LE PREMIER BOURGOIS
C'est .1. tirant de mal afairè Qui maine gens plains de dyablie :
Je ne sçay certes que j'en die.
Qu'eii dijes-vous , sire Gobers ?
l86 LES MIRACLES W
LE SECOND BOURGOYS
Foy que doy vous, sire Robers, Ce sont gens plus cruels que chiens; Sy conseille que de nos biens , Famés et enfans envoion Ou à Meaulx ou à Noion , Ou en autres cités plus fortes; Car nos murailles et noz portes Sy sont de trop petit e^tofle,
le tiers.
C'est bon conseil par saint Christofle , Car mesçoes ce sont larrpnnailles Tous dqiz d'armes et de batailles , Et nous ne savons guerroier.
Trop mietx savons monteplier Nos biens, muebles et héritages.
LE PREMIER
Vous parlez tous .n. comme sages, Et pour ce , sans plus séjourner , Je vueil de niez bieps trestourner Et lez envoier à Loon.
LES AUTRES. II
C'est bon propos , nous le loon.
sainte Geneviève , à genous, lez mains jointes. O très doulz roy de Paradis, Vueilliez la cité de Paris Prendre en vostre protection Et garder de confusion!
Diex ! gardez que mal ne nous lacent Ces Hondres qui tant nous menacent,
BP SAINTE GENEVIÈVE . 1 87
Et se avoir devons pestilence, Sire, donnez-nous pacience?
Doulce Vierge, mère de grâce, Priez Dieu que grâce il nous face.
Saint Père , saint Pol, saint Denis, Sains , saintes , tous lez Dieu amys , Vueilliez Dieu pour nous déprier Et sa juste yre adoucier.
Cy se liève saint Pierre qui ait vestu aube et dalmatique et dessus chape merveille .1. cocuche sus la teste; après, saint Pol soit vestu aube, tunique, chape ou mantel vermeil jeté pardessoulz Tespaule, tenant une espée ; après soit saint Jehan vestu aube et dalmatique blanche ou vert , et tenant .1. rain de palme ; après soit saint Denis vestu aube et dalmatique, et chasuble vermeille, tenant .1. texte. Ces .un. descendent et se metent à genou*, et s'y tiennent bonne pièce.
saint pierre , à Nostre-Damç.
Ave, dame de tout bien plaine , Sur toutes autres souveraine , Advocate envers Dieu pour homme!
Une sainte vierge qu'on nomme Geneviève ,.sans nul séjour Ne cesse d'ourer nuit et jour, De nous prier et supplier Que Dieu et vous vueillions prier, Pour le pais du royaume de France Auquel donne paine et greyance Le roy Attile et sez complices , Gens plains de péchiez et de vices x De tirannie et mauvestié.
Dame , prengne-vous ea pitié!
i88 LES : MIRACLES
Par espécial el requiert Que Paris que ce tirant quiert Pour le mètre à destrucion N'ait ne mal ne confusion.
Doulce dame, oiez la pucelle Qui devant Dieu- est bonne et belle, Par laquelle, i. roy qui sera .1. biau moustier faire fera, Sy com Dieu le m'a révélé, Suz le mont qui est appelé Mont Parloeir en l'onneur de nous, Où Dieu sera servy et vous.
Dame, Testât de sainte Église Qui de par Dieu nous est commise , Qui maintenant n'a que meschief Du fons du pié jusques au chief, Vous recommandons Pol et moy.
S. POL, à genous.
Haulte roine , mère du roy Qui suz tous roys et princes règne , Dame sainte Église et le règne De France par espécial , .1. fel tirant et desloyal Qu'on appelé le roy Attile, Despitant Dieu et l'Euvangile Destruit, gaste , pille et confont.
Ly et sez os tant de mal font Que lez gens ne scevent que taire , Fors s'en fuir, crier et braire.
Genevote, une pucelofe,
DR SAINTE GENEVIÈVE. iQg
Belle et gracieuse et dévote ,
Ne cesse d?oiirer vous et nous
A nus coûtes , à nus genous ,
En disant maint himne et maint pseaume,
Pour le roy et pour le royaume
Et principaument pour Paris-,
Que le gardez d'estre péris, <
Glorieuse vierge Marie $
La Vierge est digne d'entre oye
Mesmement ; car en la cité : -
Flourira l'université
D'estudians et d'escoliers
Tant réguliers que séculiers,
Qui la foy monteplieront ,
Prescheront et enseigneront ,
Essauceront lez bien créans
Et confondront les mescréans;
Nos épitres et euv^ogijes
Exposeront en maintes viles.
