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Chapitre XXXVL

Après cela, Jésus traversa le Jourdain avec les lions à la vue de tous, et Veau du Jourdain se sépara a droite et à gauche. Alors il dit aux lions de façon à être entendu de tous ; " Allez en paix et ne faites de mal à personne ; mais que personne ne vous nuise, jusqu'à ce que vous soyez retournés à l'endroit d'où vous êtes sortis. " Et ceux-ci le saluant, non de la voix, mais par l'attitude de leur corps, retournèrent dans la caverne. Et Jésus revint auprès de sa mère.

CECI nous amène à parler de certaines représentations de Evolution l'image d'Horus convertie en celle du Christ dont deux ^^"^"^^ ° ^ jtLnfant en

images sont reproduites dans ce volume. On a, en effet, trouvé Enfant

Jésus Dans cette phrase perce ce que l'on racontait sur le compte du Jésus des Chrétiens.

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dans les catacombes plusieurs tableaux, dans lesquels se reconnaissent facilement les agents qui ont amené l'évolution des dieux païens en dieux chrétiens.

C'est ainsi qu'on a trouvé sous l'image d'Horus les inscriptions suivantes :

Que le jeune dieu, j^/j de dieu, qui avec le concours de son père divin et des autres puissances du ciel, foule aux pieds les crocodiles et maîtrise sans effort les lions, les serpents et les scorpions, puisse aussi empêcher le mal d'approcher de l'homme juste et mettre sa demeure à l'abri du fléau.

Salut à toi, dieu, fils de dieu.,.

Salut à toi, Horus issu d'Osiris, enfanté d'Isis la divine...

Ce que tu as demandé, ton père a voulu que cela te fût accordé.

La Sainteté du dieu Sokhèm a fait ta sauvegarde.

Toi qui as eu soin de clore la bouche de tous les reptiles afin de faire vivre les humains, de tranquilliser les dieux et de faire triompher le soleil par les invocations... viens à moi promptement, en ce jour ; repousse loin de moi les lions venant de la terre, les crocodiles sortant du fleuve, la bouche de tous les reptiles sortant de leur trou ; rends-les, pour moi, comme de petites pierres sur la terre, comme des débris de vases près des habitations.

Et sous l'Image de l'enfant Jésus :

Tu marcheras sur l'aspic et le basilic et tu fouleras aux pieds le lion et le dragon ^

MAIS voici. Jésus lui-même évangéliste. Le livre qu'on iï'^/^/V^^^ essaya de lui attribuer s'appelle : " U Histoire de Joseph ^j°^^^ J^ le Charpentier ". Ce qui est vraiment regrettable c'est que le

' Néroutsos-Bey. " V Ancienne Alexandrie ".

Jésus qui l'écrivit ait complètement oublié sa patrie et ses idées, car le Jésus en question est devenu ici des plus égyptien. De cette histoire, il nous est resté trois versions. Une recension copte bohaïrique qui semble être une traduction du grec, une version saïdique, qui n'a aucun rapport avec la précédente, enfin une version arabe.

La version copte commence ainsi :

Ceci est la relation du décès de notre père saint Joseph le Charpentier, père du Qhrist selon la chair lequel vécut cent onze ans. Notre Sauveur a raconté aux apôtres sa biographie tout entière^ sur le mont des Oliviers. Les apôtres eux-mêmes ont écrit ces paroles et les ont déposées dans la bibliothèque de Jérusalem. Le jour où le saint vieillard abandonna son corps, fut le 26 du mois d'épiphi. Dans la paix de Dieu, ainsi soit-il.

Voici comment Jésus au Chapitre XXI rapporte la mort de son père Joseph :

Alors je regardai dans la direction du Sud, et j'aperçus la Mort. Elle entra dans la maison suivie de VzÂmenli qui est son instrument, avec le diable suivi d'une foule de satellites habillés de feu, innombrables et dont la bouche jetait de la fumée et du souffre. Mon père Joseph regarda et les vit qui le cherchaient, pleins de colère contre lui, de cette colère dont ils ont coutume d'allumer leur visage, contre toute âme qui quitte son corps, spécialement contre les pécheurs en qui ils aperçoivent le moindre signe de possession. Lorsque le bon vieillard les aperçut en compagnie de la Mort^ ses yeux versèrent des larmes. En ce moment, l'âme de mon père Joseph se détacha en poussant un grand soupir, tandis qu'elle cherchait un moyen de se cacher, afin d'être sauvée. Lorsque je vis au gémissement de mon père Joseph qu'il avait aperçu des puissances qu'il n'avait encore jamais aperçues, je me levai aussi-

tôt et je menaçai le diable et tous ceux qui étaient avec lui. Ceuxci s'en allèrent avec honte et grand désordre. Et de tous ceux qui étaient assis autour de mon père Joseph, personne, pas même Marie, ma mère, ne connut rien de toutes les armées terribles qui poursuivent les âmes des hommes. Quant à la Mort, lorsqu'elle vit que j'avais menacé les puissances des ténèbres ç,t que je les avais jetées dehors, parce qu'elles n'avaient pas de pouvoir sur lui, elle prit peur. Et moi, je me levai à l'instant, yVjÇj' monter une -prière vers mon Père miséricordieux

