CY COMMENCE
LE MARTIRE S. ESTIENE.
S. Pierre die à S. Estiene,
Doulces gens, un pou de silence!
Vous qui cy estes en présence
Savez comment nostre Seigneur
De tous les plus grans le greîgneur (i)
Nous a esleus et envoiez
Pour avoier les desvoiez ,
Pour prescher la foy catholique
Et par escripture ententique
La prouver et par vrais miracles,
En garissant démoniacles
Et quelconque autre maladie,
Et en rendant aus mors la vie.
Par nostre labeur et estude
Croist chascun jour la multitude
(1) Grandior , et dans ce cas- ci maximus.
U» LE M*ItTYB£ M S. ÉTIE9HE.
Des eroians; meiev nostre sire, Sy avens fait au pueple eslire vu. diacres pour nous aidier.
Gy parle à S. Estiene.
Ësticne vous estes premier.
Par divine ordinacion Nous approuvons l'élection :
Sy voulons que soies de nous Béncis; alez à genous Dieu le veult, frère, obéissez.
s. ESTIENE.
Saint père dont me bénéissez.
Lors voise S. Estiene à genous, et S. Père li mete la main sus la
teste en disant :
Le Saint Esperit vueille descendre En ton âme , par quoy entendre Puisses à faire ton office Saintement , sans mal et sans vice!
In Nomine Patris, et Filii^ et Spiritus sancti.
S. ESTIENE.
Amen! — Dieu doint qu'ii soit ainssy Lors se lieve et voise au Juifz en disant z
Doulz Jhesucrist puis qu'ainssy est Qu'à vous , Sire, et au pueple il plaist Que je soye .i* de vos diacres, A vous rens loenges et grâces En vous suppliant humblement
LE MARTYRE DE S. ÉTIlNNt.
Que ne me lessîez nuleroent Cheoir en péchié n'en négligence; Mais yueilliez qu'à grant diligence Face m 'office sans erreur À nostre bien, à vostre honneur.
Lors die ans Pharisiens.
Seigneurs , salut en Jhésucrist' Qui le monde forma et fist Comme vray Dieu et filz de Dieu , Qui par vous en ce présent lieu Mourut selonc l'umanité Que prinse avoit par charité En la doulce vierge Marie, Puis revint-il de mort à vie, Et au tiers jour resuscita, Et hors d'enfer les siens geta.
Après monta voians nos yeulz Au quarentisme jour au cteuls, - Et en tel forme proprement S'en va au jour du jugement Rendre à chascun juste loier!
an nas, évesque.
Tes toy, c'on te puisse noier!
Ce sont trestoutes tromperies Et erreurs et forsseneries.
Dy moy, où treuve tu que Dieu Puisse estre comprins en .1. lieu ?
Comment pourras tu soustenir
l'A LE MARTYRE DE S.
Que Dieu peu&t homme devenir ?
Et se hom fut, par quel manière (i) Le peut enfanter vierge entière Sans avoir d'omme compaignie?
s. ESTIENE.
Sire , le prophète Ysaye Hespont de plain sans fiction A vostre triple question.
Ysayk (vu° capitulo) : EcctVirgo concipiet et parie t Filium % et vocabitur nomen ejus Emmanuel.
Ycy povez veoir elèrement
Qu'il dit qu'il sera vrayement
Une vierge qui concevra
i. filz et vierge enfantera
Qui sera vray Dieu et vrai home.
ANNAS
Qui me tient que je ne t'assomme, Meschant trubert, coquin moquart?
Or me respon à ce broquart !
Dy, ne fu pas Joseph le père A ton Dieu Jhésus, et sa mère Marie la Rousse nommée?
s. ESTIENE.
Vous portez langue envenimée, Et l'anemy (2) sy vous estraint
(i) J'ai rectifié ce vers , qui est ainsi au manuscrit :
Mit se homme fu par quelque manière.
{%) te dèmou, expression très commune dans les treizième et qua turatymo tiède».
Que vraye foy en vous estaint.
Marie saintement conceut . .
N'oncques homme ne la cogneut, Car le St.-Esperit la ombra Qui du pur sang d'elle fourma i. corps précieux, digne et tendre Que ly filz Dieu voult en aoy prendre Avenues l'âme précieuse.
Sy fu par euvre merveillieuse^ Et Dieu et homme une personne; Sy fut sers cil qui tout bien donne Et qui partout a seigneurie.
Sy fut mortel qui donne vie , Sy fut contenu qui contient Et soustenu qui tout sou s tient Et qui sans temps est temporel.
CAÏPHAS.
Mengier te puist chevau morel!
Où as tu ce sy bourbeté?
C'est .1. cas de nouvel leté:
Oncques mais n'oy tel merveille.
s. ESTIENE.
Voir c'est merveille sans pareille, Merveille trestoute nouvelle À merveilles et bonne et belle.
En Jérémie la quérez Et tantost vous l'y trouverez.
Jérémie (xxxi° uno capitulo) : Creavit Dominus hominem super jfe terrant. — Mulier circondabit virum. (sic)
..... . .-.a», rit >. ETIEBBB.
■- -*ït lS.
*.as aviron: ^ï> nous enchanter v - w^cv \ ierge enfanter .a \aiue logique . ; , .«uu'iit sophistique, . v- ,ns île nostre lovT
*. KSTIE3B.
. . .uvuve sans Jélav.
.x wt .1. buisson lkl ;\ujbo sans nulle arsrare :
o> nous regéisson ■ i.ii 10 out iilz sans létiure.
. , : ;o Vai'on sans contineure s . v , ibîlly, et fruit porta :
\ . ■ c vierge sans eutameure . ^-ul, porta et enfonça; ,:.oi comme Dieu l'ouruia \ .i:m ,Io terre nete ec pure , \ . .\ quand il nous reiburaia 1.1: i oipa» humain sans :iuile oruure.
