‹ Mythes & légendes [microform]Chapitre 17 sur 57 · V:v;ge divin · texte numérisé non relu

V:v;ge divin

ivie

-^M .Fils, On

Jupiter d'après une fresque de Pompéi

et à partir du jour où beaucoup virent qu'il y avait moyen de gagner sa vie en annonçant des " bonnes nouvelles ", ou " évangiles ", ils en firent une profession. Dès lors, ils eurent évidemment beaucoup moins de scrupules, et créèrent de vrais romans. Les auteurs de ces romans furent les premiers évangélistes, les premiers moines que les Grecs appelaient " Rhéteurs ". ^ En ce temps-là, ainsi qu'aujourd'hui, on croyait facilement... surtout en Egypte, et comme nous l'avons déjà vu et le verrons encore par la suite, les conteurs avaient l'imagination féconde et l'adaptation facile. Une analyse bien que superficielle des contes qui précèdent, nous a déjà démontré cela. Le terrain était tout préparé, il suffisait de semer et de récolter. Le voyageur égyptien ou grec qui se rendait aux Indes, retenait bien les faits des histoires qu'il avait entendu raconter là-bas, mais quand il se retrouvait à Alexandrie, et qu'il voulait rapporter ce qu'il savait, il lui était très difficile de répéter fidèlement les noms des personnages et " les discours "; et de même que Jules César identifiait les dieux gaulois et germains aux dieux romains, ces conteurs, qui étaient pour la plupart des hommes du peuple sans instruction, identifiaient les dieux indous aux dieux de leur pays. ^ Il suffira de lire

' Lire à ce sujet " Pérégrinus " de Lucien.

^ " Sous Auguste, le nombre des navires qui faisaient la route des Indes, fut porté de 90 à 1 20 ; ils partaient d'Alexandrie et remontaient le Nil jusqu'à Coptos ; des caravanes transportaient alors les marchandises qui étaient chargées sur d'autres navires, lesquels les transportaient dans l'Inde. Une circonstance vint apporter plus de facilité à ce commerce ; vers l'an 50 avant notre ère, le grec Hippalos découvrit, dit-on, le moyen de tirer parti des moussons qui soufflent sur l'Océan Indien ; le voyage était ainsi beaucoup abrégé, mais il est très probable que cette découverte avait été faite longtemps auparavant par les hardis voyageurs égyptiens. " Amelineau : " Résumé de PHiUoire de P Egypte. "

Hérodote pour voir comment cet auteur identifie les dieux égyptiens aux grecs. ^

Donc ces bonnes gens, qui avaient été aux Indes, apprirent bientôt aux Alexandrins que le " éMatsyas " avait sauvé l'humanité sous la forme d'un poisson.

Quelques Juifs sceptiques y reconnurent l'histoire de Jonas et de la baleine. D'autres moins instruits dans les Ecritures, furent d'avis que peut-être la baleine était le Sauveur du monde et que comme elle avait sauvé Jonas, {voir la légende J'Oannes) elle pouvait aussi avoir sauvé l'humanité. Ainsi celui qui avait sauvé l'humanité chez les Indous, c'est-à-dire aux Indes, {Indid) — que certains confondirent probablement avec [loudalî] — ne pouvait être que le même sauveur. Ils le représentèrent donc pour ce motif par un poisson, image qu'on retrouve sur beaucoup d'objets des premiers temps du Christianisme ^ et que par erreur on a cru jusqu'à ce jour signifier " iKTHUs " c'est-à-dire :

Tessons Khristos Thèou Unios Sôther.

Jésus I Christ I Dieu j Fils / Sauveur.

CE qui vint soutenir la légende ce fut cette évolution dans les versions de la création :

de ridèe du

l^evh.e

^ Georges Lafaye, ^^ Histoire du Culte des Divinités d^ Alexandrie". (Bibliothèque

des Ecoles françaises d'Athène et de Rome).

^ Les Chrétiens avaient encore d'autres symboles. Il y avait Y Agneau, symbole juif.

La colombe, symbole chyprien et syrien, c'était l'ancien oiseau d'Astarté et d'Aphrodite;

quand à Y Arbre, c'était un symbole d'origine asiatique, c'est-à-dire l'arbre que Nabucho-

donosor avait vu en songe et dont toute chair se nourrissait.

