‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 90 sur 140 · LES VARLÉS CATULLE · texte numérisé non relu

LES VARLÉS CATULLE

Amen , Dame, et aussy nous face.

Cy portent S. Rustique et S. Éleuthère en brouette ou civière après S. Denis. Retournée , die Catulle aus sergens.

Comment da , mes bons chanpions ?

HUMERROUET.

Dame, nous vous attendions Pour vous mercier de vos biens.

MENJUMATIN.

Ne nous espargniez, Dame, en riens; Pour vous sommes appareilliez.

MASQUËBïGNET.

Jà ne serons sy travailliez

ET DE SES COMPAGNONS* l55

Qu'à vous ne soions tost et tart.

HAPELOPIN.

Dame, le Dieu de Mont Fétart Vous gart les reins et le talon !

Voysent où ilz voulront.

CATULLE

Et il vous meint au grant galon.

LE PREMIER VARLET

Fouons cy , sy lez enterron , Et mettons sur eulz .1. perron Afin que on sache là où ilz sont.

LE SECOND VARLET

Tu diz tien ; fouons en perfont.

Cy facent semblant de fouir et les cuevrent d'un drap.

LE PREMIER VARLET

Gompains, alon-m'en; il sont bien.

II ne sera ne lou ne chien,

Qui mal leur face de sepmainne.

LE SECOND VARLET

Trop suy esbahy de la painne, Des maulz , des douleurs et des pertes Qu'en corps et en biens ont souffertes A cuer joyeux et esveillé.

LE PREMIER

Encor suy-je plus merveille De ce bon preudomme Denys , Que quant il fu mort et fénis Il prist entre ses mains sa teste Et l'apporta cy à grant feste

l56 LE MARTYRE DE S. DENIS

Que les engelz du ciel faisoient, Qui le preudomme conduisoient, Qui à grant lumière et doulz chans L'admenèrent ycy aus champs, Pourquoy je cuide qu'il soit saint.

LE SECOND VARLET

De bouche et de cuer vray], non faint, Doit estre loez celly sire, Qui après tourment et martire , Après angoisse et desconfort , Donne repos, joye et confort. A luy me rens, en luy je croy, Vivre et mçurir vueil en sa foy.

II est temps de nous retourner.

LE PREMIER VARLET

Alon-m'en sans plus séjourner.

Cy voisent à Catulle.

LE SECOND VARLET

Vostre vouloir, dame, avons fait.

CATULLE

Paix! il soufBst ; c'est ung bon lait :

Loez en soit Dieu et sa mère!

Cy se assient ou il s'en voy sent.

S. SENCTIN.

Vous savez, Anthonin , cher frère, Que Saint Denis , nostre cher père , Nous encharja, vivant, qu'escriprc La manière de son martire Diligemment nous voulsissions,

Et au pape le por tissions.

Diligemment l'avons descript :

Portons au pape nostre escript Et nous mettons tost au chemin.

ANTHONIN.

Vous dictes bien , frère Senctin .

Alons- en, de par nostre sire,

Qui par tout nous vueille conduire.

Gy voisent un pou avant.

s. senctin , à un hostellier.

Seigny, Diou vous dont bona vite.

l'ostellier.

Bien syasvingut, fraire hermite.

s. senctin.

Seigny, vouras nous hébergier?

l'ostellier.

Fraire, pour l'amour dan denier, Par mon cap, vous herbergueray , Et sy vous admenistreray Tout aquo que volz commendar^

s. senctin.

. Chambre vous voulons demandar Pour nostre recréacion.

l'ostellier.

Cy aurés habitacion.

En monstrant lit et table.

Le lit et prest, la table et mise ;

Pain et vin aurez à devise ,

Char et poisson , œufs et fourmage,

l58 LE MARTYRE DE"S. DENIS

Tripes, flaounez . fruis , gras potaige ; N'ayez soing que de bien pagar.

s. SENCTIN.

Ne vous en faut point csmaiar :

Nous avons bonne bourse aussy.

En prenant «sa main.

Bon hoste , bon touchar , amy.

l'ostellier , en li frapant sur Tespaule.

Fraire , je vous tendray tout aise.

s. anthonin , en se couchant sur le lit.

Hélas! je suys trop en malaise.

Je n'en puis plus, Senctîn, biau fraire.

s. SENCTIN.