VLK.VOiDKR.
'1 v.^arJo/. comme il applique
1 u..u>ul à sa tby catholique^
V ' :nv>ii point par uvsputer;
>;.r » .il \ a qui imputer
? \ Mu-illc aucun cnmo ou jiaiarde
» v\* .0^ .mis ot plu» 10 .arue
Kt »u»ii;i orrons qu'il vourra iiie
LE MARTYRE DE S. ETIENNE. l£
J'ay trop de cas contre ly, sire ;
Il a dit, c'est chose notoire,
De Moyse et Dieu de gloire
Injures granz et vilenies T*
Et ranpoanes et flafemies (i) ^
Qui est chose laide et horrible; #
Et vous savez selonc la Bible
Que tout homme qui est blafiféme . *
Doit morir de mort dure et pesme :
Par quoy il est digne de mort.
ÂNNÀS.
Vecy . i. point qui bien te mort :
Respon tost sans faire lonc songe.
s. ESTIENE.
Tout quant qu'il a dit est mensonge :
De Dieu n'ay dit nulle blaflarde.
C'est cil qni tout fist et tout garde,
Dieu de gloire .1. en tri ni té |k
Et triple en une déité ,
Qui aparut à noz sains pères
En leur révélant ses mistères.
Moyses fut son saint prophète
Qui sa gent qui estoit subjecte
Au roy d'Egipte délivra : *
Diex une verge li livra
Dont la rouge mer fist cesser
Et le pueple à piécec passer.
Par le désert les conduisoit ,
(i) Sic; prob.' -riematit pour blafemies.
l6 LE MAETYRE DE S. ÉTIBîmE.
Riens fors péchié ne leur nuisoit.
Dieu tout puissant, Àdooay, En la montaigne Synay Les commandemèns de la loy Ly bailla escriptz de son doy, Et moult de signes par Moyse Fist Dieu, coiqme l'escript devise, De quoy je me tés à présent. .
Sy puet veoir qui vérité sent Que je n'ay. dit ne ne diz mie De Dieu ne des siens vilenie, Ne de chose qu'ait ordenée.
LB SECOND TBSMOING.
Certes sy fais, hergne pelée 1.
Faulz apostat, y tel es tu; Sire, ce maleureus testu A dit que Jhésus son beau Dieu Nostre temple, nostre saint lieu, ' Nos sacrefices destruiroit ; De la loy Moyse osteroit Tous les poins cérimoniauls.
CAÏPHAS.
Par foy ce sont cas criminauls Et par raison doit mal fenir Qui telz erreurs veult soustenir :
C'est droite diablie, c'est rage.
ANNAS
Or, avant Dammasque. le sage!
Cy ne sarez vous que remordre?
Responnez à ces poins par ordre
LB MARTYRE DE S. ÈTIENttE. # 17
Et nous donnez responsc hotmeste. * ,
S # ESTIENE. * •■ U
Gens félons, gens de dure teste,
Gens de dur cuer et obstiné , '
Tous jors avez vous mastiné
Lea saintes gens tet contredit '" *
Et résisté au Saint Espérât*
Refusé avez benéisson ,
Sy venra sus vous maleiçon :
Vous mesmes vous y commandastes
Quant Jhésus à mort condampnâstes (i)
Dont le péchié sus vous prensistes
Et vous et vos enfans maudistes.
Il mourut,' mais vueilliez ou non,
Il vit ; sy respons en son nom
Que faussement vous m'acusez
Et de mes dis trop mésusez.
Dieu fist, pas ne dis le contraire,
E t temple et tabernacle faire ; *
Mais le temple et le tabernacle.
Figure furent et synacle
Que de Jhésu l'umanité
Fut temple de la déité ,
Le quel temple vous destruisistes
Quant mauvaisementl'occisistes; 4
Mais Dieu qui dedens habita
(1) Yoici le vers tel qu'il est au M st. :
Quant Jhésucrist à mort y condampnâstes.
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Au tiers jour le resuscita.
Sy fut le temple lot* refait .
Qu'aviez rœioemcm défiait.
De la loy dont taittes querelle Je dy qu'ette fa bonne et belle; Mais moût y a cérimtaies 1 ^
Qui sont ou teirçps présent Génies.
^ De uostre lôy furent figure Et par toute rostre escripttire Est la loy Jhésucrist trouvée Des teins prophètes approuva De Meyse et de Daniel , .' De David et d'Éaécfairi, D'Abacnc, d'Ames, d'Isaye , De Baruc et de Jérémie, Et dé moult d'autres à foison , Es quels en plusieurs liex lison é Le mistère de nostre loy
ALEXANDEB.
Il yst hors do sens; liex l'oy.
Faulx renoiez , faulx apostat > +
Nous te mestrons en tel estât Que ly diables t'enporteront.
s. SSTYENE.
Non feront, tirant, mon feront , Mais ainçois les anges des cielx , Car je #oy jà, loé soit Diex , Le ciel ouvett à veue elère Et à la destre Dieu le père Jhésucrist le sauteur du monde.
L* MARTÏRf Ml &. ipSlflH&i « Iff
annas, en gregnantlçt de» et en estoupant ses oreilles. *J
Ahay, glouteo^E)iaatecmifoii8e! >. * • s ♦»
Seignetfrs, estoupez vos oreilles.
Ce forftault dit fines merveilles. :
* Levez sus, Juife, levez sàs,.
Liez y ferez, frapez dessus*.
Froissez la teste et • la oértde , v
Rompez les os et la bottele.
Hors de la ville à grosses pierres
* Me lapidez ce sanglant lierres II nous *fult pervertir très tous,