VERSION DE l'ancien TESTAMENT ! Au Commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide ; il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et V esprit de Dieu^ se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit: " Que la lumière soit !" Et la lumière fut. (Genèse i. 1-4).

Nous avons déjà vu comment ces versets avaient évolué en sortant de l'Egypte. Comparez ce récit avec celui de Flavius Josèphe. Comparez aussi le récit de Flavius Josèphe avec celui de VHermh Trismégiste ou nous lisons :

"il y avait des ténèbres sans limites sur

l'abîme, de l'eau et un esprit " irv^ifia " subtil et intelligent, contenu dans le Chaos par la puissance divine. Alors jaillit la lumière sainte, et sous le sable, les éléments sortirent de l'essence humide et tous les dieux débrouillèrent la nature féconde."

Ce que l'auteur explique de cette façon :

" Les ténèbres qui se changent en je ne

sais quelle nature humide et trouble, exhalant une fumée comme le feu et une sorte de bruit lugubre. Puis il en sort un cri inarticulé qui semblait la voix de la lumière une parole sainte descend de la lumière sur la nature. " ^

Déjà nous lisions dans les Proverbes, (VIII 22-31) :

L'Eternel me créa comme début de ses actes avant ses œuvres, autrefois. J'ai été formée avant les siècles, dès le commencement, dès l'origine de la terre. Il \\j avait point d'océan quand je naquis, point de sources aux eaux abondantes, avant que les montagnes

^ Louis Ménard, " Hermès Trismégiste. "

fussent fondées avant les collines, je suis née, avant qu'il eût fait la terre et les steppes et le commencement des mottes du sol. J'étais là quand il disposa les cieux, quand il traça un cercle sur l'océan, quand il condensa les nuages en haut, quand les sources de l'océan s'y précipitèrent, quand il posa ses bornes à la mer, pour que les eaux iïqw pussent franchir le bord, quand il traça les fondements de la terre — moi, j'étais à ses côtés, comme son ouvrière, j'étais toute joyeuse, jour par jour, je m'égayais devant lui en tout temps. Je jouais sur le sol fertile de la terre et ma joie, c'était les hommes.

Comparez aussi ces textes avec celui du " Sefer Tezirah ", (Livre de la Création) :

Par trente-deux voix mystérieuses de Sagesse, Yah, Yehovah Zebaoth (l'Eternel des Armées), El-Hay-Zadik (Dieu vivant), " Dieu fort élevé et sublime, demeurant éternellement, dont le nom est saint — a tracé et créé son monde en trois livres : le livre proprement dit, le nombre et la parole.

(Chap. I. V. I.).

Nous lisons ensuite sur le papyrus de Nesiamsou :

J'ai créé toutes les formes avec ce qui est sorti de ma bouche.^ alors qu'il ny avait ni ciel ni terre.

Ce que St. Jean dans son Evangile adapte de cette manière :

La Parole était au commencement, la Tarole était avec Dieu et cette Parole était Dieu.

Elle était au commencement avec Dieu.

Toutes choses ont été faites par elle et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle.

C'est en elle qu'était la wV, et la vie était la lumière des hommes ; (Le " khou " des hommes ; l'âme des hommes).

Et la lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont point reçue

C'était la véritable lumière qui éclaire tous les hommes en venant au monde.

Il est venu chez les siens et les siens ne l'ont point reçu.

Mais à tous ceux qui l'ont reçu, il leur a donné le droit d'être faits enfants de Dieu ; savoir à ceux qui croient en son nom.

Or " le nom, a dit Hartland, est une image qui se confond avec son objet : il devient cet objet lui-même, moins matériel adapté à la pensée ". Et " pour les Egyptiens, dit A Moret, le nom-image a une réalité concrhe ". ^

Aussi lisons-nous dans l'Evangile de St. Jean :

Et la Parole a été faite chair, et la Chair a habité parmi nous pleine de grâce et de vérité, et nous avons vu sa gloire telle qu'est celle du Fils unique venu du Père.

En examinant de près les théories de Simon le Magicien ' et des gnostiques nous pouvons en même temps voir l'évolution de l'idée du Rédempteur et l'évolution d'une idée théologique qui finit par devenir un mythe.

i''^ Phase: — Primitivement existait le Père, le Feu Phases de

ridée de

' Moret. " Mystères égyptiens. " Rédemption

Lefébure. " La Vertu et la Vie du Nom. "

^ E. Amelineau. " Essai sur le Gnosticisme Egyptien. (Annales du musée Guimet) T. XIV.

