Vol. L VII
cier populaire, à qui le public crie : « Dramatise! dramatise! », se contentent d'actions déterminées se précipitant vers une crise. Mais le moi humain déborde ses actes aussi bien qu'il se définit par eux. C'est le caractère lui-même et ses phases, beaucoup plus que les faits et gestes, qui intéressent notre romancier. James, précédant en cela plusieurs maîtres modernes, a singulièrement élargi la portée du roman. Pour suppléer à la mise en scène, le romancier entrecoupe de développements son dialogue. James a le goût de ces vastes parenthèses. Plastique surtout dans Balzac \ chez qui nous trouvons, en marge du récit, une poHtique, une religion, voire une métaphysique, le roman l'est de même pour James. Ces temps où les acteurs vont se reposer dans leur loge, et où c'est au romancier lui-même à occuper la scène, James les consacre avec prodigalité aux enquêtes psychologiques. Il en profite pour développer en profondeur le signalement de ses personnages et faire apparaître le lien entre leur vie scénique et leur vie consciente. James se trouve si bien dans son élément alors que la crainte de céder aux développements le saisit. « En réalité, s'aperçoit-il, et universellement parlant, les relations ne finissent nulle part » ; « le problème exquis pour l'artiste est de tracer, par une géométrie qui lui est propre, le cercle à l'intérieur duquel elles paraîtront le plus heifreusement s'arrêter 2... »
1. James s'est proclamé à plusieurs reprises le disciple de Balzac et s'est acquitté de sa dette envers son maître dans un magnifique essai qu'il faut lire pour comprendre non seulement Balzac, mais James lui-môme. (The question of oiir speech; the lesson of Balzac. Boston-New-York. Houghton Mifflin et Co., 1905.)