ORIGINES ET EVOLUTION DE LA LEGENDE DE JESUS
A magie, comme on a pu le voir, tenait un rôle très La Magie important dans les légendes de l'Orient et notam- ^" ^^^ ^ ment en Egypte.
Les prêtres porteurs du rouleau ou du livre {khrihahî)^ qui possédaient les secrets de la divinité au ciel, sur la terre dans l'enfer, pouvaient exécuter tous les prodiges qu'on réclamait d'eux \
S'il fallait croire tout ce qu'on a raconté, il y aurait même eu des thaumaturges ou sorciers capables de rattacher au tronc une tête coupée et d'autres sachant ouvrir les eaux. Quoi de plus naturel que nous retrouvions alors Jésus, recollant une oreille au Jardin des Oliviers, et que nous voyions les flots de la Mer Rouge s'entrouvrir et se dresser comme deux murs de marbre, à la voix de Moïse... et les flots du Jourdain à celle de Jésus.
C'est dans ce milieu que fut probablement créée la première
^ Maspero. Introduction des contes déjà cités, p. XLIX.
Influences légende du " Jésus " OU de Jésus, dont les différents faits et quiengen- p.£g|.gg gg retrouvent dans les pri?îcipales littératures qui se
cirèrent la ° r r 2
légende de Concentrent à Alexandrie \ Elle naquit sous l'influence du mysti-
Jesm cisme juif, du pythagorisme, du néo-platonisme, du zoroastrisme
et du bouddhisme, le tout concentré et mélangé sous l'influence
des idées venues de Rome et des anciennes idées existant en
Egypte. C'est de ce chaos que sortirent toutes ces hérésies
Panténus ^^^ théories les plus étranges et finalement V Ecole chrétienne
rapporte des d' Alexandrie fondée par Panténus, et dont Rhodon fut le
Indes un
Evangile dernier maître. Panténus, nous rapporte Eusèbe, se rendit aux de^t. Mat- Indes et en rapporta un exemplaire de l'Evangile de Matthieu... ^
thieu.
' " Il y avait en ce temps-là beaucoup de Chrétiens. Parmi eux se trouvaient des sectaires {alperiKoi) qui s'écartaient de l'ancienne philosophie : tels étaient Adelphius et Aquilinus. Ils avaient la plupart des ouvrages d'Alexandre de Lybie, de Philocamus, de Démostrate et de Lydus. Ils montraient les " Réz^éhidons " de Zoroastre, de Zostrien, de Nicothée, d'Allogène, de Mésus et de plusieurs autres. Ces sectaires trompaient un grand nombre de personnes, et se trompaient eux-mêmes en soutenant que Platon n'avait pas pénétré la profondeur de l'essence intelligible. C'est pourquoi Plotin les réfuta longuement dans ses conférences, et il écrivit contre eux le livre que nous avons intitulé : " Centre les Gnostiques. " Il nous laissa le reste à examiner. Amélius composa jusqu'à quarante livres pour réfuter l'ouvrage de Zostrien ; et jnoi, je fis voir par une foule de preuves que le livre de Zoroastre était apocryphe et composé depuis peu par ceux de cette secte qui voulaient faire croire que leurs dogmes avaient été enseignés par l'ancien Zoroastre. " (Porphyre).
'' ^ Voici plusieurs témoignages d'importations bouddhiques :
" Il est rapporté par la tradition parmi les gymnosophistes de l'Inde, que Bouddha, le fondateur de leur système, sortit du côté d'une vierge. {Contre Jovinien. p. St. Jérôme). Or St. Augustin, St. Ephrem, Agabard et le " Bréviaire des Maronites " donnaient à croire que l'enfant Jésus sortit par l'oreille de la Vierge Marie pour lui épargner sa virginité. St. Jérôme appelait encore les Bouddhistes du nom de Samanéens. Clément d'Alexandrie parle aussi des Brahmanes et des Gymnosophistes, Quant à Chrysostome, il connaît Bouddha et l'appelle par son nom. St. Epiphane accuse Scythien d'avoir apporté des Indes, au IP siècle, des livres de magie à tendances manichéistes (P. Saintyves, ^^ Les Saints Successeurs des Dieux").
mais les théologiens, prétendent qu'Eusèbe s'est trompé et que c'est, en réalité, en Arabie qu'il se serait rendu. — La suite démontrera que je ne suis pas de l'avis des théologiens et qu'Eusèbe disait à peu près la vérité.
