XL VI PREFACE
rent baillées les loges le venrendi ensuivant aux joueurs pour les fournir de tapisserie et celles des villes prochaynes de Seurrc. Pourquoy le samedi tout le monde par le beau temps qu'il faisoit mist payne d'acoustrer les ditz escbaffaulx. La quelle chose faicte n'estoit en mémoire d'omme d'avoir jamais veu plus beaux eschaffaulx mieulx compassez , acoustrez en tapisserie ne mieulx proporcionnez qu 7 ilz estoient. Le lendemain qui fut dyinanche matin quant on cuyda aller jouer, la pluye vint si habondamment qu'il ne fut possible de rien faire; et dura sans cesser depuis trois heures du matin jusques à trois heures le disgner, sans faillir, qui fut chose fort griesve aux joueurs et aux autres. Et de fait , ceux qui estoient venus des villes circunvoisines se délibérèrent d'eulx en aller, quant ils virent le dit temps ainsi changé. Cecy venu à la cognoissance de mondit sieur le maire et autres, fut conclud quant on vit venir le beau temps, qu'on yroit jouer une farce sur le parc pour les contenter et aprester. Pourquoi la trompecte fit le cry que tous joueurs se rendissent incontinant habillez de leurs habitz, en la maison Monsieur le Marquis, et tous les aultres allassent sur les eschaffaulx.
Le dit cry fait d'une part et d'aultre, chacun fit son debvoir. Lors on mist les joueurs en ordre, et yssirent de chelz mondit sieur le marquis lesungs après les aultres, si honnorablement que quant ils furent sur le parc, tout le monde en fut fort esbahy ; ils firent leur tour comme il appartient, et se retira chacun en sa loge, et ne demeura sur ce dit parc que les personnages de la Fat ce du Munyier y ci devant écripte. Laquelle fut si bien jouée que chacun s'en contentit entièrement et ne fut fait aultre chose pour celuy jour. Au partir du dit parc, tous les dits joueurs se myrent en arroy chacun selon son ordre, et à sons de trompetes, clerons, ménestriers, haulx et bas instrumens, s'en vindrent en la dicte église Monsieursainct Martin devant notre Dame, chanter un salut moult dévostement, affin que le beau temps vint pour exécuter leur bonne et dévoste entencion,et l'entrej>rise du dit mystère. Laquelle chose Dieu leur octroya ; carie lendemain qui fut lundi, le beau temps se mist dessus, dont commandement fut fait à son de trompeté par mes dessusdits sieurs les maire er» esche vins du dit Seurre, que tout le monde cloyst bon, et que nul ne, fust si osé ne hardy de faire euvre mocquamque en la dite ville, l'espace de troys jours ensuivant, es quels on debvoit jouer le mistère
(ij La Farce du Meunier, ainsi que la Moralité de V aveugle et du boît)eux> se trouvent en effet dans le manuscrit que des ratures assez nombreuses portent à regarder comme autographe.