Frère Anthonin , Dieu qui est père

De toute consolacion,

De ceste tribulacion

Vous doint confort et alléjance !

S. ANTHONIN.

Amen ; mais, pour Dieu , l'ordenance De saint Denys adcomplissiez.

Se Dieu vuelt que viegne sur piez Je vous suivray quant je pourray.

Se je ne puis, cy demourray; Céans orrez de moy parler.

s. SENCTIN.

Je m'en vueil donc, beau frère, aler,

Puis qu'il vous plaist , tout droit à Romme,

Cy die à Tostellier :

Seigny , vous me semblés preudomme :

ET W SES COMPAGNONS. IOg

Mon frère et en grief maladie , Laissier me le faut ; sy vous prie Que li vueilliez baillier et faire Ce qui lui sera nécessaire :

Voy cy du linge en ce paquet.

En ly monstrant.

D'or et d'argent en un saquet Qui est cy dedens a grant masse.

Se-Diex ordeine qu'il trespasse, Si l'enterrez en révérance, Et s'il vient en convalescence , Premier, loyaument vous paiez Et le demourant luv bailliez Entièrement et loyalment.

l'ostellier.

Par queste arme! diligemment Feray faire ce que digas.

s. SENCTIN.

Ferés , Seigny ?

l'ostellier.

Hot n'en doubtas.

s. SENCÏIN.

A Dieu soyez !

l'ostellier.

Adiou syas !

Cy votee un pou avant S. Senctin , et puis se assiée à terre , et l'ostellier euvre le paquet et preigne un saichet plain de caillouz et le

monstre aus gens en disant :

Ventre beu, ont tirelbpins De florinaz tant grans lopins!

Par questa gorge ! a quel hardel Ne verra jamais son fardel , Et face du puis qu'il poura , En aquel quignet demourra.

Gy le mette à part et puis die au malade :

Fraire, digas, comment le faiz ?

S. AJSTHON in , les mains jointes.

Tous mes péchiez , tous mes meffaiz Me vueilliez, vray Dieu , pardonner , Vostre grâce et gloire donner, Par les prières précieuses Et les mérites glorieuses De saint Denys vostre martir !

De ce monde me faut partir ; En voz mains m'âme recommande.

Gy croise les mains et face le mort.

l'ostellier.' Or ay-je ce que je demande :

Linge et argent et robe aray

En le despoillant d'un de ces vestemens , die :

Ne jà ce corps n'enterreray; Mais le plain vol senz prendre corde Le trènerav en la fosse orde Où descent le fiens et l'ordure Du bestail de ma noureture.

Cy le trayne en une fossette près d'ilec , en dysant

Or ça, voise se haterel.

ET PE SES COMPAGNONS.' l6l

En la fosse de marderel.

En le jcctant en la dicte fosse en laquelle S. Anthonin si toille son visaige de boe. Cy H mette un huys dessus, ppfe aie -.

Fraire , dors-toy en celle bourbe, Tu n'as àme qui te destourbe :

Quant dormy auras, sy t'esveille..

JHÉSUS

Michiel , va sus, plus ne sommeille.

Di à Senctin la mauvestié

De son hoste, homme senz pitié,

Et luy dy que tarttost retourne

Et à la fosse droit s'en tourne

Où frère Anthonin est jecté*

Je vueil qu'il soit resuscité

Pour l'onneur et dilection

Du bon Denys, mon champion,

Qui pour moy fut martirisié.

Par quoy je vueil autorisié

Soit son martire en sainçte Église.

Va tostj et le fait H devise

De son faulz hoste et la manière.

s. MICHIEL.

Vray Dieu , je y voys à bonne chière.

Cy voise à S. Senctin qui face semblant de dormir , et quant il sera

venuz , die :

Frère Senctin , dors-tu ou vueilles ?

- Or entens bien lourdes merveilles.

Saichies de vray que ce iaulz traytre, Ton hoste , comme faulz menistre t. 1 1

mxi r-

Si t'a failli de corfvenétit;

; jyÉfo'itfdeMté conVaitfcg '" ■ Qiit ppug l^ti^i^TOîr i'ttWG»

Tonsaifl$çQigp%a^ .

Qui^:^y.<^ ,

À trayné nu et çfôppjQtllié , Jett&en 1<* boprbç et broillié De la puante fps?e of* vjpnj Les orinespu^^i^ font Ses bestfts à, poil # à lei$e.