Ce don desservit saint Denis
Qui là fut occis et fenis,
Par son bien , par sa revérance ,
Eft le montrant.
Que vous véez cy en présence.
Chière Dame, ainssy com saint Père> Que Dieu le filz , dont estes mère , Esleut et fist chief et pasteur De sainte Église et moy docteur Vous a Testât de sainte Église
IJX> LES MIRACLES
Recommandé, par autel guise Je vous recommande et âe cuer , Et par sur tout, que nostre suer Geneviève , la Dieu ancelle , Vostre vierge , vostre pucelle, Vueilliez en sa requeste oïr , Et son cuer bientost resjoïr De Paris dont est en malaise.
s. dénis , à genous.
Mère de Dieu, ne vous desplaise, Se je vien à vous à refuge !
La grant tempeste et le déluge , Le mal , la douleur , la grevance Qui est ou royaume de France Me contraint à vous requérir Qui est suz le point de périr Se bientost n'y metez remède Ains que le mal oultre procède.
Vous savez, Dame débonnaire, Que saint Clément le Dieu vicaire Me fist en France cheminer Pour les François endoctriner.
Là tins-je de la foy escole Comme pastron et apostole De France et de tout le pais, Premier évesque de Paris.
Ylec exposé à martire Mon corps pour la loy nostre Sire; Maiz que vault tout quant que j'av fait Se le pueple est ainssy deffàit/
DE S\ÎNTE GENEVIÈVE. I£I
Que leur vault toute ma doctrine Se France ainssy mal se décline, Que vault de mon corps la présence S'il n'est sequeure en. pestilence?
Pour quoy fîst Dieu de vous sa mère?
Ce ne fust pour estre amère Au pécheurs, mez phisicienne En leur maulz et doulce rqoienne Entre eulz et Dieu qui vint jadis Pour eulz en vous de paradis À leur bien et à leur salut.
Hé! doulce Dame \ que Valut Sa venue et sa passion S'il n'avoit d'eulz compassion ?
Dame, je parle durement, Car je suis dolens grandement Quant ma semence bonne et sainte Est sy tost au premier estainte.
Dame, à vous vieng, à vous» refuy* Qui estes en tous maulx refuy.
Je vous supplye et vous requier Pour le puepte que moult ay chier , Pour qui vourroye encor mourir S'estre peust pour le secourir , •
Et pour Paris qu'on dit Lutècc Où Dieu sy amena de Grèce; Et mesmement , car vostre amie Geneviève sy en supplie À Dieu, à vous, à sains, à saintes, En pleurs, en lermes, en complaintes,
Et tant fait qu'elle est trop bien digne Que ly soiez doulce et bénigne , Et je vous en pry ■■, chière Dame;
NOSTRE DAME
Je cognois bien la sainte famé, Je l'aime bien et l'ay. bien chière.
Sy a mon filz par tel manière Que volen tiers chose ferait Qui bonne et plaisans ly seroit, Et je de cuer aussy feroie Son plaisir tant com je pourroie; Mais véons se nostre requeste Seroit bonne, juste et honneste.
Vous savez que malignité Règne ou monde et iniquité :
Or, faut-il par droit de justice Punir tout mal, pechié et vice.
Combien Dieu soit pitéable Aussy juste est et non muable ; S'il a donc sentence jetée Que France soit par tout gastée Nous perdrions nostre langage.
s. jehan, àgenous.
Noble Dame , courtoise et sage , Voz dis sont beaulz et gracieulz, Sains et vrays et substancieulz; Et ce n'est mie de merveille , Car vous n'avez point de pareille.
Pour Dieu , ne tenez à offence Se je vous dy cen que je pance.
DE SAINTE GENEVIÈVE. 19a
Ma chière Dame , quant jadis D ismes au roy de Paradis , Que le feu du ciel fist descendre Pour les Samarins ardre en cendre Qui nous et noz dis despitoient, Respondit qu'en ce temps estaient?, .xii. heures en .1. jour ouvrable.
