‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 53 sur 140 · S. FOI · texte numérisé non relu

S. FOI

L'avez-vous ou «ongy ou leu ?

S. DENIS

Sire, oyez comment je Pay sceu .

Quant fu en Egipte à l'escole, En la cité Eliopole, Le soleil environ midy Éclipsa à .i. vendredy.

Quatorzième estoit lors la lune :

Sy ne povoit par voye nulle Oster du soleil la lumière.

L'éçlipse fut toute plénière ; Environ .ni. heures dura :

Nature se desnatura.

Sy conclusysmes par acort Que le Dieu de nature , à tort , Souffrait mortele passion.

Sy en eurent compassion Les ellemens trestous ensemble.

s. POL.

Maistre Denis, que vous en semble?

Est-ce homme, ou espérit, ou quoy?

s. DENIS.

Sire Pol , je tien ferme et croy Qu'il est et vrais hons et vrais Diex; Mais sa demeure est sus les cielx.

Il n'a mestier de biens mondains Ne de sacrefices humains ; Ne requiert que dévocions Et humbles suppticacions.

Le monde renouvelera, Partout en tout temps régnera ;

Mais de sa sagece.et puissance N'a pas fait encor démonstrance ; Or ne scay-je voir qui l'enpesche.

s. POL.

Maistre , c'est le Dieu que je presche , Le créateur de tout le monde Qui de une Vierge pure et monde, Comme soleil parmy voirriére Passe et adès demeure entière ,.

Nasquit sans peine en Bethléem) Puis mourut lez Jhérusalem.

S'âme descendit en enfer Pour les siens d'illecques oster, Et au tiers jour son corps reprint Et de mort à vie revint.

A ses desciples se monstra , Portes closes à eulz entra, Puis sy monta voians leurs yeulz Sur toute créature es cieuls, Et leur dist que ainssy revenroit Quant le monde jugier venrroit. Puis le Saint-Esperit leur tramist En langues de feu qui les fist Preus et hardis et fors et sages, Et bien parlans en tous langages.

Ceste loy preschons et disons, Et ceulz qui croient baptisons ; Car par nulle voye autrement Ne puent nul avoir sauvement.

Par Socrates et par Platon ,

5o la Conversion de s. dénis.

Par Sébille, Ovide et Varron, Par philosophes, par prophètes Et par plùseurs de vos poètes Trouverez ces choses éscriptes.

s. DENIS.

Sire Pol ? gardez que vous diles.

Par voz dis nature divine Ne commence ne ne termine :

Diex est inpassible , inmortel.

Pour quoy et comment fut or tel Qu'il nasquit j souffrit, termina, Qui commencement ne fin n'a?

Je ne le puis veoir bonnement.

s. POL.

Maistre, quant au commencement

Le créateur créa les anges .

Aus quelz donna volentez franches

En leur estre espirituel

Sans avoir corps pesant , charnel ,

Ne anemy ne enconbrier

Qui les enclinast à péchier,

Pour ce, quant contre Dieu péchèrent ,

A tousjours mais ilz trébuchèrent ;

Mais afin que tout fust parfait

Le nombre que Diex avoit fait,

Nostre Seigneur fist homme et famé

Qui franche volenté à Pâme

Donna afin qu'il peusteslire

Le bon chemin, lessier le pire.

Sy avint qu'ilz furent temptez :

LA CONVERSION DE S. DENFS. 5l

Lors de leur propres volentez

Le commandement Dieu enfraindrent

Et grâce et bien en eulz estaindrent,

Et par eulz toute leur lignée

Fut à mort d'enfer obligée,

Non pas irréparablement;

Mais homme de soy nullement

Satefier sy n'en povoit

Et nul autre ne le devoit.

Doncques failloit-il qui y eust

Et qui le peust et qui le deust;

Et pour ce Dieu par sa pitié

Nous monstra si grant amistié

Qu'il voulut homme devenir

Et nos misères soustenir ,

Pour satefier par droiture

De la sus dicte forfaiture,

Par droiture voire voluntaire ,

Car autrement l'eust peu bien faire,

Mais manière plus convenable ,

Plus chéritable et resonnable

Ne saroit nulz ymaginer.

s. DENIS.

Il me fault par force encliner

A sy exellente raison.

