‹ Mysteres et lumiereChapitre 71 sur 96 · JÉSUS INDIQUE LA VOIE AU CITOYEN DE TOUTE CITÉ · texte numérisé non relu

JÉSUS INDIQUE LA VOIE AU CITOYEN DE TOUTE CITÉ

Naissance des véritables droits de l'homme. — Etablir le royaume de Dieu dans nos pensées, nos désirs, nos volontés ; renoncer à nous-même par amour de Dieu et du prochain : voilà ce que Jésus est venu enseigner aux hommes. Il n'est pas venu leur rêvé-

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1er la meilleure forme de gouvernement pour la Cité le meilleur code de lois, le meilleur système d'im pots. A celui qui lui demandait de présider à la succession paternelle, il répondit : « O homme, je n'ai pas été envoyé pour faire vos partages. »

Mais en commandant à tout individu de se per-J fectionner pour Dieu, Jésus perfectionnait la société elle-même. Si chacun de nous tourne sa volonté contre ses mauvais penchants, que de mal disparaî- ' tra de la société ! Si chacun de nous emploie toutes ses forces pour le bien des autres, que de bonheur entrera dans la société !

Toutefois, dans sa conduite de chaque jour, le chrétien n'a pas seulement à tenir compte de ses devoirs envers Dieu et de ses devoirs envers le pro- 1 chaîn : il rencontre les lois de la société, les ordres des chefs. Comment se conduira-t-il en tant que citoyen ?

Un jour les pharisiens dirent au Sauveur : « Maître, nous savons que vous n'avez point égard aux personnes et que vous enseignez la voie de Dieu dans la vérité : nous est-il libre de payer le tribut à César? » Ils espéraient que Jésus nierait

les droits du Prince et ou'ils pourraient le dénon-

■ cer comme un révolté. Mais Jésus leur dît : « Mon-

trez-moi un denier. De qui est l'inscription qu'il porte ? » Ils lui répondirent : « De César. » Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Et, ayant admiré sa réponse, ils se turent.

Admirable réponse en effet : rendre à César ce qui appartient à César, c'est obéir à ceux qui gouvernent la Cité ; c'était jadis, dans Athènes, obéir

aux décisions du Peuple ; à Rome, c'était obéir aux décisions du Prince.

Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c'est proclamer que ni le prince n'est Dieu, ni le Peuple n'est Dieu, que pas un gouvernement n'a le droit de nous obliger à faire ce qui est mal, ce qui est injuste, que pas un gouvernement n'a le droit de se mettre entre nous et Dieu, son ire unique de la vérité et de l'autorité.

« Soumis aux puissances de la Cité dans les limites de leur autorité légitime, indomptable et saintement rebelle si elles prétendent l'asservir au péché : tel doit être le disciple du Christ. » — (Mgr d'Hulst.) Pour la première fois une digue était mise à la tyrannie de la Cité. Les véritables droits de l'homme datent de cette parole du Sauveur.

LES APOTIiES DU CHRIST

Les Apôtres. — Pendant trois années, un Ouvrier, sorti d'un obscur atelier du petit village de Nazareth, a parcouru les campagnes de Judée. Autour de lui, il a réuni quelques artisans grossiers qui ne le comprennent pas toujours. Puis, seul, outragé par tout un peuple, abandonné par ses disciples, renié par le chef qu'il leur a donné, il meurt sur la croix infamante, crucifié entre deux larrons. Que pourront faire les disciples, alors (pie le Maître semble avoir échoué aussi complètement ?

Pour Instruire les nations et les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, il fallait changer toute leur manière de vivre ; il fallait leur faire abandonner les plaisirs honteux, leur faire accepter

les gêiîèS de la vie chrétienne : il fallait, en un mot, mettre le vrai Dieu à la place des dieux corrupteurs Pareille entreprise n'était-elle pas une folie, puisnue tout se faisait dans les familles et dans l'Etat au nom des dieux ?

Quelles armes avaient donc les audacieux qui allaient tenter cette entreprise ? Pas d'autres que la douceur.

« Ne résistez pas au mal que l'on veut vous faire, leur avait dit le \raître ; si quelqu'un vous a frappé sur la joue droite, présentez-lui Vautre. » Oui, pareille entreprise était vraiment en dehors de la raison.

