‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 120 sur 140 · MONSEIGNEUR S; FIACRE · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR S; FIACRE

IUMÉE EN FRANÇOYS.

LE PÈRE S. FtACRE.

Dame, mon pensser vous vueil dire :

Sachiez, j'ay au cuer grant yre Toutes fois que mon fîlz regarde.

Je croy par Dieu, qui lez siens garde 7 Que il ne vauldra jà riens née.

Il est tout adez en pensée ; Il ne se porte bel ne gent ; II samble que de bonne gent Ne soit pas nez.

LA MÈRE

Monseigneur, tôt de moy tenez Que sens sera s'en le marie ; Car lors manie plus jolie Demenra, créez ma parole.

LA VIE DE SAINT FIACRE. 3o5

Il a trop esté à l'escotc :

Retraire-le nous en convient; D'estudier trop luy souvient :

Point ne m'agrée.

LE PÈRE

Vous vous estes bien apenssée :

Geste parole tieng à sage.

Je li veul dire mon courage.

Cy parle à son filz. -

Fiacre, mon filz, sa, venez.

Icy devant moy vous tenez

Sanz contredire.

s. FIACRE.

A vostre volenté, chier sire, Feray de droit. J'i suis tenuz, Car c'est droiture.

, LE PÈRE

Mon chier enfant , de ta nature Te déusses porter jolis, Et avoir gent corps et polis, Et chevaulchier et faire joye.

Il semble , quant tu vas la voie , Que tu penssez trestout adez. J'amasse miex qu'au jeu des dez Ou auls tables te déportasses, Qu'en tel guise te desmenasses Ta guise mue.

s. FIACRE.

Mon chier seigneur , j'ay entendue

3o6 LA VIE

La parole de Jhésucrist.

Es Euvangiles est escrîpt.

Dieu le dit, n'en sui en esmoy, Qui véult venir droit après moy *'' Renier si fault sa plaisance Et prendre croix de pénitence Pour soy des péchiez aquiter.

Et s'ay souvent oy conter Qu'en doit pou prisier le solas , Dont en dit en la fin : « Hélas ! »

C'est vérité.

LE PÈRE

Biau filz , j'ay de toy grant pitié.

Marier te fault sanz doubtance* Sy mueras ta contenance.

Cy parle au chevalier

Entendez à moy, biau conpère , Au nom de Dieu notre douz Père, Devisiez-moy d'une pucelle Qui soit sy avenant et belle Que à Fiacre puisse plaire, Afin que le face retraire De la simple vie qu'il maine.

Elle me samble trop vilaine Et dissolue.

LE CHEVALIER

J'en say une de grant value, Gente de corps et de visage, Et sy est de noble lignage

DE SAINT FIACRE. 3o«7

Et de rente moult bien garnie ;

Elle sera moult esjoie

De Fiacre votre filz prendre.

CysWiïaW.

Je la voiz querre sanz attendre ; Je la voy là ou se repose.

Cy parle à la pucelle,

Ma suer , Dieu , cjut tout dispose,

Voué octrôitjoyê.

la. puceLlë.

Sire, Jhésucrîst vous pourvoie!

Dictes-moy quel be^soing vous maine ; Je ne vous viz mez des semaine

Prez de sa traire.

LE CHEVALIER

Vous le sarez sanz nul contraire :

Monseigneur veult qu'à ly vegniez t;

, ' r -le"

A celle fin que vos preigniez Fiacre son filfc à mâry .

Venez avec niioy sanz destry > Et sy ly faites bonne chière A celle fin qu'il vous ait chière :

Miex en vauldrez.

LA PUCELLE

G'iray quel part que vous vouldrez* / Car j'ay en vous bonne fiance.

Se le doulz Jhésus tant m'avance Que Fiacre me veulle prendre f Guerredon vous en vouldray rendre

3o8 LA. VIE

Bon et grant, et à bonne chiure.

Venez avec moy , chamberière :

C'est bon afaire.

LA CHAMBERIÈRE

Vostre volenté me doit plaire , Ma gracieuse da moi sel le.

Bonne me samble la nouvelle Qu'avez oie.

LE CHEVALIER

Alons-ent, ne demourons mie, Par ceste sente qui est plaine.

Cy parle le chevalier au père S. Fiaére.

Sire, cy endroit vous amaine La damoiselle que disoie.

En convenant la vous avoie , Vous le savez.

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