‹ Mystères inédits du quinzième siècleChapitre 98 sur 140 · GERMAIN ET S. LOU · texte numérisé non relu

GERMAIN ET S. LOU

À Dieu soiçz, bonne pucelle ! .

Lors yoi3ent où ,ilz voorroiit. , . ,

Comment là mère sainct* Geneviève (devint) ayeuglq pour ce quelle li donna une bufe , et comment Dieu ty rendit la veue par lez prières et mérites de ladite vierge sa fille.

GÉRONCE, mère saincte Geneviève..

Ma fille , je vois au moustier.

SA1NGTE GENEVIÈVE.

Àz Madame J je vous requier Qu'avecques vous au moustier voise.

• : LA MÈRE

Or te tez, et rie me foy noise; Garde l'os tel, aiten-moy cy.

Ha 7 Madame ! pour Dieu mercy , Se je ne vois souvent au messes Comment tendray-jc lez promesses

DE SAINTE GENEVIÈVE. fj^J

Que j'ay promis à saint Germain ?

I4A mère , en ta fcuf étant.

Je te donneray de ma main,* Caisse, fault-il que me rcsponnes?

Ne passe de nostre huis les borne»; Vat-en tost.

Volontiers, ma mère.

Cy se retourne en disant':

Doulz Jhesucrist , espous et père Des vierges, volentiers alasse A vostre saint temple ; mèz lasse , Je ne puis , vous le savez , sire ; J'en ay ma mère esmeue à yre Dont il me poise amèrement.

Sy vous supply premièrement Que le me pardonnez, et, puis Qu'aler à l'église ne puis, ......

Mon vouloir repytez pour fait.

Cy se siée.

la mère, en touchant sezyeulz.

Diex , Diex ! qui m'a ce tour fait?

Diex , qu'ay-je es jeulz ? est-ce ore goûte ? Certes , nennil : je n'y voy goûte.

Hareu ! dont vient ceste aventure ? ■ ' • A ! lasse aventure bien dure ' Qui durement me desconforte!

Lasse , je n'y voy huis ne porte , ' Lasse, perdue ay ma lumière! ..-..-.• i. 12

I78 .,■ iJMr lAIRàGLBS

Lasse» pour quoy, par quel manière?

Diex! je çroy qu'ainssy l'ay perdue, Gar j'ay ma fille à tort férue Quant au môustier venir vouloit.

Je ne voulu 5 sy s'en douloit :

Je la féris, sy fis que foie; Car trop bien du bien me recole Que saint Germain d'elle disoit.

Le roy du ciel doint qu'il y soit Qui mon pecbié et ma folie Me pardoint \ au quel je supplie Que se ma fille il a esleue, Pour s'amour me rende la veue.

Ma belle fille , çà , venez :

A l'yaue alez, .1. pot prenez , Sy m'aportez de nostre puis.

Tantost, Madame, se je puis. ,

Cy preigne .1. pot et voise prez d'illecques ou une queue soit ou pierres comme la gueule de .1. puis. Là s'acoute dessus et pleure, et essuie sez yeulz et die ;

Hé! doulz Jbesucrist! que ma mère

Trait de paine et d'angoisse amère

Quant point ne voit des yeulz du cbief !

C'est par moy, c'est par mon meschief.

Cause avoit de soy courroucier

Quant je ly prins à repliquier;

Sy vous pry que m'en punissiez

Et que ma mère guarissiez. ■

Lors essuie sez yeulz et puise de l'yaue et s'en re voise, puis die :

Vecy de Pyaue belle et clère.

LA MÈRE

Ca , ma fille.

Tenez, ma mère, De par Nostre Seigneur, bevez.

La mère prengne le hanap et die :

Belle fille, la main levez; Sy faites une crois dessus.

Benedicite.

LA MÈRE

Dominus.

Le roy du ciel qui nous créa , Qui en la crois nous recréa , Qui lesjrauez faisoit parler , Aveugles veoir, contrais aler, Qui espàndit et yaue et sanc Pour faire humain lignage franc De la général maléiçon , Envoyé cy sa bénéiçon . Par quoy puissiez ravoir la veue Que pour moy , mère, avez perdue.

In no mine Patris, et Filii^et Spiritus sancti.

LA MÈRE, à jointes mains.

Amen ! Diex doint qu'il soit ainssy !

Lors moulle ses dois en l'yaue et touche sez yex et die :

Je voy .1. pou; loé soit Diex!

Item face secondement comme devant, et die :

Mercy Dieu! encoi* voy-je mielx.

Item tiercement et die :

Grâce à Dieu, or ay-je grant joye, Car je voy comment je souloye.

Lors die à sa .fille :

Belle fille, alez au moustier Et aus sermons, (je l'ay bien çhier,) Toutes les foys que vous vourrez.

Servez Dieu au mielx que .pourrez :

Nostre Seigneur m'en face lie!

Cy chantent les anges

Madame et je vous en mercie.

Lors veste son maritel, ohief et cuevrechief à diadème, et puis voise

à Paris demourer.

Cy après ensuit partie des miracles que Nostre- Seigneur fist par les mérites madame sainte Geneviève depuis qu'elle vint à Paris.

Comment madame sainte Geneviève après la mort de son père et de

sa mère ala demourer à Paris.