'< Et cependant, de même que les humbles pêcheurs qui, un jour, sur les bords du lac de Génézareth, virent le divin Passant s'approcher et, le cœur bondissant, laissèrent leurs barques, leurs amis, leur famille pour le suivre, ainsi les foules asiatiques, grecques et romaines s'arrachèrent à leur vie de plaisir pour accepter tous les sacrifices de la vie chrétienne. » C'est que le divin Passant est toujours là ; c'est qu'il se donne dans l'Eucharistie à ceux qui croient en lui et qu'il les enveloppe d'un rayon de sa lumière et de sa force. Le puissant Empire romain va se dresser contre les humbles chrétiens ; il a imposé silence à la terre, il ne pourra étouffer la voix des martyrs. Le sang va couler à flots, les disciples du Christ vont fondre comme la neige au soleil ; d'autres se lèveront toujours plus nombreux. Cinq millions d'hommes, de femmes et d'enfants vont mourir, en répétant inlassablement : je suit chrétien. Et le monde sera vaincu.

Jésus l'avait annoncé : « Quand j'aurai été élevé tir terre, j'attirerai tout à moi. »

Li:s PREMIÈRES COMMUNAUTÉS CHRÉTIENNES

La prédication de l'Evangile. — La prédication de l'Evangile commença dix jours après l'Ascension du Christ vainqueur de la Mort, quand le Saint-Esprit But rempli les Apôtres de la force d'en haut. Pierre, l'humble pécheur galiléen devenu « pêcheurs d'hommes », comme le lui avait annoncé son Maître, convertit trois mille Juifs. L'Eglise de Jérusalem se forme ; elle a aussitôt son premier martyr en la personne du diacre saint Etienne, lapidé par les Juifs.

Puis les Apôtres se séparent pour obéir à l'ordre du Maître qui leur a dit, avant de monter aux cieux : bi Allez, enseignez toutes les nations. »

Ils fondent les sept églises de l'Asie Mineure et pour quelques années, saint Pierre établit la Chaire suprême à Antioche. (An 36.)

Saint Pierre étab :'t !a Chaire de Vérité à Rome. — Comme saint Pierre est le chef de la chrétienté, c'est ta capitale du monde, c'est Rome qui lui revient en partage. 11 y arrive en l'an 42. LTn jour, cet homme qui était na 4'ère un humble pêcheur d'un village perdu dans les lointaines montagnes de la Judée, l'arrêta aux portes de la Ville immense pour contempler la Reine du monde étagée sur sept collines, avec ses monuments splendides, ses palais, et aussi îes'prisons ses animaux féroces, ses foules cruelles.

Cette ville qui depuis des siècles tenait tous les' peuples captifs, il venait lui imposer le joug du Christ.

Avant, même d'y être entré, l'Apôtre se heurta à un premier rempart de haines, à des ennemis acb nrnés qui formaient une ceinture à la Ville. Les Juifs étaient très nombreux à Rome. Ils y exerçaient toutes sortes de petits commerces ; le soir, ils rentraient!! dans leurs quartiers, car ils aimaient à habiter en-l semble. Ils étaient particulièrement nombreux dans! les faubourgs de Suburre, du Transtévère et de la] porte Capène. Pour la moindre chose, ils éclataient] en cris assourdissants et en réclamations furieuses, j Plusieurs fois les troubles qu'ils causaient les firent J expulser.

Fuyant d'aussi dangereux voisins, saint Pierre se fixa près de la voie Momentané. C'est là qu'il commença de prêcher l'Evangile, baptisant dans la source voisine.

Pendant ce temps, saint Paul fondait des communautés chrétiennes sur toutes les rives de la Méditerranée et les autres Apôtres portaient la parole du Christ aux peuples plus lointains. Comme Jésus l'avait annoncé, l'Eglise, d'abord semblable à un petit grain de sénevé, devenait un grand arbre, et les foules venaient chercher à son ombre le ri et la joie. Qui dira le bonheur des âmes désespérées par l'horreur du paganisme quand elles virent briller pour la première fois la figure et le sourire de Jésus et qu'elles entendirent son appel : « V à moi vous tous qui êtes accablés et je vous soulagerai. »

<( Ils entraient émus et attendris et, en franchis-

saut le seul béni de l'Eglise, il leur semblait passer du froid de la mort dans la douce chaleur de la vie, et des ténèbres de la nuit dans la splendeur du jour éternel. Le baume de la charité fermait leurs plaies et dilatait leurs cœurs : ils se sentaient aimés, et à leur tour, ils éprouvaient une douceur infinie à aimer leur semblable et à voir en lui un frère. Illuminés par le plein jour de la vérité, ils y trouvaient le pourquoi du monde et d'eux-mêmes. »

( G. Kt/rth.)