La response fat moult notable, Car Dieu en pou de temps labeure ; Tel est grant pécheur en uneheure .:
Qui en l'autre à Diçu se retourne Et à bien faire tout s'atourne Comment nos .1111. frères cy firent Quant ilz à Dieu se convertirent. Dame , s'yniquité abonde Là dessoubz en ce meschant monde , La grâce Dieu n'est pas estamte Ne la largesce sy es train te , , Qu'il punisse sans pitoier Qui voult plourer et lermoiery Jeûner , vueillier , mort endurer Pour lez pécheurs de mal curer.
Non , non , Dame:, il n'est pas sy nice , Mais par grant sen il vaint malice , Car sa doulce miséricorde De justice atrempe la corde Afin que trop griement ne fière , ..
Et sa justice droiturière Miséricorde meine droit Afin qu'el n'erre contre droit.
Par ce punist en garissant Et sy garist en punissant; Ainssy gouverne-il et ordeine , Sans soussy, sans ahan, sans paine, Par son cler sen et in mutable, Toute chose qui est muable.
Combien que humain entendement N'y voie pas bien clèrement , Quant dout punir ou martirer Il veult lor doit-on respirer En sa doulce miséricorde, Et quant à doulceur il s'acorde On doit sa justice doubter.
Or véons nous lez feus bouter, Lez gens murdrir, pillier et batre.
Villes, chastiaus, citez abatre, Qui est signe que nostre sire Punist son pueple par juste yre ; Et pour ce lez gens de raison Se tiennent fort en oroison Et ne cessent de crier cv Afin que Diex ait d'eulz mercy ; Et sur tous vostre damoysele, Geneviève , en vostre chapele Est en si grans afflicions Pour cez grans tribulacîons , Que c'est pitié à resgarder !
Par suz tout prye que garder Dieu vueille Paris la cité.
Dame, oiez-là, c'est équité,
DE SAINTE GENEVIÈYE. ig5
Et je vous en prie et requier.
NOSTRE-DAME
Jehan , mon très doulz amy chier ,
Et vous, mes bons loyaulz amis,
S. Pierre, S. Pol, S. Denis,
Puisqu'il vous plaist et bon vous semble ,
Venez avec mov tous ensemble,
Je me metray à l'aventure,
Très grans mercis , Vierge très pure»
Gy descende à eulz à conpaignie d'anges , puis se mete à genous ,
les apostres derrière elle, et die :
NOSTRE-DAME
Mon Créateur et mon Seigneur , Qui m'avez fait sy grant honneur Que vous* m'avez esleue à mère , Nul honneur ne s'y acompère. Vous voiez lez turbacions Et lez grans persécucions , La tirannie et la grant guerre Que sainte Église sueffre en terre , Et par espécial en France Tourne le fort de. la meschance.
Là sont lez bonnes gens destruis , Pillez , tuez , ars et bruis , Vierges à force defflorées , Nonnes sacrées violées, Et mainte famé grosse ouverte ; Tout va à essil et à perte.
Doulz roy de paix et de concorde , Du pueple aiez miséricorde , Vostre ire ostez , faites leur grâce.
jhésus , en séant.
Dame , que voulez que je face ?
Pour lez mètre hors de misère Souffry griefz maulx et mort amère , Vous le savez, et ilz le scevent.
Bien cognoissent que faire doivent, Car jadis Denis nostre amy , Et maintenant sire Remv, Germain l'Aucerroies, Lou de Troies, Et autres , leur ont dit lez voves Par où ilz doivent cheminer ; Mais leur maulz ne veulent finer , Àinçois pluseurs ne croient mié N'en moy, n'en vous, mère Marie; Non pas le roy ne lez seigneurs Qu'avons levez ez grans honneurs , Neiz de ceulz qui sont baptisiez, Ne sommes amez ne prisiez.
En leur mauvestiez persévèrent.
En nous ne pou ne grant n'espoirent ; En leurs trésors et forteresces Se fient et en leur sagesces. Sy lez triboulous pour savoir En qui doivent fiance avoir:
Vueillent ou non lors le voerront.
Quant leur bobans et fors cherront Ne leur sen rien ne leur vaurra
Ne leurs eïïbrs, lors sy fourra
Qu'ils viegnent à nous à recours,
S'ilz veulent avoir nul secours
N'en biens, n'en sens, n'en corps, n'en âme.
Sy vous dessez, ma chière Dame,
Lessiez-leur boire leur folies.
