‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 76 sur 140 · LT · texte numérisé non relu

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WtffAE D%S. DENIS

■ % LE TÏERSw '#. ! .

Non pas, mez quant il va la rue Il a de Yielx drap robe neuve; ,.

Et par cela ce viei^lart preuve Qu'il est nouvel et ancien.

LE PREMIER

Il est donc maez logicien.

S'ensyit-il que .1. jeune poulain Soit vielx et jeune , se demain On ly baille une vieille bride ?

Nennil voir ; et pour ce je cuide Qu'il s'est aie baignier souvent En la fontaine de Jouvent.

Ainssy c'est le vieillart pelé , Rajony et renouvelé.

Qu'en dites-vous, sire Lisbie?

lisbie, le plus noble bourgois.

Toute vostre sophisterie Sy ne fait nulle chose au fait.

Maistre Denis, c'est trop maufait Dé dire à Paris telz mensonges.

Je ne sçay s'en Grèce telz songes Vont songent les Athéniens. - v

s. DENIS.

Entendez-moy , Parisiens; Vérité diray sans songier Ne jà n'y seray mensongier.

Nostre Dieu est vielx sans viellescc Et sy est jeune sans jëunesce, Commencement et finement,

— SJty, ^

•WP-DE SK3 COMP«e«DH.

Sans fin et sbiïs commencement , Et créateur et créature; Car il n'est que .1. Dieu par nature, Père et fîlz et Saint-£spérit; Mais pour ce que homme s'y périt, Dieu le fîlzvray home devînt, Nasquit de vierge et mort soustint, Et au tiers jour resuscita, '«'

VrayDieu, vray homieés cielz monta.

Ycelluy est Dieu et non autre.

Vos yniages qui sont de peautre , De bois, ou d'argent, ou de pierre, N'ont pouvoir n'en ciel ne en terre.

Il ont yeulz et ne voient goûte, Ne se bougent s'en ne lez boute, Garder deussent et gardez sont :

Vous (es faites, pas ne vous font.

Nostre Dieu fist tout et tout garde; De luy n'est nul faiseur ne garde.

Voir» est quant print nostre nature Cil qui tout fist devint fàiotufe Et fut ensemble et home et Diex ,' Nouvel, non nouvel, joenoe et vîelx , Perpétuel et temporel, Corporel et incorporel.

Et mortel qui mourir ne puet.

Dictes-moy, sjre, et qui le muet, Qu'il est tout seul et seul veut, estre?

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.11' grans ne peveat en alpestre

Qui l'un des .n» ne puet comprendre.

Faictes-le-?moy plus cier entendre.

Le muet orgueil } envie , ou quoy ?

S- DENIS

Frère , tenez-vous «[n , pou coy :

Dites, est Dieu omnipotent.

LISBIE.

Oil , sire; car inpotent

Ne puet estre par nulle voye.

s. DENIS.

Beau frère, se Diex vous doint joye, Comment pourraient eslre ensemble .11. tout puissans, que vous en

LISBIE.

Sire-y'3 ne pevént estre deûlz.

s. DENIS.

DoncqiieS falit-îl qu'il $ôit tout Seiilz , Et certes ofdre naturele Sy requiert Une cause tele, Qui soit foftdemens, fins et chiés De toutes causes et effiez, Qui ne dépende de nul ly ^ Mais les autres viëghent de luy ; Parfaite en soy et singulière.

Or ne puet , par nulle manière , * Estre autre chief ou fondemeht , N'autre fin , fors Dieu feulement Qui est en 'soy du tout parfait,

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Et qui de soy (restau* a fait • Et à soy treJlout ortfené. ;

LISB1E. '■• .

Puis qu'à ce point m'aves mené ; Qu'il n'est pieu fors le Dieu des cielx , "Dont viennent doncques tant de Dieiix Comme en aoure par le monde?

me

S. DENIS

La question , frère j est profonde j Et trop de temps avoir fauroit i i Qui à point soudre la rouirait; Mez à présent je vous dy bien Que quant par home qui n'a rien r Fors de Dieu sa volenté fraçoe, -- j» v Ne soubzmet toute à Tordepancq Et à 4a volenté. divine, N'est merveille se mal chemine; fc Car Dieu sa grâce 1 y soustrait, • Et l'anemy à so$ le trait < Qui le déçoit en mainte guise , Et à mal faire àdez l'atîse* Ainssy fait l'un apostater Et ly autres ydolâtrer, !