Dieu benoist , benoiste Trinité , A ta pucelle , à ta meschine , Par ta doulceur, par charité , T'oreille de pitié encline ; Ne seuffre pas que je décline

DE SAINTE GENEVIÈVE. ï8l

N'en péchié, n'en iniquité,

Mais par grâce m'âme enlumine

Et, me tien en virginité. ■ * "

O très doulce vierge Marie! v *

Pour mon salut vueilliez ourer

Que l'anemy par tricherie

Ne puisse m'ârtie devour er ! , r

Dame, pour vous mielx honnourer

Et servir eri saantimonie

À Paris m'en voies demeurer:

A vous commans corps, âme et vie ,

O sains anges de Paradis;!

Vueilliez moy deffendre et conduire ,•; ;

O sains prophètes de jadis ,

O les apo$tres A jîQstre Sire! \

Et vous qui receustes martire ,

Confez , vierges»^ lfe» Dibu amis ,

Priez à Dieu pour tnoy , qiie nuire

Ne me puissent ly anémia!' ( * :

Lors se tiengne devant Paris un pou avant ou champ , et illecques soit un petit autel suz le quel soit ramage Nostre-Daine, et devant Tau tel une fourmete pour soy mettre à oroison, et bien près soit son lit fait de une table en hault et un povre couverteur dessuz et .1. oreillier de bois.

Comment sainte Céline de Mcaulx s'acompaigna à madame sainte Geneviève, et comment sainte Geneviève guarit la chambetière delà dite sainte Céline, qui avait istê :ti. v dhs màtfidé. "' i

sainte CÉLINE, à smhtef Geneviève.

Madamoyselle y s'il vousplcust.

vth

Et Dieu me donnast, qu'estre peust Qu'a vecques vous je demourasse, Liée en fusse et mielx m'en amasse, Car bien sçay que mietx en vauroye.

Belle suer, quelle que je soye,

Vous me monstrez grant amistié.

Le roy du ciel par sa pitié

Sy vous vueille en tout bien parfaire!

Moult me plaist et moult me doit plaire

Vostre dévote compagnie.

SAINTE CÉLINE

Dame, je vous en regracie.

Le miracle de la chamberière.

SAINTE CÉLINE

Madame, j'ay une pucelle De bonne contenance et belle Qui m'a servie longuement; Mais .11. ans a que nullement Ne se puet de son lit lever :

Le mal ne ly fait que agrever; Prengne-vous en pitié, pour Dieu !

Ma suer doulce, alons suz le lieu.

Lors voiseun pou ayant et là soit une joene malade couchiô.

Chière amie, comment vous est?

MARGOT

Il m'est, Dame , comme à pieu plaist.

Je suis malade et ay esté Par double vver et double esté.

Et tousjours va de mal en pis.

M'amie, se .ix. ans ou dis,

Voire par toute vostre vie

Dieu vous tenoit en maladie.

Vous l'en devriez mercier ;

Car Dieu seult lez siens chastier.

Pour lez esprouyer ou purgier,

Ou pour lez garder de péchier,

Ou pour leur donner plus grant gloire ;

Car Dieu ta paine transitoire Mue en pardurable léesce Aucune fois > pour sa haultesce Et sa grâce au peuple monstrer.

Celui qui la voult demonstrer En pluseurs maladies gcièves, Vueille que maintenant te lièves Toute saine do corps et d'àme.

MARGOT

Ainen) ainssy soit-il, Madame!

sainte Geneviève , en la geignant et en prenant sa main. Or ça la main, ma doulcc suer.

margot , en soy levant.

Doulz Dieu, et de bouche et de cuer Vous rend grâces à mon povoir.

Dame , je vousisse vouer

JLES MIRACLES

Virginité, qu'en dites- vous?

Vous demourrez avecques nous,

Et se Dieu vous donne constance,

Ferme et humble persévérance

Ou saint propos de chasteté

En la gardant par aspreté,

Lors pour avoir plus grant mérite

Et qu'en vous plus tost soit destruite

La pointure de mariage ,

Es mains d'un prélat bon 'et sage

Pourrez faire en humilité

Le saint veu de virginité,

Sauf meilleur conseil que le mien,

MARGOT

Certes, Madame, vous dites bien, Ce me semble, et bien m'y acorde, Et Dieu par sa miséricorde Vous rende lez biens que me faictes,

Tous biens, toutes euvres parfaictes , Belle suer, descendent des cielx :

Encore nous fera Diex mielx Se de bon cuer nous le servons.

Faisons que s'arnour desservons ; Sy ne pourrons mal cheminer, Ne mal vivre, ne mal finer :

Retournons quant temps en sera,

D% SAINTE GENEVIÈVE. ï85

SAINTE CÉLINE ET MARGOT

Alons, Dame, ou il vous plaira.

Gy retournent à leur hosteï et sainte Geneviève se mete à oroison

en son oratoire.

Comment par sez prières Nostre+Seigneur garda la cité d& Paris

que. lez Hondres venoient des traire.

trotemenu , messagier, en alant à Paris.

Mes bonnes gens du plat païs, Fuiez, vecy lez anerriis ; Fuiez-vous-en par les adreces, Portez vos biens aûs fortereces, Vecy lez Hondres qui à'fuient,.

Qui pillent, ardent et déstruiènt Villes, chastiaus, citez et forts, Qui vont tuant floibles et fors.

Alarmé ,' alarme , bons François.

Entendez-môy, seigneurs botirgdïs, Sachiez de vray , lé roi Attile Gaste France et destruit et pille, Et est s'en tente, sans faillir, De venir Paris assaillir : Sy regardez qu'il est à faire.

Page 1