LA MÈRE DIEU
Mon chier Filz, se sera domage Sy se part de vostre service ; Quar bien vous sert sanz faire vice , Pour l'amour de vous het le monde , Car bien voit qui n'i a riens monde.
Ottroiez-ly conseil sy ferme Que il puist s'y user l'erme De sa vie qui est mortele.
Qu'il ait des ciex la joie belle Qui tout temps dure.
DIEU
Bien m'y octroie, c'est droiture.
Gabriel , fay sy; li va dire
Qu'il passe mer sanz contredire
Et délaisse sa cognoissance,
Et face tant qu'il viegne en France ;
x DE SAINT FIACRE. * 3l3
Et tel conseil y trouvera Par lequel il se sauvera Légièrement.
GABRIEL
Je l'y vois dire vraiement Ens en l'eure. Quant vous agrée , De vous desdire n'ay pensséc :
Foleur feroie.
s. FIACRE.
Gloriex Dieu, bien dormiroie :
Ycy en droit me coucheray.
.1. petit me reposeray S'a Dieu agrée.
GABRIEL
Dire me convient ma pensée A Fiacre qui se répose.
Cy parle Fange à S. Fiacre quant il sera couchié.
Mon amy, Dieu qui tout dispose Veult que lesses ceste contrée Et que passes la mer salée ;.
Car se cy endroit demouroies Pas sy bien ne te sauverçies, N'en doubt pas, c'est chose voire.
De paradis en la grant gloire Des cieulx revois.
S. FIACRE
J'av oie moult doulce voix :
Bien croy que du ciel est venue :
Il dit que deçy me remue.
3i4 V ' -LA VIE
Quant à Dieu plais* ne fineray Devant que à b mer seray.
Vers le batelier me feult traire.
Gy voist ati batelier et die :
Amis, Dieu vous gart de contraire.
Sy vous plaist vous me passerez De ci , et bien paie serez Sanz estrif faire.