Eug. De Paye, " Gnostiçues et Gnosticisme. (Bib. de l'Ecole des Hautes Etudes) T. XXVII.

[éMercabali). Le Feu est androgyne, mâle et femelle en luimême. Son Esprit lui suggère la Parole qui devient le Verbe, lequel est communiquée à l'humanité afin de la mener dans la voie qu'elle aura à suivre pour être sauvée.

2"'^ Phase : — Les Mystères de la Trinité et de l'Incarnation étant nés par le fait même, le Verbe doit avoir vécu et il

Le " Verbe " suivant la Conception alexandrins {Musée de Lille)

sera nécessaire de dire sous quelle forme il s'est communiqué à ses apôtres ou ''^porte-parole ", c'est-à-dire, ceux qui ont été éclairés " ^<? F Esprit'' (le Saint-Esprit).

Ceux-ci ont seuls le don et la grâce d'annoncer la " ^onne Nouvelle " et de faire des prodiges. La " ^onne Nouvelle " qu'ils annoncent c'est " rEvaîigile ". La forme sous laquelle

le " Verbe " a parlé à l'homme est évidemment la forme

humaine \

Simon le Mage qui vivait du temps de Jésus, et ne P a jamais Simonie

, , T . Magicien

connUj veut apprendre les tours de ses concurrents, se convertuet même acheter les secrets de Pierre. Pierre refuse, Simon est réduit à ses propres moyens. Il se venge et divulgue donc des théories qui avant, étaient ésotériques, et qui nous seront utiles pour la connaissance des idées de l'époque.

Dans " 'Philo sophumena " nous apprenons une foule de détails sur son enseignement, que nous ne pouvons donner dans ce livre ; il écrivit plusieurs ouvrages parmi lesquels " Réponses contradictoires " " De la 'Prédication de S^ Paul " " Des quatre aAngles du Monde " et enfin sa " Grande P^vélation " k-Ko^amç fXEjaXv, dont nous connaissons quelques passages.

Simon ayant écrit sa doctrine, ses adversaires établirent aussi la leur.

N jour, comme je l'ai déjà dit, un scribe peut-être

La Logia

Panténus lui-même, apporta les discours d'Eous, tels que les avait copiés ou composés le scribe Matthieu. Ce fut la " Logia " dont parle Papias évêque d'Hiérapolis (Asie) vivant vers l'an 1 20 après J. C. et qui écrivit à ce sujet :

" Dans le " Pasteur d^Hermas " Jésus de Nazareth serait le serviteur du Saint-Esprit, qui Y est dépeint comme une sorte d'archange ; mais ce qui est vraiment étrange, c'est

que LE NOM DE " JÉSUS " NI SON TITRE DE " CHRIST " NE SONT PAS CITES UNE FOIS DANS CE

LIVRE... SYMBOLIQUE, prétend-on. A mon avis, l'auteur ne connaissait pas les Evangiles, lesquels auraient été faits après le " Pasteur d^Hermas ".

Voir traduction par Aug, Lelong. Vol. IV des " Pères Apostoliques " (Textes & Documents pour l'Etude historique du Christianisme.) Picard & Fils, Paris.

2i6 LIVRE IL CHAPITRE III.

Un ancien disait ceci : Marc, devenu l'interprète de Pierre, a soigneusement écrit tout ce dont il se souvenait ; cependant il n'a pas écrit avec ordre ce qui a été dit ou fait par le Christ, car il n'avait pas entendu le Seigneur et ne V avait pas suivi ; mais plus tard il avait suivi Pierre, qui selon le besoin donnait des enseignements^ mais sans exposer avec ordre les discours du Seigneur ; en sorte que Marc n'a fait aucune faute en écrivant ainsi, certaines choses de mémoire^ car il avait soin de ne rien omettre de ce qu'il avait entendu et de n'y introduire aucune erreur.

Matthieu avait écrit en langue hébraïque les discours du Seigneur et chacun les interprétait comme il pouvait.