Instituer mahommerie&, Selonc diversses fantasies , Dont ly uns aourent figures De pécheresses créatures, . ■«

Lez autres bestes au serpens, Et lez autres tes élément Les autres faintes vanitez *.

i>}$ LE MÀRTYJRE DE S. Dfifttfe

Afin que leur iniquitez , Puissent faire à leur apéti^ Et a;d ce lez gratin tes petis Vont contraignent souvent par force Ou pafr Êtusse doctrine, et por ce Dieu le filz du ciel descendit Qui telles erreurs deffendit Et enseigna ^raye créance.

-: LISB1E.

Moult me vient, sire , à grant plésence

Vostre narracion; mez, quoy ?

Il n'est qu'un Dieu, trop bien le croy :

Raison le veult, sy font tous drois.

Mez pourquoy m'en nommez-vous trois,

.i. espérit , .i. filz, ,i. père?

s. DENIS. f

Entendez seinement , biau frère ; Car cest article est périllieus A qui a le cuer orgueillieus.

Plusieurs, en soy magnéfiant , Non pas en Dieu gloréfiant , Par curieuse vanité Et vaine curieusité Ont enquis et voulu entendre La divinité et comprendre , Qui est chose pure impossible; Car Diex est imconpréhenssible.

Àinçois est grant forssennerie Que home mortel qui ne scet mie Soudre un«r povre question ,

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^T%£ SES COMPAGNONS. Rfcl

Vueille , par sa présumpcion , Dieu qui tout sen et tout sourmonte, Qui tout fist par pois et par compfÉ, Comprendre par son sen humain , • Qui ne scet s'il vivra demain , Ne s'il gaignera ou perdra, *

Ne qui ses souleurs ly terdra , Ne quantes goûtes chiet OT.pluye Nient plus que feroitune truyej Et pour ce, Dieu tèlfc gens lessoit,

Et lors l'anemy ne cesSoit De les mectre en erreurs dnrèrsses Et en opinions perversses.

Sv fault son cuer humilier ■..•;■ 1» .

Qui bien droit y veult charïer; Car Dieu lez humbles enlumine Par grâce et par vraye doctrine , Et lez essauce et glorefie, Et les orguelliex humilie Qui veulent sans elles voler; Car orgueil sy fait affoler Ceulz qui cuident avoir sâgece :

Mez humilité s'y adrece Et donne cler entendement.

Or entendez donc sainement :

Sachiez la Sainte Trinité N'est que une seule déité Qui de néant créa tout et fist, Qui es créatures reluis t Et aucunement y c ipert^*M ,

11W n ié

I §ftè LE MAKTYftE DE S . O

Comme vous voiez en ayert Que le soleil a grant valeur Et gptat lumière et grant chaleur , Et tout ce sy n'est q'un soleil : Par tout aussy en cas pareil.:

Et resgardezf par bonne esjude La façon et la magnitude Du monde , tt l'ordinacion .-.

Et la grant gurbçrnacion Comme il fût puissSinment créé Et très sagement ordené f ■■■-..

Gouverné par héiïivoknee ; Vous trouverez tantost en ce Jjfc Que cM a souverain povoir ,

Parfait savoir , très bon vouloir ,

Qui tel Ta fait et limité,

Et c'est la Sainte Trinité,

Père et Filz et Saint-Espérit ,

.1. Dieu, seul Dieu, comme j'ay dit,

Une substance , .ni. personnes,

LISBIE.

À Diex! tant sont ces raisons bonnes,

Sou tilles, profondes et haultes;

Sire, trop ay fait de défaut tes,

Car j'ay usé toute ma vie

En mal et en ydolàtrie :

Sera , sire, m'âme dempnée.

Cy descende d'en hault et voise devant S. Denis.

S. DENIS

Nennil , que par Pyaue sacrée

ET DE SES COMPAGNONS. I l3

Du baptesme que recevrez Grâce et bonté en l'âme aurez Et serez de vos péchiez quites.

LISBIE , à genous.

Sire, je croy quenque me dites :

Pour Dieu vueilliez-moy baptisier.

s. DENIS.

Et je vous baptise, aray chier ,

In nomine Patris , et Filii et Spiritûs sancti.

Amen.

Lors se assiéent à terre.

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