Va tost; ay l'en osto ^t l'op4ieii)ç ; Dieu le fèr^a* ^içz, eslfi; v Lors vous dQ^z îy ^z point, ^ixestec , Parfaictes vQ^refron voiage. ,.

Cy sfep revqisç senz ehajttpr .

fi,

s. SËNCtm , à genous. ■' ' Dieu, qui créas homme àt'ymage Pouf luy dôriner ta vision , De ceste visitàcidn Tant côm je puis te regracie , Et de la très-grant courtoisie QuH moy et mon frère feras Qviajqf: de mort le susciteras A luy m'en voia,; gloire et honneur !

. Cy vqise à Ywfe ep, luy die, durement :

Où est, di, mon frère Ànthonin ?

l'oste, epi souspirant.

Hélas y chetiz ! seigny Senctin,

Et tfc SES COMPAGNON* . 1 63

Il est môuruz, le fin prëùdomme, Tandis qu'estes alez à Rom me, Enseveliz en rostre telle "» ' ''*

L'ay, la pièce 1a plus beHe, Et enterrez hoiméstëmeat.

S. SENCTIN.

Tu mens, tu mens , faulz garnement ;

Filz dé dyable, tû Pas jecfcé,

Le bon cofjte plàih de sairicteté ,

En la privée à tes chevaulz ,

A tes vaches, à tes chevreaulz ;

En celle bourbe , en celle ordure

Lui as baillié sa sépulture.

Ours affame, lou enragé,

Ta fausseté , ta maùvaistié

Te monstayré, vaz, passe avant.

En le boutant.

l'ostellïer, en allant.

Seigny , je voiz , en vaz devant.

S. SÊNCTIN , à T ostellier

Oste celle ars d'illec dessus.

l'osteluer, en ostant l'ays.

Volentiers.

Cy oste Faez.

s. SENCTIN , à S. Anthonin.

Frère * levez sus, Vous avez trop orde lictière.

En le trayant hors.

En la main faites bonne chière.

Dieu vuelt qu'ensemble parfacions Ce qu'ensemble empris avions Par l'ordenance saint Denys*

S. ANTHONIN»

Le doubz Jhésucrist soit bénis Qui par sa grâce nous parface !

s. senctin.

Amen, frère ; il faut vostre face Fourbir et nettement laver.

En ressuyant. .

l'ostellier.

Trop convoiteuz et trop aver, Trop félon et trop oultrageuz, Folz hors du sens , fel courageuz , A y trop esté, je le voys bien.

Du vostre ne retiendray rien ; Voy cy tout , beaulz seignies , tenez.

En leur baillant le paquet.

A vo plaisir du mien prenez ; En meffait ne gist que l'amende.

J'ay forfait vers vous, je l'amende; Quant en la fosse le ruey, Mort estoit , pas ne le tuey ; Mais trop horriblement mespris Quant fu tant d'avarice espris Qu'honnestement ca sépulture Ne le mis; mais je , faulz parjure > Contre ce qu'avoye promis , En punaisie orde le mis;

Ce me poise , pardon requier; s. senctin ? à Anthonin , en li baillant son vestement. Revestez-vous , mon frère chier , Sy irons en nostre voyaige.

Cy die à Fostellier :

Seigny, fait avez fol oultraige.

C'est trop outrageusé t raison

Contre Dieu et contre raison,

Quant hostellier griève son boste

Qu'il doit garder comme, sa coste

De tout mal et de tout obprobre ,

Le sien garder com le sien propre,

Luy admenistrer loyalmerit,

Prestement et diligemment ,

A son povôir, ses nécessaires.

Or avez fait faiz touz contraires ,

Qui est grant et horrible offense,

Que Dieu, qui scet tout quanqu'on pense ,

Quanqu'op lait, qu'on dit , qu'on dira ,

Que qu'il attende punira

Se vous meismes n'es punissiez ,

Et vous ne vous convertissiez

A tout bien avecques sa grâce.

Tant donc com vous avez espace

De repentir et de bien faire,

Vueillez vous, beaulz amis , rettraire

De convoitise et d'avarice ,

Qui est, ce sachiez bien, un vice

Qui est racine de touz maulz,

l6$ LE J^TY^E DE S. DENIS

Page 1