‹ Mysteres et lumiereChapitre 70 sur 96 · LA VOIE ROYALE DE LA CROIX · texte numérisé non relu

LA VOIE ROYALE DE LA CROIX

Règle tout sous ton ordre au gré de ton désir, Tu ne manqueras point d'objets de déplaisir, Tu trouveras partout à souffrir quelque chose : Ou de force ou de gré, quoi qu'on veuille espérer, Toujours de quoi souffrir et de quoi soupirer Nous présente partout la croix inévitable ; Et nous sentons au cœur toujours quelque douleur, Ou quelque trouble en l'âme, encor plus intraitable, Qui semblent à tour à tour nous livrer au malheur.

Le croix donc en tous lieux est toujours préparée ; La croix t'attend partout, et partout suit tes pas ; Fuis-là de tous côtés, et ci nus où tu voudras, Tu n'éviteras point sa rencontre assurée ; Tel est notre destin, telles en sont les lois ; Tout homme pour lui-même est une vive croix,

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Pesante d'autant plus que plus lui-même îl s'aime ; Et comme il n*est en soi que misère et qu'ennui, En quelque lieu qu'il aille i] se porte lui-même, Et rencontre la croix qu'il y porte avec lui.

Porte-la de bon cœur cette croix salutaire, Que tu vois attachée à ton infirmité ; Fais un hommage à Dieu d'une nécessité, Et d'un mal infaillible un tribut volontaire. Elle te portera toi-même en tes travaux, Elle te conduira par le chemin des maux Jusqu'à cet heureux port où la peine est finie. Mais ce n'est pas ici que tu dois l'espérer ; La fin des maux consiste en celle de la vie, Et l'on trouve à gémir tant qu'on peut respirer.

P. Corneille, Traduction de l'Imitation.

— n89 — AIMEZ-VOUS LES l JNS u:s AUTRES

Un commandement nouveau: — Avant de quitter ses disciples pour aller au Calvaire, le Maître leur lit ses recommandations suprêmes :

« Mes petits enfants, je vous fais un commandement nouveau qui est que vous vous aimiez les uns les autres, que vous vous entr'aimiez comme je vous ai aimés. C'est en cela que tous connaîtront que vous - êtes mes disciples. Les monarques des nations les gouvernent par la force, mais vous, mes disciples, ne faites pas ainsi : que le plus grand parmi vous se fasse le plus petit et que le chef soit le serviteur de ses frères. » Aimer ceux qui nous aiment, ne suffit pas. « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent ; bénissez ceux qui font des imprécations contre vous et priez pour ceux qui vous calomnient. Et vous serez les enfants du Très-Haut parce qu'il est bon aux ingrats même et aux méchants. » Aimer et pardonner sans limites, telle est la loi nouvelle.

(( Seigneur, demanda Pierre, combien de fois pardonnerai-je à mon frère, lorsqu'il aura péché contre moi? Sera-ce jusqu'à sept fois? » Jésus lui répondit : « Je ne vous dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois. »

C'est pourquoi le royaume des cieux est comparé à un roi qui voulut faire rendre compte à ses serviteurs : et ayant commencé à le faire, on lui en présenta un qui devait dix mille talents. Mais comme il n'avait pas le moyen de les lui rendre, son maître commanda qu'on le vendît, lui, sa

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femme et ses enfants, et tout ce qu'il avait, pour satisfaire cette dette. Ce serviteur, se jetant à ses pieds, le conjurait en lui disant : « Seigneur, ayez un peu de patience et je vous rendrai tout. 1 Alors le maître de ce serviteur, étant touché de compassion, le laissa aller, et lui remit sa dette. 1

(( Mais ce serviteur ne fut pas plutôt sorti, que I trouvant un de ses compagnons qui lui devait il cent deniers, il le prit par la gorge, et l' étouffait i presque en lui disant : « Rends-moi ce que tu me I dois. » Et son compagnon, se jetant à ses pieds, I le conjurait en lui disant : « Ayez un peu de pa- 1 tience et je vous rendrai tout. » Mais il ne voulut point l'écouter ; et il s'en alla, et le fit mettre en prison, pour l'y tenir jusqu'à ce qu'il lui rendît ce qu'il lui devait.

« Les autres serviteurs, ses compagnons, voyant i ce qui se passait, en furent extrêmement affligés, et avertirent leur maître de tout ce qui était arrivé. Alors son maître l'ayant fait venir, lui dit : « Méchant serviteur, je vous avais remis tout ce que vous me deviez, parce que vous m'en aviez prié I ne fallait-il donc pas que vous eussiez aussi pitié de votre compagnon comme j'avais eu pitié de vous ?

« Et son maître, étant ému de colère, le livra entre les mains des bourreaux, jusqu'à ce qu'il payai tout ce qu'il lui devait.

« C'est ainsi que mon Père qui est dans le ciel mus traitera, si chacun de vous ne pardonne du fond du cœur à son frère les fautes qu'il aura commises contre lui. »

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La paix du Christ. — On a dil : « L'hostie abat les purricades qui divisent les hommes.

Ou 'est-ce en effet qui divise les hommes? Les intérêts matériels. Les hommes se disputent pour la richesse, el autour d'un coffre-fort. Les peuples se battent pour (U's provinces... Or la sainte Hostie nous donne Celui qui, étant infinimenl riche, s'esl fait pauvre pour nous; pauvre jusqu'à la paille de la crèche ; pauvre jusqu'à la nudité du Golgotha, pauvre jusqu'au dépouillement même des apparences humaines dans l'Eucharistie.

Ce qui divise les hommes, c'est la carence de l'aulorité el de l'obéissance. On commande mal, on n obéit pas... Et dans la Sainte Communion nous i crevons Celui qui, pour nous, sous l'Hostie, continue le geste immortel par lequel il a, au Calvaire, obéi à Dieu son Père jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la Croix ; et qui a encore étendu son obéissance, puisqu'à l'autel il obéit au prêtre qui le place où il veut, et au fidèle qui le reçoit toutes les fois qu'il le désire.

L'Hostie détruit les barrières. Elle fait plus. Elle tresse des liens entre les hommes. — Merr Chollet. »

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