LA PREMIÈRE PERSËCITIOM

L'incendie de Rome. — Les Juifs voyaient avec fureur ce progrès de l'Evangile. En l'an 49, ils firent une émeute contre saint Pierre ; et les Romains, sans distinguer les victimes de leurs- persécuteurs, expulsèrent momentanément de la Ville, juifs et chrétiens.

Dans les provinces, les Juifs poursuivirent saint Paul de leur haine, soulevèrent les populations contre lui en Asie Mineure et en Grèce, tentèrent de le tuer à Jérusalem et réussirent à le faire emprisonner deux ans à Césarée.

L'incendie de Rome leur fournit l'occasion d'atteindre tous les chrétiens.

Cet incendie paraît avoir été ordonné en secret par Néron, qui voulait s'illustrer en rebâtissant la Ville plus belle. Le 19 juillet 64, le feu prit dans les boutiques pleines de marchandises inflammables qui entouraient le Grand Cirque. Le vent soufflait avec violence. Bientôt l'ovale immense du Cirque fut en feu. Puis le fléau, gagnant les sommets, en-

toura Je Palatin d'une ceinture de flammes, ravagea le Cœlius et l'Aventln. On l'arrêta le sixième jour en faisant un grand abattis de maisons au pied de l'Esquilin ; mais il reprit dans les jardins d'un favori de Néron et, trois jours durant, fit rage encore. Des quatorze régions de Rome, il n'en restait plus que quatre. — (P. Allard.)

La fureur et le désespoir agitaient le peuple ; 'il devinait qu'une main criminelle avait allumé cet immense brasier ; déjà on murmurait le nom de l'Empereur. Néron pouvait tout craindre. Il chercha des victimes sur qui détourner les soupçons.

Or, le feu s'était déclaré dans les boutiques que les Juifs avaient à l'intérieur de la Ville et il avait épargné les faubourgs qu'ils habitaient aux extrémités. Dès lors, rien ne parut plus vraisemblable que le bruit qui fut mis en circulation : Ce sont les Juifs qui uni mis le feu. Ils se virent en danger d'être massacrés ou emprisonnés en masse ; mais ils avaient de puissants protecteurs dans l'entourage de Néron : par eux, ils obtinrent que les chrétiens leur fussent substitués.

A cette date, l'Evangile n'était connu de la foule que par les calomnies de ses ennemis. « La communion eucharistique, la cérémonie la plus sainte et la plus pure qui ait jamais consolé l'âme humaine, avait été représentée comme une orgie. » Tout chrétien passait donc pour un scélérat, Les prisons s'emplirent rapidement. Alors, pour reconquérir l'affection du peuple, Néron lui donna une fête horrible.

Notion historique. — On appelle Rome : la rillr

au.r sept collines, parce que, fondée d'abord par

Romulus sur le mont Palatin, elle s'étendit ensuite sur les six collines voisines : l'Aventin, le Capitole, le Quirinal, le Vimïnal, l'Esquilin et le Cœlius.

UNE FÊTE NÉIÎOMEWE

Au Vatican. — Elle eut lieu dans les magnifiques jardins qui couvraient la colline du Vatican. Elle commença par une de ces longues et navrantes processions où les condamnés défilaient entre deux haies de valets qui les frappaient avec des fouets. Puis eut lieu la chasse : une partie des chétiens avaient été revêtus de peaux de bêtes ; des chiens d'une férocité extrême furent lancés contre eux ; et ce fut un horrible festin... Quand le peuple romain eut rassassié ses yeux de cet affreux spectacle, on introduisit d'autres chrétiens : des croix avaient été préparées en divers endroits du cirque ; on les y attacha et des bêtes fauves les dévorèrent.

Vint ensuite la fête de nuit.

Les immenses jardins avaient été jalonnés de pieux sur lesquels on avait attaché des chré+iens revêtus d'une tunique imbibée de poix et de résine. On y mit le feu ; le sang et la poix brûlaient lentement avec d'horribles grésillements. Dans les avenues formées par ces flambeaux vivants couraient «les chars qui se disputaient le prix de la course. Les martyrs furent admirables de courage et de douceur ; plus d'un spectateur en fut retourné et fit ce jour-là son premier pas vers le salut : Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. (D'après P.' Allard. — Histoire des persécutions.)