Aïs le père Didon ^ fait mourir Jésus en l'an 28 de notre ère. Comme ce n'est certes pas dix ans après la mort de quelqu'un qu'il est possible de répéter encore fidèlement ses discours nous pouvons supposer que ceux-ci doivent avoir été rapportés à Marc par Pierre entre l'an 36 et 46. Or dans ce cas comment expliquer que ces discours soient si différents dans les autres Evangiles t Si la ^^ Logia'' a vraiment existé, et si les évangélistes se sont basés sur elle, il faudrait que tous les discours du Christ dans les différents Evangiles fussent identiques quant à l'ordre et à la disposition des idées exprimées. Mais voyez le Sermon sur la Montagne, d'après Matthieu, et comparez-le avec celui que nous donne Luc. [Voir <iAppendices et le ^Discours de Krchna a ^rdjourna). Lequel est le véritable.?... Evangile Or Luc Commence ainsi son Evangile :

selon Luc

Plusieurs ayant entrepris d'écrire l'histoire des choses dont la vérité a été connue parmi nous avec une entière certitude, selon

Jésus-Christ^

que nous les ont apprises ceux qui ies ont vues eux-mêmes dès le commencement, et qui ont été les ministres de la parole, j'ai cru aussi très excellent Théophile, que je devais te les écrire par ordre, après m en être, exactement informé des leur origine ; afin que tu reconnaisses la certitude des choses dont tu as été instruit.

Par cette entrée en matière, Luc prouve d'abord qu'il n'a jamais connu ni vu " le Jésus " ; il admet ensuite tous les Evangiles de son temps ne faisant d'exception pour aucun ; aussi juge-t-il bon d'écrire également ce roman pour faire plaisir à son ami Théophile. Il avoue ensuite que rien n'a été écrit du vivant de Jésus par ces mots " selon, que nous les ont apprises^ ceux qui les ont vues des le commencement "... Il avoue qu'il a dû réunir et classer les divers faits qui lui avaient été rapportés en ces termes : ... " que je devais les écrire par ordre... " ordre qu'il ignorait. Et finalement qu'il ne savait pas la vérité par lui-même en disant : " après ni en être exactement informé des leur origine "... et cela soixante ou septante ans après la naissance de Jésus-Christ. C'est comme si rien n'avait été écrit sur la Révolution belge de 1830, et que l'idée d'en faire le récit fût venu à un auteur, lequel se baserait sur ce que lui en rapporterait, en 1910, des gens qui n'en auraient rien vu.

Aussi, la critique moderne ne se contente-elle pas à^'âSviVi\2.- Erreurs des tions ; elle pèse et examine. Et l'on est bien surpris, aujour- Evangiles d'hui, de trouver dans les Evangiles un grand nombre d'erreurs. Si ceux-ci avaient été écrits en Palestine, on n'y aurait certainement pas laissé les erreurs formidables qu'on y a trouvées, en matière de chronologie et de géographie. Certes, ces livres ont été écrits — du moins les évangiles synoptiques, — par des Juifs, mais c'étaient des Juifs qui ne connaissaient pas la

2i8 LIVRE IL CHAPITRE IIL

Palestine de l'époque où ils placent l'existence de Jésus, et qui, pour faire le roman du Christ, se basèrent sur d'autres textes. Figurez-vous un Français, n'ayant jamais été à Paris, mais en ayant entendu parler par ses amis et connaissances et ayant même lu une vingtaine de romans dont les scènes principales se passaient à Paris, il y a cinquante ans ; ce Français, un beau jour, s'avise de faire un roman parisien. Aussi longtemps qu'il n'y aura que des discours et des dialogues ne parlant de rien de ce qui concerne la ville, la ville actuelle, on ne s'apercevra peut-être pas de son ignorance, mais s'il est muni d'un vieux plan, et qu'il fasse passer, à notre époque, prenons deux amoureux, dans une rue qui existait il y a cinquante ans et qui est aujourd'hui démolie, l'historien reconnaîtra vite que le romancier ne connaît pas les lieux. Comment Comment se sont formées toutes ces contradictions et jfj(7«//r5- comment certains textes se ressemblent-ils? — Origène nous apprend que les Ecritures Saintes étaient très souvent modifiées, que très souvent on ajoutait au texte quelques mots, quelques phrases et quelquefois trois, quatre, quatorze, seize et jusqu'à dix-neuf versets. [Épître aux Alexandrins & Êpître aux Africains.) Marcion et Appelles approprièrent les Epîtres de St. Paul à leurs besoins. St. Jean déclare que St. Paul avait écrit des choses très difficiles à entendre, et que dès la première origine des hommes ignorants et légers a.vaient détourné^ aussi bien que les autres écritures.^ ses dires à de mauvais sens^ pour leur propre ruine. Il s'agit évidemment, ici, des premiers hérésiarques, mais les hérésiarques ne se disaient-ils pas chrétiens tout comme les autres, et comment parmi toutes ces sectes, distinguer la bonne .?...

erreurs

Vers la fin du troisième siècle, les Evangiles furent revus et amendés par Hésychius et Lucien le Martyr.

