‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 3 sur 140 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

quelles que soient les modifications qu'il ait subies, l'élément dramatique n'a jamais cessé d'exister ; il n'y a jamais pu avoir solution de continuité complète dans la marche de l'intelligence humaine, etc. (i).»

La vérité de cette opinion, que le peu d'espace ac-

(1) Les frères Parfait, qui attribuent [Histoire du Théâtre français, vol. 1, p. 52) l'introduction des mystères, chez nous, « aux pèlerins qui, revenant de la Terre -Sainte et autres lieux de piété , composaient des cantiques sur leurs voyages, et y mêlaient le récit de la vie et de la mort du fils de Dieu , » ajoutent cependant ce qui suit : «Quoique ce soit ici la véritable origine de ces spectacles pieux , on ne laissait pourtant pas d'en avoir quelqu'idée bien avant le règne de Charles VI. En voici la preuve tirée du livre II de Y Histoire de la ville de Paris , p. 525 : « En Tannée 1515 , le roi Philippe-le-Bel donna dans Paris une fête « des plus somptueuses que l'on eût vue depuis long-temps en « France. Le roi d'Angleterre Edouard H, qu'il y avait invité, passa « la mer exprès avec la reine sa femme , Isabeau de France , et un « grand cortège de noblesse. Tout y brilla par la magnificence des « habits , la variété des divertissemens et la somptuosité des festins. « Pendant huit jours entiers les seigneurs et les princes changeaient « jusqu'à trois fois d'habits dans un seul jour; et le peuple de son côté « représentait divers spectacles , tantôt la gloire des bienheureux et « tantôt la peine des damnés; et puis diverses sortes d'animaux, et « ce dernier spectacle fut appelé la procession du renard.»

Godefroy de Paris , rimeur contemporain , nous a conservé dans sa chronique , imprimée par M. Bu chou , le détail en vers de cette solennité. L'abbé Velly, dans son Histoire de France, t. vu, p. 477, édit. in-12 , a traduit le récit de Godefroy en langage du quinzième siècle ; et M. Monmerqué, dans les observations préliminaires de son excellente édition du Jeu de Robin et Marion, faite pour la Société des bibliophiles , a donné le texte même du poète chroniqueur ; je l'ai également reproduit dans mes notes du Jeu de Pierre de la Brosse, et M. Chabaille en a parlé dans son avant-propos du Mystère de saint Cre'pin. (Paris , Sylvestre , 1856.)

PRÉFACE. * Vil

cordé à ma publication m'empêcha de développer , a été très-bien démontrée , k partir de l'ère chrétienne jusqu'au dix-septième siècle , dans une série de leçons professées à la Sorbonne, en 1 834 et 1 835, par l'un des plus ér,udits archéologues de ce temps , M. Charles M agnin , à la science et à l'amitié duquel je me plais à rendre hommage (i).

Je n'y reviendrai donc pas, laissant au savant et spécial historien du théâtre moderne en Europe , le soin de prouver la justesse de mon assertion , qui est aussi la sienne. Je dirai seulement avec lui que les représentations théâtrales se rattachent immédiatement pour nous , par une chaîne non interrompue , à ta civilisation romaine. Dès le premier siècle de l'ère chrétienne , nous voyons en effet paraître dans l'Église les Agapes i qui plus tard se convertiront en fêtes hiératiques, et produiront les fêtes des fous et autres célébrations bouffonnes. L'époque qui suit nous offrirait, d'Ezéchiel le tragique , un drame qui est en même temps une espèce de chronique sans bornes de temps ni de lieu ( la vie de Moïse) , et le Christ souffrant de saint Jean-Chrysostôme, composition plus érudite. Postérieurement nous trouverons le QueroluSy sorte de mysanthrope taillé sur le patron de VAululaire de Térence , et le Ludus septem sar

(1) Ces leçons, revues avec soin par M. Magnin, vont être trèsprochainement publiées : elles formeront quatre volumes in-8°, fruit de quinze années de recherches et de travaux, que nous croyons detti nés à modifier beaucoup d'idées reçues relativement à l'histoire théâtrale.

Page 1