La rumeur infâme qui représentait les chrétiens comme des scélérats allait avoir d'infinies conséquences.

Suppliciés au Vatican, parce qu'on les disait capables de tous les crimes, les chrétiens furent recherchés dans tout l'Empire : première persécution qui devait être suivie de neuf autres. Un édit les mit hors la loi. Saint Pierre fut crucifié comme son Maître l'avait été, mais pour marquer jusque dans la mort l'humilité du disciple, il obtint d'être placé I sur la croix la tête en bas. Saint Paul fut décapité.

Aujourd'hui les restes des deux grands Apôtres sont réunis dans l'Eglise de Saint-Pierre de Rome et • leur tombeau attire les foules chrétiennes du monde entier. Et personne ne sait ce que sont devenues les cendres de Néron.

LES PERSÉCUTIONS AU IIe SIÈCLE ET AU IIIe SIÈCLE

Au IIe sièc'e, les chrétiens victimes du culte rendu aux passions. — A la persécution de Néron succèdent, au second siècle, celles de Domitien, de Trajan et de Marc-Aurèle. Mais, maintenant, ce ne sont plus les magistrats qui poursuivent les chrétiens. On s'était rendu compte de la fausseté des accusations portées contre eux ; et l'Empereur Trajan donnait pour instruction aux gouverneurs : « II ne faut pas les rechercher ; si on les dénonce el qu'ils refusent de sacrifier aux dieux, il faut les punir. » A quoi un défenseur des chrétiens répliqua : « Partout il y a des soldats pour donner la chasse aux bri-

- ; tuiii ennemi île l'Etat est recherché : si le chrétien ne doit pas l'être, c'est donc qu'il n'est coupable ; alors, pourquoi le punissez-vous quand il a été dénoncé? »

Pour qu'une poursuite fût engagée, il fallait qu'un accusateur vint dire : « Un tel est chrétien. » Alors m magistrat disait à l'accusé : « Tu sais qu'il n'est pas permis d'être chrétien. » Le fidèle répondait : « Su m chris tianus, je suis chrétien. » Et il était envoyé au supplice connue sacrilège.

Ainsi les véritables auteurs des persécutions du second siècle furent moins les Empereurs et les magistrats, que la tourbe infâme des dénonciateurs, que la plèbe surtout. Celle-ci se moquait bien des prétendus crimes des chrétiens ; niais leurs vertus l'irritaient. Elle flairait en eux les démolisseurs de ses plaisirs ; elle entrevoyait avec effroi, s'ils triomphaient, une société sans débauches. Et elle hurlait à la mort.

Au III0 siècle, les chrétiens victimes du culte rendu au chef de l'Etat. — Au 111e siècle, les persécutions eurent une cause nouvelle : la fureur des Empereurs qui s'étaient aperçus que le christianisme met des limites au pouvoir du chef de l'Etat.

Les Romains disaient : « La volonté de l'Empereur ist la loi. » Mais les chrétiens ajoutaient : « à condition qu'il respecte les droits de Dieu. » Ils ne refusaient pas d'obéir ; personne n'obéissait mieux qu'eux ; ils payaient les impôts, combattaient vaillamment dans les armées ; chaque jour ils priaient pour le chef de l'Etat. « Ouvrez nos livres, disait l'un d'eux, vous apprendrez qu'il nous est ordonné de pousser la charité jusqu'à prier pour nos perse-

cuteurs ; nous demandons tous pour les Empereurs quels qu'ils soient, une longue vie et un règne tranquille. »

Seulement, après avoir rendu à César ce qui est à César, les chrétiens voulaient aussi, de toute leui âme, rendre à Dieu ce qui est à Dieu. C'est pourquoi ils n'assistaient jamais aux jeux criminels du cirque, et c'est pourquoi ils refusaient dêtre magistrats. Tout magistrat devait prier les dieux avant de rendre un jugement ; comment un chrétien aurait-il pu|! le faire ?

Cela, les Empereurs l'auraient encore permis ; seulement, ils étaient regardés eux-mêmes comme des I dieux et leur pouvoir sans limites venait de là ; or. autant de chrétiens, autant de gens qui mettaient quelqu'un au-dessus du Prince, autant de gens qui refusaient de faire ses volontés mauvaises. Pour un chrétien, le Prince n'avait pas le droit de commander contre les commandements de Dieu.

Les Empereurs voulurent sauver leur pouvoir absolu en forçant les chrétiens à reconnaître leur divinité. Ils ordonnèrent six grandes persécutions.

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