XL PRÉFACE
plastiques et sérieux sont passés pour le théâtre , et qu'une nouvelle ère va poindre. En effet/ l'âpre et satirique époque de Luther et de M éianchton approche. La réforme, -ayant d'attaquer le dogme religieux et de le miner dans sa base, jette sa licence d'expression et de pensée dans les arts et dans les moeurs : la sculpture moqueuse de ce temps sème de caricatures les belles boiseries en chêne de nos cathédrales (i); la peinture devient railleuse ; le théâtre au lieu de continuer à être une chronique, devient une satire , sinon personnelle, du moins générale ; bref, Rabelais et la satire Ménippée , ces Nuées de la ligue , percent déjà. Parvenus à ce point où l'art dramatique, quittant les sentiers qu'il avait suivis jusqu'alors , va se régulariser désormais, et se prendre, avec la renaissance, à l'imitation delà forme antique, jetons un dernier coup-d'œil, non point sur la valeur des monumens laissés par lui, et qui, appartenant à un autre ordre social queJe nôtre, à une période artistique non encore perfectionnée, à des croyances et à des idées tout-à-fait opposées aux idées et aux croyances actuelles, seraient peut-être d'une appréciation plus difficile qu'on rie le pense , mais simplement sur la disposition matérielle et théâtrale^ D'abord, avant l'établissement des théâtres fer-
(1) Le chœur de l'église St.-Sernin de Toulouse , par exemple, contient sculpté sur une des magnifiques stalles qui le décorent, un gros porc , recouvert d'une robe de moine, et qui prêche en rase campagne. Au-dessous est écrit en gothique : « Calvin -le-Porc prèschant. 9 Ceci pourrait passer pour une réponse à cette fameuse épigramme de Luther, qui s'en allait crayonnant avec un charbon sur les murailles de Worms : Le pape est un âne, le pape est un âne.
PRÉFACE. XLl
mes, de quoi était composée ta scène? La plupart du temps, elle se formait de vastes échafauds, dressés au milieu d'une place publique, ou d'une colline qui s'élevait à l'extrémité d'une plaine. Quelquefois la chose se présentait d'une façon encore plus pittoresque. Lassay^/^o/rerfw^cr^nousapprendqu'àBotkrges, par exemple, en i436, on fit, pour représenter le Mystère des Actes des Apôtres , sur le circuit de l'an* cien amphithéâtre ou fossé des vieilles arènes romaines, « un amphithéâtre à deux étages, surpassant la sommité des degrés , couvert et voilé par-dessus , pour garder les spectateurs de l'intempérie et ardeur du soleil. » Quant à la disposition de la scène, comme il a?y avait pas de changemens à vue , on divisait ce théâtre en étages, dont chacun représentait une ville, une province, étc ; et ces établies , en se subdivisant, représentaient à leur tour diverses localités. L'ensemble de la scène se nommait VEschafault^ le, Jeu ou le Parloir. On plaçait au sommet le paradis, au bas l'enfer, au milieu le purgatoire , et pour simuler la colère ou la joie divine, on avait soin de poser dans le paradis une orgue , qui servait en même temps à accompagner le chœur des anges. Au bas des échafauds , et non sur le théâtre, on voyait s'ouvrir et se refermer successivement la gueule d'un dragon , qui donnait entrée aux diables sur la scène ou les recevait à leur sortie. Cela figurait l'infernal abîme. A la rigueur, on eût pu s'y tromper et prendre ce lieu pour un arsenal , car on y trouvait des coulevrines, des arbalètes et même des canons, pour fairenoise et tempeste.