Saint Jérôme fut chargé par le pape Damase, en 386, dit Révision de traduire les Evangiles et aussi de les " accommoder à la vérité grecque. "

On ne sait s'il employa à cet effet " L'Évangile des quatre Évangélistes " connu du temps de St. Clément d'Alexandrie, et qui était une fusion de plusieurs Evangiles en un seul, ou bien s'il divisa et coordonna les quatre Evangiles fusionnés et s'il les rétablit tels qu'il les crut avoir été primitivement. En tout cas, il ne nous est resté aucun Evangile fusionné des quatre évangélistes. Mais ce qui est certain, c'est qu'il en traduisit quatre et la lettre suivante qu'il écrivit au pape, montre la façon dont il opéra :

" D'un ancien ouvrage.^ vous m'obligez a en faire un nouveau. Vous votdez que je me place.^ en quelque sorte^ comme arbitre entre les exemplaires des Ecritures qui sont dispersées dans tout le monde et comme ils sont différents entre eux, que je distingue ceux qui sont a accord avec la vérité grecque. C'est là un pieux labeur, mais c'est aussi une pieuse hardiesse de la part de celui qui doit être jugé par tous, de juger lui-même les autres, de vouloir changer la langue d'un vieillard et de ramener a l'enfance le monde déjà vieux.

Quel est, en effet, le savant ou même l'ignorant qui, lorsqu'il aura en main un exemplaire nouveau, après l'avoir parcouru seulement une seule fois, voyant qu'il est en désaccord avec celui qu'il est habitué de lire, ne se mette aussitôt à pousser des cris, prétendant que je suis un sacrilège, un faussaire, parce que j'aurai osé ajouter, changer, corriger quelque chose dans les livres anciens.

Un double motif me console de cette accusation. Le premier c'est que vous qui êtes le souverain pontife, m'ordonnez de le faire : le second

cest que la vérité ne saurait exister dans les choses qui différent^ alors quelles auraient pour elles V approbation des méchants.

Et il termine ainsi :

Cette courte préface s 'applique seulement aux quatre Evangiles^ dont l'ordre est le suivant: Matthieu^ Marc, Luc et Jean. Après avoir comparé un certain nombre d' exemplaires grecs, mais des anciens, qui ne s' éloignent pas beaucoup delà version italique,nous les avons combinés (?) de telle manière que corrigeant seulement ce qui nous paraissait en altérer le sens, nous avons maintenu le reste tel quil était.

Autres Saint Victor, évêque de Tumonès (Afrique), nous rapporte

Revisions , iT7-Te-\ii> a

qu au commencement du V 1 siècle, 1 empereur grec Anastase se vit forcé de faire examiner, critiquer, expurger et amender à nouveau les Saintes Ecritures qui semblaient avoir " été composées et rédigées par des évangélistes idiots. " {Sancta evangelia, tanquam ab idiotis evangelistis composita, repréhenduntur et emendantur) . ^ Charlemagne avant de mourir conçut la même idée et de concert avec des savants grecs et syriens, fit corriger les quatre Evangiles du Christ, qui portent les noms de Matthieu, Marc, Luc et Jean. [Nam quatuor evangelia Qhristi, quœ intitulantur nomine Matthei, Marci, Lucce et Johannis, in ultimo ante obitus sui diem cum grœcis et syris optime correxerat) ^ Sixte-Quint trouva également nécessaire de faire des modifications aux Saintes Ecritures. Plusieurs milliers de corrections furent faites ; après quoi le pape menaça de terribles anathèmes quiconque à l'avenir oserait modifier les textes ; puis il en fit

* Scaliger : " Thésaurus temporum. "

" Duchesnè. " Historia Francor. scrïptores. "

lui-même faire encore une revision qui eut pour résultat le minime changement d'environ deux milliers de passages. Vous supposez que cette Sainte-Ecriture était peut-être parfaite, alors ?...

