‹ Mythes & légendes [microform]Chapitre 2 sur 57 · COMMENT SE FORMENT LES LEGENDES · texte numérisé non relu

COMMENT SE FORMENT LES LEGENDES

uiDAS nous rapporte qu'Avril était, jadis, le mois consacré à Apollon. Durant ce mois, le sein de notre mère la Terre s'ouvrait et la Nature reprenait vie. Pour ce motif, Avril était alors le premier mois de l'année. Origines Mais en 1563, le roi de France, Charles IX, "étant au château ^'^^"// de Roussillon, en Dauphiné, publia un édit dont l'article 39 fixait à partir de 1564, le commencement de l'année au premier jour de janvier. L'édit ne changea rien à l'usage tout d'abord, parce qu'on ne renverse pas ainsi du jour au lendemain les coutumes de plusieurs millions d'hommes, mais il eut comme résultat, de créer un grand nombre de mécontents parmi les gens habitués à donner des étrennes le premier avril, et qui se crurent, dès ce moment, obligés d'en donner le i*"' jour de janvier. Ces bonnes gens continuèrent donc à distribuer des étrennes le i"' Avril et comme c'est alors la saison du frai, plusieurs s'avisèrent de faire présent d'un poisson le premier jour du mois. Voilà peut-être une origine ; en voici une autre

2 8 LIFRE I. CHAPITRE I.

qui me semble tout aussi vraisemblable. Il est dit dans beaucoup de calendriers que c'est en Avril " que le soleil entre dans les Poissons ". Je crois cette raison erronée. En ce temps, les astrologues et les astronomes avaient certes une grande influence à la cour, mais il ne faut pas croire pour cela que leurs paroles étaient entendues dans toute la France. Voici pour ma part ce que je pense. Jadis, le premier jour de l'an tombait la veille de Pâques, c'est-à-dire le samedi saint. Il était d'usage ce jour-là, — et il l'est encore, — de célébrer le retour de la " lumière céleste " — chez les anciens le dieu solaire — qui revenait " vivifier " les âmes des croyants. C'était le jour ou l'on rallumait le feu de l'autel et le cierge pascal. Le lendemain, chez les païens on célébrait la résurrection du Soleil, chez les Chrétiens, la résurrection du Christ. Ceci explique pourquoi ce jour " du feu nouveau ", était le premier de l'année. Le jour précédent c'était... le vendredi saint, jour de jeûne ; et comme le jour avant Pâques était également jour de jeûne, en même temps que le jour de la nouvelle année, c'était celui où l'on se rendait mutuellement visite et où l'on s'offrait un présent et des souhaits. Pour que ces derniers se réalisent, il fallait, suivant une vieille coutume totémique, consommer le présent donné. Or ce jour là, on ne pouvait que faire maigre. Le présent devait donc être un poisson... d'Avril ou des œufs... de Pâques. Depuis lors, la Pâque chrétienne tombe le premier dimanche qui suit la pleine lune après l'équinoxe du printemps. Il est possible encore qu'on envoyait celui à qui on donnait le poisson ou les œufs de Pâques se promener, pour lui réserver après une surprise ; d'où l'usage de faire courir les gens pour rien, afin qu'ils ignorent qui, pendant

leur absence, leur a fait don du poisson. Malgré cette vieille coutume moins galamment transformée, il se trouve des gens qui chaque année, se laissent "-^ prendre dans les filets " des conteurs ^^^^^ f^i de fausses nouvelles. Il ne faut pas être extraordinairement ^^ Cr/^^/z^//// crédule pour cela. Parmi nos aïeux, il s'en trouva qui admettaient volontiers ce qu'on voulait bien leur faire accroire, comme le font, aujourd'hui, nos contemporains, qui acceptent tous les contes comme " vérité sainte ". Cette vérité s'appelait alors, ^'-parole d^ évangile'' et ils croyaient à la '■^ bonne nouvelle'' ou au " bon roman ", comme un tas de personnes, à présent, aussi intelligentes que le grand Maurice Maeterlinck, croient à la " bonne aventure ". ^

e raine

IL n'y a pas bien longtemps, — cela se passait en 1910, à Crèdulït Borgerhout, grand faubourg d'Anvers, (Belgique) — contemp un miracle se produisit, dans une maison sise à VHooge Weg (Chaussée Haute). La Sainte Vierge avait choisi comme demeure... un poulailler. Pour les gens simples cela semblait aussi naturel que la naissance du Rédempteur dans la grotte de Bethléem. Quoique cette Sainte Vierge fût de petites demensions, on fut pourtant persuadé que ce ne pouvait être qu'elle et tout le monde fût autorisé à aller la contempler et l'adorer en payant une entrée de deux sous. Il paraît qu'elle eut la visite de milliers de personnes. Tous les grands journaux de Belgique en parlèrent. Le clergé, moins crédule, ^^rre" que plus instruit^ voulut examiner le cas. Il l'examina. Quelle ne fut pas la stupéfaction de toutes ces bonnes gens, quand le clergé

^ Lire à ce sujet le " Temple enseveli " de Maurice Maeterlinck.

