I, VII
l'art de HENRY JAMES 109
Ayant trouvé ce qu'il nomme a psychological reason, un thème psychologique, un motif romanesque, James aime à en tirer tous les effets. Il s'attache à refaire la vie avec le moins de données possible et, pour ainsi parler, sur toile blanche, abandonnant pour cela ses sujets à leur développement naturel et organique. Nous dirions volontiers que, pour James, le roman est expérimental, n'était le succès que la formule fit jadis dans un sens tout contraire.
Le romancier expérimental à la façon de Zola procédait du dehors au dedans, étudiait la conscience humaine dans les actes, Texpliquait par eux. Pour James, c'est l'inverse. Il procède du dedans au dehors, from t/ie cenier oiitward. Les gestes, les paroles sont épisodiques, parfois symboliques. Ils marquent les affleurements accidentels de la conscience et sont des concessions au lecteur. Le signalement extérieur des personnages est fort simple. James est de ceux que Tâme de Hamlet intéresse plus que son costume et qui n'ont jamais fini de l'approfondir. Bien loin d'être le résultat d'une composition fragmentaire et de s'élaborer dans les sens extérieurs du romancier, les personnages de James naissent spontanément dans le sens intime, la conscience du romancier collaborant sans cesse avec la leur. En fait de notes, James ne tient compte que de ses impressions. Le roman, pour lui, est une sorte de création spontanée. Cerner la vie par de minutieuses approximations, c'est là ce qu'il se propose. Il définit le roman tlie criticism of life. Il aime la croissance, l'efflorescence naturelle, le mystère de ses