‹ Mythes & légendes [microform]Chapitre 1 sur 57 · RELIGION, MŒURS ET LEGENDES, VOL. I^. P · texte numérisé non relu

RELIGION, MŒURS ET LEGENDES, VOL. I^. P

N'enfermons pas la Vérité dans une tour d'ivoire, tout le monde doit connaître la Vérité.

CE livre d'histoire et de critique religieuse, n'est pas, comme on pourrait le croire, l'œuvre d'un sectaire ; c'est l'anthologie, la réunion, en un seul volume, d'une foule de textes éparpillés en un grand nombre d'autres et qui ne sont connus que par des spécialistes, textes comparés ici entre eux, dans le but d'en montrer l'évolution ou les origines par rapport les uns aux autres. L'auteur a donc, avant tout, voulu faire œuvre scientifique pour qu'un peu plus de lumière se fît dans les brouillards du passé et dissipât les ténèbres qui planent encore dans la nuit des temps, au-dessus de cette partie si passionnante de l'histoire de la pensée humaine.

Les religions ont toujours eu une influence prépondérante sur la civilisation et ses progrès ; et c'est

là, il me semble, une raison pour qu'elles ne soient pas recouvertes du voile du silence et de l'oubli. Si elles ont fait beaucoup de mal, il faut convenir qu'elles ont parfois fait aussi beaucoup de bien, et ne pas le reconnaître serait une injustice. Si d'un côté, elles maintenaient les peuples dans l'esclavage, elles les conduisaient souvent vers la liberté en leur montrant un but plus élevé, plus humain, engendrant, en même temps, des lois pour le peuple et pour les princes. Ainsi tout en faisant les hommes semblables aux dieux, elles rendaient aussi les dieux semblables aux hommes. Sans les religions anciennes, nous serions peut-être encore à l'heure qu'il est, des sauvages vivant par clans au milieu des forêts, rendant un culte à une " churinga " ou adorant des fétiches. Nous n'aurions point ces temples où retentit la parole des grands prédicateurs modernes ; l'éloquence de la chaire nous serait inconnue aussi bien que les discours profonds des maîtres de la science contemporaine ; nous n'aurions ni écoles ni universités ni littérature ; point de politiciens, car les prêtres furent lès premiers hommes qui au risque de leur vie, osèrent souvent, au nom de leurs dieux, parler pour le bien du

peuple opprimé, mettant ainsi des bornes au pouvoir des tyrans. C'est au milieu des prêtres que naquirent les plus grands ennemis des prêtres et les chercheurs de la vérité. Si les uns s'évertuaient à tenir les hommes dans l'ignorance, d'autres plus sincères, plus droits et plus nobles, eurent l'héroïsme de se dresser devant leurs chefs spirituels et de proclamer, au peuple, les mensonges dont on se servait pour l'exploiter de mille manières. Ainsi l'esprit humain, de jour en jour plus libre, s'émancipa, jusqu'à l'heure, où la Révolution Française rompit ses dernières chaînes.

Mais le fait d'avoir été de tout temps captive, suggestionne encore la pensée de ceux qui tendent vers plus de lumière. A l'entrave réelle, a succédé l'entrave morale des préjugés. Déjà, des modernistes se révoltent contre le joug que veut leur imposer l'ignorance de ceux qui craignent le triomphe de la Vérité. Malgré tout, la Vérité remportera la victoire.

D'un autre côté, les littérateurs, soit par ignorance, — car les littérateurs ne sont pas toujours des érudits, — soit par scepticisme, soit par paresse ou négligence, feignent de ne pas s'intéresser aux questions philosophico-religieuses, comme si l'histoire de la pensée

humaine ne faisait pas partie du domaine des lettres. Hélas! Où donc es-tu siècle de Voltaire et de Diderot ?

Le peuple, tantôt crédule tantôt incrédule, croit ou ne croit pas, suivant que cela peut tranquilliser sa conscience, apaiser son cœur ou lui remplir sa poche ; souvent il ne sait pas au juste ce qu'il doit croire ou ne pas croire.