Hélàs ! non, car Clément VIII trouvant l'œuvre de son, prédécesseur incomplète en fit faire aussi une nouvelle revision, qui fut heureusement la dernière. L'imprimerie était inventée.

Malgré toutes ces modifications et tous ces changements, les évangélistes ont encore laissé de graves erreurs. Je n'en Evangiles citerai ici que quelques-unes.

D'abord Matthieu fait naître Jésus sous le règne d'Hérode, alors qu'en l'année où il place sa naissance, c'est-à-dire lors du recensement de Quirinus, Hérode était mort depuis onze ans.

Il est inadmissible qu'un publicain comme Matthieu, qui aurait habité la Palestine, ait pu commettre pareille erreur.

Hérode fait massacrer tous les enfants mâles de Bethléem. C'est un événement qui est passé inaperçu dans l'histoire.

Jésus aurait vécu à Nazareth, " Le nom de Nazareth^ écrit Alfred Loisy, ne figure pas dans P ancien Testament ni dans la littérature rabbinique : c'est chose entendue.., " ^ Mais il admet pourtant que Jésus vécut à Nazareth. La raison ? " Les textes sont la^ " dit-il. Monsieur Loisy croit donc tout ce qui est afîîrmé par un texte .?...

La transfiguration se passe sur une montagne qui serait le mont Thabor. Or sur le mont Thabor, il y avait à l'époque à laquelle on fixe la vie de Jésus, une forteresse à cet endroit, et avant cela, un village.

' A propos d^ Histoire des Religions, p. 274-275.

Màn

Ajoutons enfin que Pilate habitait Césarée et non Jérusalem.

Je ne parlerai ni des contradictions ni des miracles.

Des erreurs pareilles sont inadmissibles chez des gens qui ont vu ce qu'ils racontent.

Comment est né le mythe du Christ et comment a-t-il évolué ?

Etablissons d'abord quelques parallèles :

Eous vient de £/j-=Helios : identifié souvent à Thot, Orpheus, Hermès, H or us et Harpocrate.

Thot était le ^^porte-parole'' d'Horus, identifié à Hermès; il avait pour mère : éMâït (^Maâ-i).

Maît (Maâ-t), mère de Thot identifié à. Hermès, identifié au Verbe. Mâït était la déesse de la Vérité, de la Justice et de la Raison et devint la compagne de Thot. " Aoyoç " signifiant en

MÂÏT ou Maâ-t Elle tierit en main la croix ansée, symbole de la n>ie e'ternelle

même temps " La Raison ", dans les écrits hermétiques, Mâït peut aussi être identifiée à Sophia [la Sagesse), Mâït, comme Myriam ^ sera mère du dieu qui l'a créée. Au " Chapitre de

^ En Erzianien moderne " Mariya " signifie " l'Aurore ".

donner à Mâït " des '^ Rites du temple d' aAmon-Kâ'' ' se trouve :

Toi qui es l'Unique, toi qui es le ciel d'en haut, ô Amon-Râ, Mâït s'unit à ton disque solaire; toi qui es en haut et grand, le maître des dieux. Mâït se trouve parmi les dieux assemblés du cycle. Mâït vient à toi combattre tes ennemis : elle fait la grande (couronne) sur ta tête...

Et plus loin :

Mâït est face à ton visage dans le ciel et sur la terre, que tu tournes au ciel, ou que tu marches sur terre...

Et ailleurs :

Mâït est l'Unique, et c'est toi qui l'as créée, nul autre dieu ne l'a partagée avec toi, toi seul (la possèdes) à jamais éternellement.

Thot est appelé au ''Livre des 3/Lorts'' (CXLI, 14) ''le fécondateur de éMâït^\ Il semble qu'il ait joué dans ce cas le même rôle que le St. Esprit (un avec le Verbe) chez Myriam, mère du Jésus, fils du Père, (Bar-Abbas).

Hermès, était le " porte-parole'' de Zeus; il a pour mère : Mata. ^

Harpocrate, deuxième personne de la trinité égyptienne, est

' A. Moret, " Le Rituel du Culte divin journalier en Egypte, diaprés les Papyrus de Berlin et les Textes du Temple de Séti I à Abydos. " (Annales du Musée Guimet. Bibl. d'Études. T. XIV.)

" — ... " Tjeus : Hermès est son Verbe et son interprète, le maître universel ;..."

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