(^ "'If 1 1 « ^'

jj^b « ,»^«, tin aAM .

Oi^ ^lOÉ IkaillA < . •

/ VtW|Ht|*|(i((|(«(| — • T'iVllf «Mmi H« MON,

'Av t / ' d- - ■■ ■r<Mili<"Mr(«iài>>, t,

tlnmmim*m<MK

'A:,^!tl-¥»MUl'«im.

0«kil,(fl«M«, >' , , T|lfMNIWM«)t4|M« , "^

' — >— ^ p- ' ' I pA.— —.-fct ''ri ' ■■■ ■ M . ^' ■ ! "j .1 1 1,..." ' I ' ~ ' f \

Comme quoi une date n'est pas toujours une preuve historique.

déclara que cette Vierge n'était.... qu'un vulgaire champignon. Un cham- Et ceci se passait au XX' siècle, dans une ville moderne comme ^'^J^" ^J" Anvers. Dans ce cas, combien plus grande ne devait pas être Sainte la crédulité des gens, il y a vingt siècles, dans un pays oriental. ^'^'^^S' Il s'en fallut de peu que le champignon dont je viens de vous . parler ne se mît à faire des miracles. Ce qui n'eut pas été extraordinaire. Ainsi naissent les légendes, et des légendes parfois les mythes, et des mythes les religions et les cultes.

Au IV' siècle, un habitant de Byzance, raconta, un beau la légende jour, que le portier de Ponce Pilate, — d'autres ^" ^^^f

eTTcint

disent que c'était un cordonnier de Jérusalem, — se nommant Ahasvérus, — il connaissait même son nom ! — avait été condamné par le Seigneur Jésus à marcher éternellement pour avoir manqué de pitié envers lui. De cette légende naquit celle du Juif errant. On assure quon le vit même passer a Vienne^ le 22 Mars 1777, mais il avait alors changé son nom en celui d'Isaac Ladequem. Il passa aussi à Bruxelles. Ce conte inspira une foule d'auteurs parmi lesquels il faut citer Goethe, Schubart, Musaeus, Hamerling, Edgar Quinet, Eugène Sue et Beranger. Tous ces écrivains en firent un personnage selon leurs propi'es conceptions^ chacun racontant son histoire a sa manière. Si le Juif-Errant avait été aussi sympathique que Jésus, nul doute qu'il eût été considéré comme un martyr et eût trouvé ses apôtres.

LENSPiEGEL est également un héros de légende. Rien ne ^« ^«^'^ nous prouve qu'il ait vraiment existé, quoiqu'on fixe ^piegel

32 LIFRE I. CHAPITRE I.

sa vie à une période bien déterminée de l'histoire, c'est à dire sous le règne de Philippe II. Nous connaissons son père, sa mère, la ville ou il naquit, les villes ou il passa, V itinéraire de ses pérégrinations, etc. Qui oserait émettre l'hypothèse que tout cela est vrai ? Il inspira une quantité d'auteurs comme l'avait fait le " Juif-Errant " et serait peut-être devenu le dieu des Gueux, si ceux-ci n'avaient eu déjà un autre.

Ulenspiegel eut ses évangélistes comme tant d'autres, et le plus beau de ces évangiles, je veux dire le plus complet que nous possédions le concernant, fut écrit 300 ans après sa prétendue existence, par le poète-romancier belge Charles De Coster, lequel fut pour Till Ulenspiegel, un véritable saint Jérôme, car il réunit tous les évangiles d'Ulenspiegel en un seul.

cfiloinère

Lajégende ^ Tne autre légende est celle de la vie d'Homère. Tout le V J monde connaît l'histoire de l'aède aveugle, allant chanter de ville en ville les exploits des héros de la Guerre de Troie. Quelques citations de " l'Aveugle " d'André Chénier démontreront mieux comment se développe naturellement cette tournure de l'esprit consistant à déifier les grands hommes :

" Quel est ce vieillard blanc, aveugle et sans appui ? Serait-ce un habitant de P empire céleste ?

Ses traits sont grands et fiers, de sa ceinture agreste Pend une lyre informe, et les sons de sa voix Emeuvent Vair et Fonde^ et le ciel et les bois. '*

(Si plutôt, sous un corps terrestre et passager^

La Déification !->'Homure

'iil<ri'S un bas-relief auribuc à Archaela'ûs de ?>•'!:■ nu >..

pri'-pp

[c y!.:'i-'\\(:' vie ( ' 'vi i

, . .■ y ,,-,^. .■ , , // i.';;':.r,w/ , ; i'i a icriiî 'C ûc' ses •'.)w' oserait ciAï-:.-.-rr !'J-!vnoi,,iièî-;e auc rv-iat

p'ilS ^K:<i,'

le veux

■:\r[\\\ i(: .lieu de?

i.)î;So-eOîO'e^ le roï\C'.^yix:\ri'... ne

;N>e':e-.ee re-e' e:' ;e;';(:rc-.re!niaî!e;e! Lie! lie: ^''.SiW < il!. IJ i'i.^nseee^-'ie,

lere; les ev^nu^'ies d'v

f.je

■; ecp'-:

Page 1