PRÉFACE. XLV
plus ne povoient, véant le temps pour ce faire passer, conclurent et délibérèrent les dessusditz qu'ils joueroient le dymanche prochain après la foire de Sur, dont chacun fit ses préparatifs. Touteffoi» de ! recbief pour aulcunes malles nouvelles de guerre courans en kelle ' foire ne fût possible de jouer le dit jour; et la sepmaine ensuivant . se commancèrent vendanges de tous costez, pourquoy force fut d'ac- [ tendre qu'elles fussent faictes, aultrement il y eust heu peu de gens. ! Après toutes ces choses pour parfaire le dit mistère ne fut le bon plaisir desditz joueurs perdu ; mais s'assemblèrent lesdits maistres gouverneurs et joueurs en ladite église, et conclurent entièrement qu'ilz feroient leurs monstres le mardi .ini e jour dumoys d'octobre, et joueroient le dymanche ensuivant, jour de saint Denys. La quelle conclusion ainsi prise , lesdits joueurs firent leur deb voir de quérir acoustrement et habillemens honnestes. Mon dit sieur le maire eust la charge de faire achever les eschaffaulx qu'il avoit fait encommencer àdrecer dès devant la dite foire de Sur, le quel y pririt une merveilleuse sollicitude et grand deligence. Le maistre des secretz nommé maistre Germain Jacquet, fut envoyé quérir à Ostun, et luy venu par le devant dit Pierre Goillot , receveur des denyers dudit mistère, luy fut délivré toutes choses a luy nécessaires pour •rare les ydolles , secretz et autres choses. Quand ledit jour pour faire les monstres fût venu, on fit crier à son de trompeté que tontes gens ayans parsonnages du dit mistère s'assemblassent à l'enre de mydi en Lombardie (1) chacun aeoustré selon son parsonnage. Après lequel cry fait se rendirent les ditz joueurs au dit lieu, et furent mys en ordre Tan après l'autre, monstre, aeoustré, arme et appoincté si très-bien, qu'il estoit impossible de mieulx. Et est assavoir qu'ilz estoient si grand train 'que quant Dieu et ses anges sortirent du dit lieu chevaulchant après les autres, les déables estoient desjà oultre la tour de la prison , près la porte du chevaut blanc, prenant leur tour par devers chelz Perrenet de Pontoux. au long du marché aux chevaulx, devant à la maison Monsieur le Marquis par auprès des murailles, et de là tout le long de la gran; rue jusques au lieu que dit est, et n'y avoit de distance de cheval à aultre deux pielz et demy, et se montoyent bien à environ nfuf vingts chevaulx. La ditte monstre faicte, chacun pensa de soy et fu-
(1) Cette expression désigne probablement une espèce de haLe ou de quartier de marché dans lequel se tenaient les marchands lombards, qui alors occupaient , dans le commerce des vieux vêtemens , le rôle des Juifs aujourd'hui.