‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 103 sur 140 · SA VOISINE · texte numérisé non relu

SA VOISINE

Oil voir, alez seu rement.

LA MÈRE

G'y voiz donccfues hastivement.

Lors preigne l'enfant entre sez bras, et die en alant :

Ha, filzl tu es perdu par moy, Et je suis perdue pour <toy. Tu es mort, sy aroy mal vivre Se Dieu toy et moy ne, délivre.

Lors jeté son filz devant sainte Geneviève, et à genous et à jointes

mains die :

M ad oulce dame et gracieuse , Ceste meschante douloureuse Vueilliez aidier et secourir.

Besoing m'a fait sy acourir, Car mon enfant s'y est noie Qui ne fut oncques baptisié.

Pour Dieu, rendez-le moy en vie.

Lasse! que dites-vous m'amie?

Sy grans ey vres ne sont pas nostres ; Mais aus martirs et aus apostres.

M'amie, en Dieu vous côhfortez , Et ce fait doulcement portez.

Ne penssez pa£ que Diex souffrist Que vostre enfant ainssy périst Se ce ne fust pour aucun bien , Pour le vostre espoir, ou le sien.

Sy souffrez puis qu'il plaist àJÛieu.

LA MÈRE

Ahay, dame! ce n'est pas gieu.

S'il est dampné, bien fust mau né.

Il est bien vray qu'il est dampné ;

Mez non pas sy très cruelement Comme sont ceulz qui mortelment Pèchent ehascuh jour par malice; Car Dieu fait tant de bénéfice À ces petits enfançonnés Qui de pechié muirent tous nez, Fors du pechié qu'il ont d'Adam, Qu'il n'ont ne paine neahaft Combien qu'en enfertodt droit voisent.

Bien est voir que Dieu point riè voient, N'avoir lez biens jà ne pourront Qu'ont ceulz qui baptisiez mourront, S'il muirent sans pechié mortel.

LÀ MÈRE

Et se mon enfant est or tel Que jamais ne sentira rien , Ne chault , ne froit , ne mal ne bien , Ne Dieu ne voirra jà en face , Que donroie-je de telle grâce?

Bonnement j'aroye aussy chier Qu'il fust une fleur de peschier, Mais s'il vesquit trop inielx venist.

Et que savez s'il convehist Que par vie dèsordeûée S'âme fust à tournions menée?

Lez jugemens et lez sentences De Dieu ont sy gratis Qxcelences Que humaine teste ymaginer N'es pourroit ne déterminer.

Belle suer , aiez pacience, Et se par vostre négligence L'enfant a perdu âme et corps, Nostre Sire est miséricors ; Il ne vous fault fors à luv traire Et à l'évesque son vicaire Qui vous donnera atléjance De ce forfait et pçnitence.

M'amie, pour Dieu endurez; Contre Dieu point ne murmurez Qui fait ou souffre justement Quant qu'on fait et non autrement, Combien qne nostre engin entendre Ne le puisse pas, ne comprendre.

Et c'est bien raison et droiture, Car le Créateur créature Seurmonte sans comparaison.

LA MÈRE

Voir, dame, de vostre maison Jamais à jour ne bougeray, Ainçois, certes, me tueray Devant vous se vous ne m'aidiez.

Bêle amie, or vous apaisiez :

Nostre Seigneur vous aidera Quant il voerra que temps sera.

Pour Dieu ne vous désespérez.

Dieu et sa mère prierez Et sains et saintes autre cv Que de vous ilz aient mercy ,

Et je oureray avecques vous.

A lez par delà à gcnous , Et je seray de ceste part.

€y se mete tost à gênons et die •

Doulz Jhesucrist, le cuer më part Du dueil qu'a ceste bonne dame , Et de cen aussy > Sire , que l'àme De son filz est ainssy dampnée , Par ce que du ciècle est alée Sans recevoir crestienté.

Doulz Sire, en vostre volenté N'a que bonté et amistié :

Je vous requier par la pitié x Que de vostre mère digne éustes Quant en le crois mort vous receustes, Et que eustes de la pauvre mère Qui estoit en tristece amère Quant on portoit son filz en bière Enterrer en a. fcymetière, Que ceste cy qui tant se deult Que de douleur tuer se veult , Reconfortez et soulaciez Et remetez son filz suz piez.

Par quoy soiez glorefié Et vostre pueple édefié.

Cest chose avanture impossible.

Nient mains vous laites tout possible A ceulz qui ont droite créance.

Gloire à vous! j'ay ferme fiance Que vous ne m'escondirez mie ,

Qui maintes fois m'avez oie.

Gy se tiègne à coûtes et à genou» jusques à tant que les anges aient

remise l'âme ou corps

NOSTRE-DAME , en paradis, à genous.

Doulz Jhésus, velà Geneviève Qui de prier se peine et griève , Que vueilliez oster de misère L'enfant et la dolente mère.

Je vous supply que vous l'oiez.

JHÉSUS

Volentiers, Dame ; or vous soiez.

Lors voise soir.

JHÉSUS

Gabriel, Raphaël, Michiel , Levez suz, descendez du ciel.

L'espérit que sez anemis Tiennent , prenez et soit remis Dedens son corps, vueillent ou non ; Car Geneviève, qui mon nom Essauce et loe et glorefie, De bouche et de cuer m'en supplie.

Je ne la vueil pas escondire.

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