Je voiz .1. tour en ma maison :

Sy pensseray à ces articles;

Priez Dieu q'un de ses desciples

Il me face par sa bonté

Se vous m'avez dit et conté

5^ Là CONVERSION DE S. DENIS.

La vérité pure sans ËJace.

Lors toise an loges a famé ci le second philosophe aveeqnes loy.

S. FOL

Maistre Denis, Dieu par sa grâce Vous doint choisir le droit sentier Et bon propos sain et entier, Sv vravement comme le voir Je vous ay dit sans décevoir.

l'aveugle.

Au povre homme qui ne voit goûte Faictes bien, pour Dieu ? car sans doubte Il est trop povres qui ne voit.

Las! se .c soubs on tv-devok S\ hr porroit-en baillier bbns Eu lieu de moutons ou de firansw Pour Dieu, doonewnoy cuisse ou elle.

Yecv bien dure kirtele :

Je cn>y que les benne» gens donnent Ou que tes oreilles leur cornent,.

Car vie moi ne tiennent-il conte!

Trut! trutt povte koennae tT* que heote, IMUle wesdtauice et motse cfciere :

CVet sa droite reate fcnsstere^ Toute» heures b hève et préau Nuit et jor nul ws? Tett reprent Ne nul** îmI vtewifc e»rj^ter> Ntf ht putft ve**he wt etfcgo^ter> T<mt & |*mv httoMcs ute pre^tfe^e !

Ilcl*** Kmw#* ^ett^v q**e ferav-fe '.'

Donnez-moy pour Dieu quelque chose

— Parlez bas, madame repose.

— Au moins me tendez vostre main.

— Oil , oil , c'est à demain :

Il sera jeûne samedy.

s. POL.

Bon homme, veulz-tu cen médy Avoir veue fresche et nouvelle.

lAvEUGLE.

Halas! vous la me bailliez belle, Sire; il fait mal qui me ramposne.

Donez-moy pour Dieu .1. aumosne; Car certes il ne pourroit estre Que jamais vçisse-huis ne fenestre Ne par art nul, ne par nature.

s. POL.

Bons homs, tu as dit vérité pure; Mais à Dieu est tout ce possible Qui à nature est impossible.

Aiez en Jhésucrist fiance Et en sa loy vraye créance.

JhésQcrist qui Diex est et homme, Qui de mère vierge qu'on nomme Marie nasquit sans, douleur, Et qui jeta de thénébreur Celuy qui fut aveugle né , Et qui en la crois fupené, Resuscita , monta es cieuls , Te vueille enluminer les yeulz!

In nomîne Patvis , et Filii, et Spiritus sunctL

54 *»* CONVERSION DE S. DEXIS.

l'aveugle.

ornent sire, Diex le tous rende!

De moy-mesmes tous foiz offirende Prest et appareillié de croire En Jhêsucrtst le rov de gloire Pur qui je yoy aler ma voje 7 Qui me doue rcoàr à grand jove À oies xeub le ciel et b terre.

s. roc Çk y me va urètre Denis querre Et hr dv qui se tarde vue Açtsroîte eu Dieu le âb Marie Et qu'a mû? wigae sa» demeure.

S* 1 ^!? ws^ trestoiat ea Feœre.

5** voise à S. Denis ut die :

>fcuî>trt*.> tuiraeigiiciar Fui tous aiùmk

Ks^-tu celu* * je ta Jeœamie ^

Qui oucque^ utait> tt créait v<% goûte !

>4pi* chitjr seigneur, ail suii^ double.

MoiKs^igncur oi maistitî\ il :i pieu V sire Pi>i sot* l>ùm ourei\ lit en l'ouftfe stuitMieuiouret te iwquvwc Wkî et- dère.

LA CONVEBSION DE S. DEJHS. 55

S». DENIS

O le vray Dieux! quel mistèrel Tel chose oncques mais ne fut veue Qu'ons né aveugle réust sa veue.

Il est Dieu, pour voir, qui ce fait, Qui les cjefFaiz ains^y reffait.

En parlant à sa feinme.

Resgardez , ma suer Damaris , Commant cest aveugle est garis; .

Est-ce biau miracle et apert?

damaris , famé S. Denis.

Monseigneur, clèrement apert Que cil a puissance divine Qui les aveigles enlumine.

Oncques mez ne vy tel merveille :

Alons à luy, je le conseille, Et y menons nostre mesgniée Pour estre en la foy enseignée Et baptisiez avecques nous.

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