L'homme du peuple subit généralement les influences du milieu.

Et pourtant, là-bas, loin des masses ignorantes, làbas, seuls dans les sables de la Mésopotamie qui recouvrent les ruines de ces villes actives et vivantes que furent, jadis, Ninive et Babylone ; là- bas en Syrie, aux Indes, en Egypte, quelques savants solitaires, entre les tombes et les anciens murs des temples et des palais, cherchent ce qui reste des civilisations antiques, cherchent les derniers vestiges de la pensée des hommes qui vécurent il y a lo.ooo ans ^

I. La civilisation de l'Egypte primitive remonte à 8.000 ans avant J.-C. Le plus ancien document connu est une tablette en ébène du roi Manès, remontant à 5.500 ans environ avant notre ère.

Mais le gros public, qui mange, boit, dort et se multiplie, ne s'intéresse pas à toutes ces découvertes. Il ne comprend pas l'ivresse, — la sainte ivresse — que procure la connaissance de ces vieux documents dans lesquels nous retrouvons les paroles et les pensées engendrées par le cerveau d'hommes reconnus, de leur temps, comme supérieurs, et qui sont déjà morts depuis des milliers d'années. Le gros public ne s'intéresse pas plus au passé qu'il ne s'intéresse à l'avenir. Il passe son temps et passe inaperçu, ignorant, plein de préjugés, ne sachant que faire pour abréger une vie qu'il trouve trop courte et sans même s'apercevoir que des millions et des millions d'hommes passèrent avant lui. Néanmoins chacune de ces nullités sans expérience, s'estime le plus sensé des humains. Si demain, cet homme était le maître, il ferait ceci, il ferait cela ; heureusement qu'il reste très souvent Gros-Jean comme devant et qu'il n'a rien d'autre à faire, qu'à s'imaginer une importance qu'il n'a pas et à se croire considéré et estimé par ceux qui ont intérêt à le flatter. La vérité dans cette vie n'a pas beaucoup de chances d'être appréciée ; les illusions et les rêves chimériques sont poursuivis

i8 INTRODUCTION

avec bien plus de persévérance. Cet homme connaîtra peut-être le dernier roman à la mode, et n'osera pas sortir avec des souliers malpropres, parce que " tout le monde " le remarquerait. Jugez un peu ! — Le gros public n'a pas d'idéal. Il vit pour se remplir le ventre, ce qu'il appelle se distraire ; tout le reste ne l'intéresse pas. Que lui importent, après tout, les sciences, les savants, les penseurs, les philosophes des temps passés et futurs. Tout cela ne fait pas son lard. Une fourmi passe, il l'écrase. Sa vie passe aussi et le temps rend sa poussière à la terre.

Un matin, je lus dans un journal cette pensée bien profonde. J'en copiai le texte sur parchemin et le fis encadrer. Aujourd'hui, il orne mon cabinet de travail :

" A chaque pulsation d'une artère, à chaque battement du cœur, il meurt un homme sur quelque point de la surface terrestre. Un mort par seconde, soit 80.000 par jour ; soit 30.000.000 par an. En additionnant ainsi les hommes morts depuis 3.000 ans, en supposant que l'histoire de l'humanité ne commence qu'à partir de ce moment, on aurait un

total de 90 milliards d'êtres, dits '^ humains '\ ^ux ce nombre formidable, oh ! combien y en a-t-il qui par leurs pensées et leurs actes, contribuèrent chacun dans leur sphère au mouvement progressif de l'humanité ?...

