‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 124 sur 140 · LE BATELIER · texte numérisé non relu

LE BATELIER

Entrez em , cire débonnaire :

Bien et à point vous passeray (Pour l'amour de Dieu lç feray .

Au quel j'ay mise ma fiance), Au port par où en va en France ; Car je croy, se Diex me pourvoie, Que n'avez pas moult de monnoie.

Je croy que de bon lieu soiez.

Dieu nous a si bien avoiez . :• .

Que sommes à bon port venijz.

A li loer sommes tenuz , Car c'est raison.

s. FIACRE.

A Dieu, frère; bien est saison Que je voise vers Miaulx en Brtë. ' Aviz m'est, n'en mentiraV mië, Se l'évesque Pharon trouvoie Que par luy conseilliez seroie Bien et à point sanz deipource, Car il a bonne renommée

DE SAINT FIACRE. 3l5

Jusques à Romme.

S. PHARON.

Jà, voy venir .1. estrange homme; Il semble moult bien à sa chière Qu'il n'ait mie foleur chière.

Il pert bien qu'il est traveillié.

Il a jeune et veillié , Bien y apert à son viaire.

Je croy qu'il soit de bonne afaire; > .

Il vient vers nous la droite voie.

Diex doint que tielz nouvelles oie , Qui soient belles!

LE CHAPELAIN

Se Dieu plaist, il lez dira telles De quoy liez et jôieux seron :

Sus ses mos nous aviseron. " ' ' ' Avis m'est, à sa contenance , Qu'il est homme de pénitance :

Petit se prise.

s. FIACRE.

Un seigneur de dévoste guise Voylà ; il fault que m'y conseille ; Pour Dieu prier bien souvent veille. Je li vois dire mon courage.

Gy parle S. Fiacre à S. Pharon.

Sire, Diex vous gart de dommage Et vous doint sa volenté faire!

Recorder vous veul mon» ataire En vérité.

3l6 LA VIE

S. PHARON.

Dieu , qui est plain de charité , • Vous doint grâce de dire chose Qui soit bonne; car, je suppose, Soing n'avez de dire foleur; Car vous portez simple couleur Et agréable.

s. FIACRE.

Sire, sachiez, ce n'est pas fable , Je viens d'oustre la mer salée.

Touz mez parens et ma contrée Ày lessié pour la Dieu amour; Sy m'en suis venu sanz démour.

Bien say, se demouré y fusse, A servir Dieu lessié eusse Et ce fust pour may grant folie.

Ou non de la Vierge Marie Ay renoncié de bon mémoire A toute chose transitoire.

Sy vous pry qu'il vous veulle plaire Qu'en aucun lieu solitaire Soie mis ou face demeure; Car j'ay désir que je labeure En servant Dieu toute ma vie.

Car, voir, n'ai talent ne envie Dez biens du monde.

s. PHARON.

Amis, Dieu en tout bien abonde. En ce bou propos te maintiegne !

Je ne veul pas que à moy tiegne.

Suis-moy , je te menray en l'eure En .1. lieu ou feras demeure , Qui n'est mie hanté de gens.

Regarde cy ; lieu y a gent.

La terre t'est toute donnée Que fourras en une jornée Pour maison faire.

s. FIACRE.

Dieu qui toute chose peut faire, Chier sire, le vous veulle rendre !

Au lieu faire vouldray entendre De bonne guise.

s. PHARON.

Restourner me fauit à l'église, Mon chier amy; pour moi priez Souvent, ne vous en détriez ; Venez à Miaulx pour moy véoir.

Jà ne vous puist-il meschéoir Pour chose née !

LE CHAPELAIN

Alons-nous-ent sanz démo urée, Mon chier seigneur, par ceste voie* Se jeune homme, que Dieu pourvoie, A bon courage sanz faintise.

Nous serons tantost à l'église Qui est faite d'euvre moult chière.

Séez-vous en ceste chaère, Se il vous hete.

s. PHARON.

Vostre volenté sera faite ,

3l8 LA. VIE

Car elle n'est pas dissolue.

Sy m'asseray sans a tendue Pour repos prendre.

S. FIACRE

Il me fault fouir sanz atendre

De ceste besche qu'ay trouvée.

Tel euvre n'ay pas à user,

Mais il convient que je la preigne.

Dieu me doint faire tel ouvraingne

Qui li soit agréable et bonne ;

Je croy que Dieu, qui tout bien donne,

Fait vertu pour moy, c'est sans doubte ;

Car en lieu ma besche ne boute

Que la terre ne se remue

Tout partout, G'est chose séue.

A .m. bescheez seulement

Ay fouy de terre granment

A poy de paine.

LA VIEILLE HONDER.

Sire, ce soit en pute estraine Que vous ay cy amené ; Il fault que votre démené Sache Tévesque sanz atendre.

Toute sa terre voulez prendre.

On puet véoir à votre guise Qu'estez plain de grant convoitise; Mais je feray tant vraiement Que ne fourrez pas longuement:

Je le vois querre.

DE SAINT FIACRE. 3l9

S. FIACRE

Je ne convoite pas la terre , Famé ; dictez quanque verrez , Car jà nuire ne me pourrez } ,

Se Dieu l'octroie. <

HONDER.

A Miaulx m'en vois par ceste voie; A Pévesque le fait diray.

Jà de riens ne l'en mantiray.

Cy parle à Pévesque et dit :

Sire, je suis à vous venue,

Car par guise trop dissolue

Feutse l'omme qu'avez lessie.

Il destruit tout votre plessie.

Sy feut longues, ainssy £anz double

Votre terre vous tendra toute.

Venez-y et sy le véez,

Chier sire , se ne m'eii créez ;

Trop sui dolente. l '

S. PHARON.

Véoir le vois: il m'atalente.

Sy verray comment se déporte.

Jhésucrist qui lez siens conforte Me veulle garder de méfFaire !

N'aresteray pour nul contraire Tant que voie la magniére.

Cy parle à S. Fiacre.

Par Dieu qui nous donne lumière, Fiacre , vous fectes merveilles ;

3aa LA VIE

Je ne vy oncqoes lez pareilles.

Vitas estes de digne matère, Car vous fectes, c'est chose dére, Ce que homme ne pourrait faire.

Tout votre plaisir me doit plaire Entièrement.

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