‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 30 sur 140 · XLII PREFACE · texte numérisé non relu

XLII PREFACE

Quant au purgatoire, voici ce que nous en a transmis le mystère de la résurrection : « Notez que le limbe doit estre.*.. eu une habitation en la fasson d'une grosse tour quarrée, environnée de retz et de filetz ou d'autre chose clère, afin que parmi les assistans on puisse voir les âmes qui y seront; et derrière la dicte tour, en ung entretien, doit avoir plusieurs gens crians et gullans horriblement tous à une voix ensemble , et l'ung d'eux qui aura bonne voix et grosse parlera pour lui et les austres âmes dampnées de sa compaignie. » Quelquefois les diverses localités dont nous venons de parler, ainsi que toutes celles dont on pouvait avoir besoin , étaient désignées pardesécriteaux sur lesquels leurs noms étaient placés.

Il est probable que les Confrères de la Passion ne donnaient pas leurs représentations tous les jours, mais seulement les jours de fête. Comme leur théâtre était terme , peu leur importait le temps et la saison ; mais dans les villes de province , comme la scène avait lieu en plein vent , on n'exécutait les Mystères que durant l'été. La représentation d'un Mystère était toujours précédée d'un cry, qui avait lieu en grande pompe, dans le but d'annoncer et de trouver des acteurs de bonne volonté ; car, dans ces représentations où la moitié d'une ville amusait l'autre, tout se faisait gratuitement, et pour la plus grande gloire de Dieu.

Les fonctions des acteurs n'étaient quelquefois pas sans danger. Comme dans les mystères Dieu ou le diabje interviennent à chaque instant, il fallait fréquemment , selon le rôle qu'on jouait , être précipite

PREFACE. XLIU

en enfer ou enlevé au ciel. Or, l'art du machiniste n'était point poussé à un si haut point que ces différentes évolutions n'entraînassent avec elles quelque péril. C'est ainsi que la chronique de Metz rapporte que le curé de Saint-Victor de cette ville faillit périr en croix , dans un mystère de la Passion , où il représentait Jésus-Christ, et que l'acteur qui représentait Judas s'étrangla presque en se pendant.

Les mystères duraient souvent plusieurs jours, et étaient, à cause de cela, divisés en journées. Ils commençaient souvent par une symphonie, et finissaient presque toujours par un Te Deum ou un rondel. Quelquefois il y avait un épilogue , dans lequel on annonçait la représentation du lendemain. Les Mystères, en province, avaient lieu très-probablement aux frais de la Confrérie qui les montait, moins le produit des quêtes, qu'on ne manquait pas de faire pour les couvrir. Quelquefois aussi on payait à l'entrée , et il est probable qu'à Paris cela avait toujours lieu.

Du reste , nous trouvons parmi les acteurs des Mystères des gens de condition relevée et des artisans , des laïcs et des séculiers. La pièce suivante, qui se trouve dans le manuscrit de la bibliothèque du roi, n° 5i , fonds de Lavallière, et qui n'a jamais été publiée, confirmera la plupart des assertions précédentes :

A la louenge, gloire, honneur et exaltacionde Dieu, de la vierge Marie et du très-glorieux patron de ceste Ville de Seure (1), Mon-

(\) Ancienne ville de la province de Bourgogne , célèbre par ses

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