Si l'on voulait construire, avec les données de l'histoire universelle, prise dans le sens le plus étendu, un globe dont les saillies continentales seraient figurées par des hommes qui mirent quelque chose dans le tronc commun de la civilisation, pendant que ceux qui n'y mirent rien figureraient la nappe des eaux, on aurait une configuration assez semblable à celle que présenterait la terre peu de temps après un déluge universel. Le monde, que l'homme est appelé à construire par son travail intellectuel et moral, n'est pas encore sorti du chaos. "

Et j'y ai ajouté : " Travaillons ! "

Après avoir subi la pire injure que peut souiîrir celui qui se dévoue pour le triomphe de la Vérité, c'est-à-dire, l'indifférence, le savant passera comme les autres. Mais le temps qu'il aura vécu dans le passé, aura, peut-on dire, prolongé sa vie de quelques milliers d'années. Il aura eu la joie d'avoir pu penser

avec ceux qui pensaient et qui vivaient il y a 7.000 ans, et il aura pu voir par lui-même les progrès réalisés au bout de ces années. La Science rend l'homme divin, tout-puissant et éternel. La Science est la religion de l'avenir ; car c'est elle qu'on enseignera, un jour, dans les temples jadis consacrés aux idoles. O Science, que ton règne nous arrive !

Mais qu'est-ce que ce, livre devant la science universelle ! Et combien sont-ils ceux qui le liront !

Peut-être mon ouvrage sera-t-il de quelque utilité à ceux qui s'intéressent à l'évolution des idées religieuses chez les anciens, ainsi qu'à quelques spécialistes qui tout en possédant les textes différents qui se trouvent dans ce volume, seraient très heureux de les posséder réunis en un seul et même livre, la comparaison des textes demandant toujours un grand nombre de volumes qu'il faut connaître à fond et qui sont parfois rares, très coûteux et souvent épuisés.

Peut-être trouvera-t-on aussi que quelques-unes de ces citations auraient pu être mieux traduites.

C'est une remarque à laquelle il me serait difficile d'attacher quelque importance, parce que je sais qu'aucun spécialiste ne trouvera parfaite l'œuvre de son confrère, si bien que lorsqu'il aura lui-même essayé de donner une traduction soit plus littérale, soit plus française, soit plus correcte, — il serait très difficile d'obtenir ces trois résultats à la perfection, — un autre viendra encore me dire qu'il aurait pu mieux faire que lui. C'est là, le petit côté des grands esprits. Mais grâce à ce léger travers, nous aurons, dans un temps plus ou moins éloigné, — il faut l'espérer, — de vrais chefs-d'œuvre de fidélité parmi les traductions. Voulant autant que possible éviter les observations, j'ai consulté, dans la mesure de mes moyens, pour les textes cités, les savants les plus modernes et les plus compétents en la matière, sans m'inquiéter s'ils étaient catholiques, bouddhistes, protestants ou rationalistes. Leurs noms et le titre des ouvrages consultés sont généralement mentionnés afin qu'on puisse au besoin s'y référer;' s'il m'est arrivé d'en omettre, qu'on

^ Je n'ai pas toujours voulu indiquer le numéro des pages des ouvrages auxquels je renvoie mon lecteur, parce que j'estime que certaines œuvres méritent d'être lues en entier et non pas

veuille bien m' excuser ; ce n'est qu'un oubli involontaire de ma part. A tous ceux que je citerai et à ceux aussi que je ne citerai pas et qui ont pu m'inspirer de l'une ou de l'autre manière pour mes commentaires, j'exprime toute ma reconnaissance. S'ils jugent que j'ai commis quelque erreur ou que j'ai fait l'une ou l'autre supposition incorrecte, leurs observations seront prises en considération s'il y a lieu. ^

J'ai cherché à être aussi concis que possible et pour ce motif, je n'ai pas voulu encombrer mon œuvre de trop d'observations et d'explications, d'abord parce le sujet est beaucoup trop vaste, ensuite afin de ne pas embrouiller les différents chapitres. Une deuxième lecture fera ainsi apercevoir beaucoup de choses qu'on n'aura pas remarquées d'abord.

Mon but a été surtout de passer en revue les principaux arguments d'une thèse nouvelle et de les exposer réunis dans ce premier livre. D'autres ouvrages

d'être simplement consultées ; une phrase sans son contexte, peut avoir un tout autre sens que celui qu'a voulu lui donner son auteur.

^ C'est là surtout la principale raison pour laquelle j'ai édité mon ouvrage moi-même.

suivront peut-être, dans lesquels je serai plus explicite. Au lecteur, il appartient maintenant d'éplucher mes arguments.

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