Mais pour qu'on puisse se faire une idée de la façon dont MM. les théologiens rectifient les textes afin qu'ils soient à leur convenance, voici ce que dit Eusèbe au chapitre X du Cinquième Livre de son " Histoire ecclésiastique " :
Alors un homme très célèbre pour la culture de son esprit, dirigeait l'école des fidèles dans ce pays (Alexandrie) ; son nom était Pantène (Pantenus liavTaivoç). C'était un antique usage qu'il y eût parmi eux une école des saintes lettres : elle s'est prolongée même jusqu'en notre temps, et nous avons appris qu'elle était aux mains d'hommes puissants en parole et en zèle pour les choses de Dieu. On dit qu'à cette époque, Pantène était parmi les plus brillants : il était sorti, du reste, de l'école philosophique de ceux qu'on appelle stoïciens. On raconte donc qu'il montra une telle ardeur et un amour si courageux pour la parole divine qu'il se signala aussi comme prédicateur de l'Evangile du Christ auprès des nations de l'Orient et qu il s'avança même jusqu'au pays des Indes ^^ Iv^Cov " En effet, il y avait encore^ à cette époque.^ de nombreux èvangèlistes de la parole^ qui avaient à cœur d'apporter un zèle divin à imiter les apôtres pour étendre et fonder la divine doctrine. Pantène fut lui aussi F un d'eux, et Ton raconte qu'il alla jusqu'aux Indes, ou il se trouva, dit-on, à son arrivée devancé par l'Evangile de Matthieu, auprès d'un certain nombre de gens de ce pays,, qui connaissaient le Christ. Barthélémy, un des apôtres, les avait évangélisés et leur avait laissé le texte hébreu de l'écrit de Matthieu ; ils l'avaient conservé jusqu' a ce temps. Cependant après de nombreux succès, Pantène finit par gouverner l'Ecole d'Alexandrie ; il y expliqua de vive voix et par écrit, les trésors des divines doctrines..
2o6 LIFRE IL CHAPITRE III.
Malheureusement St Barthélémy, auteur de l'Evangile qui porte son nom et qui a été déclaré apocryphe par le pape Gélase, ne nous a laissé aucun écrit nous permettant de contrôler ce qu'on raconte de lui.
et son but
Harpocrate ou le Verbe Egyptien {Musée du Caire)
La Logia T A légende du Jésus se distinguait des autres légendes de
Jj j l'Egypte de cette époque par le fait qu'elle se composait
primitivement âJune série de discours ou de sermons de celui qui devait sauver Israël du joug de Rome. — Ce que j'ai déjà montré par une citation des Evangiles. (Page 1 86.) — Celui-ci, ne pouvait être qu'un roi, un " 'Rédempteur^ " un " Sauveur^ " c'est-à-dire un " yésus ". Le scribe qui avait fait ces discours,
ne visait qu'un but : unir le peuple de Talweg désuni par la politique et la philosophie.
En ce temps-là, toutes les mythologies se confondaient. ^ Le premier romancier qui parla du Christ, c'est-à-dire de l'Oint, avait attribué ses propres paroles à F^ous (Eis), Hélios, fils de Zeus-Amon, c'est-à-dire Jupiter-Amon que certains Juifs confondirent avec Yahvé. Ainsi " Eous " devint le Verbe, fils de Yahvé. Ce romancier fut naturellement un hérésiarque pour les Juifs ; et cet hérésiarque créa ainsi une nouvelle secte juive. Mais combien d'hérésies n'y eut-il pas ! Ne serait-ce pas vraiment un fait merveilleux, si dans le milieu où se trouvaient les Juifs alexandrins, cette légende ne fût pas née ?
^ On s'en rendra plus facilement compte par un exemple. Voici une traduction du copte, due à M. E. Amélineau, d'une invocation à Phœbus d'après un papyrus magique du Musée de Berlin. — (Les mots cabbalistiques ont été remplacés par des ).
" Maître des Muses ^ Dieu qui apportes la vie, viens a moi! En toute hâte viens sur la terre., Dieu saint a la chevelure de lierre ! De ta bouche d'' ambroisie., chante un hymne a Phœbus ! Et
toi, le maître du feu , et les trois Parques, Clotho, Atropos et hachis. Je t'' appelle, toi
qui es grand dans le ciel. Dieu transpartant comme Pair, qui a la puissance en propre ! Toute la nature t^est soumise et quand tu habites la terre, les seize géants sont a ton service comme autant de gardes de ta personne. Tu es assis sur la fleur de lotus et tu éclaires la terre, tu en montres les animaux et tu as un oiseau sacré sur ta robe dans les pays autour de la Mer Rouge : de même dans les pays du Nord, tu as la forme d'un enfant assis sur la fleur de
lotus, dieu de P Orient, dieu aux noms divers et nombreux Dans les contrées du midi,
tu as la forme de Pépervier sacré par lequel tu envoies la chaleur dans Pair, qui devient
Dans les pays du Sud-Ouest, tu as la forme d^un crocodile, la queue d''un serpent, c''est de la que
tu envoies les pluies et la neige. Dans Moïse, tu t'es montré avec vérité
Ecoute-moi, grand dieu de Kommé, qui éclaire le jour, l'enfant qui se lève à
l'Orient, toi qui parcours tout le pôle, toi qui t'unis à toi-même, qui
prends un immense accroissement et qui éclaires des multitudes Dieu excellent des
eaux, O Dieu très grand. Dieu fort, je suis ( ) qui Pa prié et tu
m^as donné en présent la connaissance de ton nom, très grand dont le chiffre est etc.