NOSTRE-DÀME.
Très doulz Jhesus, leurs biens , leur viez
De vous dépendent et descendent; .
Sire , s'encore ilz ne s'amendent
N'alez pas voye de rigueur.
Sans vous n'ont ne sen ne vigueur ,
Et qui se pourra soustenir
Se vous voulez rigueur tenir?
L'escript dit que ne voulez mie
La mort du pécheur, mez la vie.
En vous nomme par bons amis
Filz de Marie et de David,
Chier filz , c'est pour vous reprouchier
Que n'avez pas cuer de bouchier ,
Mais d'aignel doulz et débonnaire ,
Qui ne acet à nully mal faire.
Sy vous pry filz amoureulz
Que ne soyez pas rigoureux
Envers eulz , mez doulz et bénigne.
JHESUS
Dame, pou y a qui soit digne Qu'en ly face grâce neiz une.
Leur mauvestié est trop commune.
Sy requiert par droite desserte
Qu'elz et leurs biens voisent à perte.
Je sçay bien que plusieurs y sont Qui pou de mal, moult de bien font :
A ceulz-là vueil-je bien entendre A lez guarentir et deffendre/ Et délivrer de tout péril.
NOSTRE-DAME , à jointes mains.
Ha , mon Seigneur, ha, mon doulz filz, Ha, doulz Jhésus, plus doulz que miel, Pour qui descendistes du ciel , Pour qui vray homme devenistes , Pour qui en mes flans vous tenistes , Pour qui , très doulz filz , m'allestastes ,
En monstrant sez mamelles.
Pour qui ces mamelles succhastes, Pour qui fustes prins et lié , Pour qui fustes crucefié Et mis à mort entre deulz lierres, Ne fusse pas pour lez péchierres?
Oil , doulz filz , oil , doulz Sire, Sy ne les vueilliez pas destruire Ou de tout me metez à nient.
Cy se lesse chéoir suz lez coûtes adens.
SAINT JEHAN , à jointes mains.
Très doulz Jhésucrist, et dont vient Qu'à vostre mère glorieuse Suz sains et saintes précieuse , Sy très durement responnez, Sy très-grans courrons ly donnez
DE SAINTE CENE Vî EVE. I 99
Qui vous nourrit, qui vous porta , Qui douleur et desconfort a Du pueple qui ainssy përille, Dont l'un l'autre tue et essille, Pour qui vostre sanc espandistes Quant en la crois pour eulz pendistes?
Là , Sire , là me recommandastes Et mpy pour vous ly assignastes.
Brief , Sire , durer ne pourroyc S'en douleur longuement véoie Ma chière Dame , vostre Mère.
Cy chiée adens et tantost se reliève à genous.
JHÉSUS
Jehan , la cause est trop amère Et trop pesans, dont me desplaist; Mez puisqu'à ly et à vous plaist Je me cesseray en partie.
Mère, ne vous desconfortez mie, 11 n'apai tient pas, levez sus, Venez seoir lez moy, ça dessus. Voslre vouloir sy est le mien , Car vous ne voulez que tout bien :
Sy ne vous vueil pas escondire.
nostre-dame , en aourant.
Vostre plaisir soit fait , chier Sire.
Lors se liève et voise devant Dieu lez son ciege et là se tegne en estant,
et lez sains derrière elle.
JHÉSUS
Mère, pour vostre amour feray
Que lez amez je garderay , Et leur seray doulz et propice, Mais je troubleray par justice Lez fors, lez villes , lez cités , Où ilz font leur iniquités. . . .
Belle-mère, à tant vous souffise.
NOSTRE-DAME, à genous, et lez sains se metent aussy à genous
derrière elle.
Sire, faites à vostre guise Dez fors, dez villes et des biens Puisque lez espéris sont miens; Mais toutevoiçs je vous supplie Que de une vierge , moy amie, Qui est aussy la vostre amée Avant qu'elle fu oncques née, Que lez gens nomment Geneviève, Qui nuit et jour se peine et griève De faire tout vostre plaisir , Vueilliez acomplir le désir.
Sa prière est et sa requeste Qu'il vous plaise en ceste tenipestc Garder et deffèndre Paris.
En monstrant les sains.
Et véez icy vos bons amys Auquelz la dite sainte vierge A offert maint tuertis et cierge ♦ Qui vous en prient humblement.