifié ; après quoi on les planta le long de la route qui menait à Rome : avenue sinistre par où un autre Crucifié allait bientôt venir... enfin !