(Essai sur le Gnosticisme Égyptien).
2o8 LIVRE IL CHAPITRE II I.
Comment D'autre part, les païens adoraient Orpheus, que certains naquit a confondaient avec Hermès ; car ces dieux offraient beaucoup
légende ^ J^
de traits de ressemblance avec celui que les docteurs de la Loi appelaient le Verbe ou Logos. Les Egyptiens qui revenaient des Indes, avaient entendu raconter son histoire et ils la rapportaient à leur manière. Des mages, venus de la Perse, à Alexandrie, la commentaient à leur tour. Il arrivait que les légionnaires romains et grecs qui n'avaient généralement pas autre chose à faire pour passer leur temps, qu'à raconter des sornettes ou à jouer aux dés, se joignaient à la foule qui entourait les rhéteurs,... ou les conteurs de " bonnes ijouvelles ", pour donner leur avis. Le voyageur qui confondait Vichnou, Brahmâ, Krchna, Bouddha, etc. rapportait que le " éMatsyas " était le '■^Sauveur''' de l'humanité et qu'il avait fait des prodiges aux Indes ; un autre, prétendait qu'il voulait dire l'Arabie, un ' Juif, ayant quelques notions des prophéties, disait que le éAIesha ou éMasIiiha devait naître en Judée. Il y avait des incrédules et des croyants, et ces derniers n'ayant aucune preuve du contraire, avaient foi en ce qu'on leur racontait. Puisque le Mashiha était né, il était mort, et comme un dieu ne peut pas mourir en Egypte, il était monté au ciel. D'ailleurs Dieu présidait à l'ordre de la nature, et ce personnage divin, s'il avait vraiment existé, ne pouvait être que son Fils. On discutait, et en discutant, on transforma et déforma la légende. Les conteurs disaient aussi que le Sauveur était bon, et qu'il avait dit de donner tout son bien à ceux qui n'en avaient pas. — Comme ils se trouvaient généralement dans le cas de ne pas en avoir, il fallait commencer par partager avec eux. — En même temps, ils en profitaient pour mendier.
2o8 , LIVRE II.- CHAPITRE ni.
Cowmrni D'autre part, les païen?; adoraient Or^tbeus, que certains miquit lu {^confondaient avec Hermès; car ces dieux offraient beaucouo de traits de ressemblance avec celui que les.doctertrs de la Loi appelaient le Verbe ou Logos, Les Egyptiens î)ui revenaieiit des Indes, avaient entendu raconter son tustoire et ils la rapportaient à leur manière. Des iï>ages, \^cnas de la Perse, à Alexandrie, la commentaient à leur tour. Il asri.'v'ait que les légionnaires romains et .grecs qui. n'avaient généralement pas' autre, chose à faire pour passer leur temps, ^ii';., r:)conter des sornettes ou à joner aux dés, se joig^iaient à la tbeK: les -rhéteurs,... ou les conteurs de '-'" boiuics donner leur avis. Le voyageur qui C'.)îdbndaii \' Krchna, Bouddha, etc. rapportait que le '' vvi ^' Sau'veur'' de l'humanité et qu\il avait \ . aux Lides; un autre, prétendait qu/il voulaii ^ ■ Jui:f, ayant quelques notions des f^rophet/: ■SMes/ia ou éMasIiiha devait naître en ]ude.incrédules et des croyants, et ces dérider;preuve du contraire, 'avaient toi en ce qu'o Puisque le Masliiha "était né, il était n)ort, ce. ne peut pas mourir en Egypte, il était monte :;• Dieu présidait à Tordre de la nature, et ce p s'il avait vrï^in'ieru.. existé, ne pouvait. être vivie discutait, ei en discutant, o\\ transibrma et dcrotnev 1,^ légende. Le- ronte;:irs disaient aussi que le Sauveur était bon, et qn'il ■aviîT? ibt de donî:)er tout son bien à ceux qui n'en avaient pas, - — Comnie 'lïi, se trouvaieirî: généralement diUis le cas de ne pas eu avoir, il fallait conunencer par partager avec eux. — ■ Eî! même temps, ils en profitaient pour mendier,
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