Chapitre XXIII. — Lorsqu'il eut rendu l'esprit, je l'embrassai. hes anges prirent son âme et la mirent dans un fin tissu... de soie. (?!) Et m'étant approché je m'assis près de lui, tandis que personne de ceux qui étaient assis autour de lui ne savait qu'il était mort. Je fis garder son âme par Michel et Gabriel, à cause des puissances qui étaient sur la route, et les anges chantaient devant elle, jusqu'à ce qu'ils l'eurent remise à mon bon Père. ^

PUISQUE nous avons parlé de l'enfer, donnons ici sa descrip- V Enfer d'après la " ^istis Sophia " c'est-à-dire '' Le Livre de la ''^J^^ Fidèle Sagesse " : Sophia

L'enfer se compose de douze divisions, chaque division renferme un archon se transformant et prenant alternativement la figure l'un de l'autre. Le premier archon a la forme d'un crocodile dont la queue est rentrée dans la gueule et il sort de la gueule de ce

' Traduction du R. P. Peeters, Bollandiste.

Edition des Textes et Docutneiits pour r Etude historique du Christianisme publiée sous la Direction de Hippolyte Hemmer et Paul Lejay. " Evangiles Apocryphes. " (Alph. Picard et fils, Paris, 191 1). '

Voir également les autres ouvrages parus dans la même collection.

' dragon, la glace, la peste, le froid et la fièvre et toutes sortes de maladies. Le véritable nom qu'il porte dans le lieu où il réside est ^^ Euchtonin'". L'archon qui est dans la seconde division a la figure d'un chat et s'appelle dans le lieu qu'il habite " Xhurakhar''\ L'archon qui se trouve dans la troisième division a la fiDrme d'un chien et porte dans ce lieu-là le nom de " Arkharôkh ". L'archon de la quatrième division a la fiDrme d'un serpent et s'appelle ''^ Akhrôkhar'\ L'archon qui fait sa demeure dans la cinquième division a la forme d'un veau et il se nomme " Markhour '. L'archon qui habite la sixième division est sous la figure d'un sanglier et son nom est ^^ Lamkhamôr'". L'archon de la septième division a la figure d'un ours et on l'appelle " Lakhar"". L'archon qui occupe la huitième division a la forme d'un vautour et il se nomme " Laraokh ". L'archon qui se trouve dans la neuvième division a la figure d'un basilic et on l'appelle " Arkhebkh ". Dans la dixième division, il existe un grand nombre de dragons qui ont chacun sept têtes de dragon et leur chef se nomme ^^ Xarnarôkh ". La onzième division renferme également une grande quantité d'archons qui ont chacun sept têtes de chat et qui ont pour chef un archon qui dans ce lieu porte le nom de " Rokhar ". Dans la douzième division, il y a une multitude d'archons, plus nombreuse que dans aucune autre, et ils ont chacun sept têtes à face de chien et leur chef s'appelle dans le lieu où il est attaché ^'' Khrêmaèr'\

Il va sans dire que tout cela n'est que de la fantaisie. C'est de la science religieuse à la mode du temps et du pays. C'est vers cette époque que Longus écrivit son '"'' Daphnis et Chloé'\ Si le peuple ne crut point en " Daphnis et Qhloé'\ c'est parce que les dieux païens étaient tombés en désuétude. Antoine le Notre csprit moderne n'admet pas facilement pourtant que u risseur ^^^ légendes aussi bien,échafaudées que celle du Christ aient pu être acceptées comme historiques par tout un peuple

et plusieurs nations civilisées. C'est une erreur pourtant, car il naît encore tous les jours de nouvelles religions. La Russie, l'Angleterre et l'Amérique en foisonnent. Je citerai celle d'Antoine le Guérisseur, en Belgique, à peine née de quelques années, et qui dans le pays de Liège compte déjà plusieurs milliers d'adeptes. Il y en a même déjà à Paris où l'on vient d'ériger un temple antoiniste, rue Vergniaud. Antoine le Guérisseur était un thaumaturge comme le Christ. Il alla chercher sa doctrine en Russie. C'était un parfait ignorant qui, de même que Jacob Boehme en Allemagne, se crut, un jour, inspiré et se mit tout à coup à donner son opinion sur des questions théologiques. (Le vulgaire qui ne comprend rien à ce que raconte le théomane, est impressionné pai' la profondeur — c'est-à-dire l'incohérence — de sa parole — ou de son charabia, et croit facilement qu'il a affaire à un être supérieur, c'est-à-dire à un inspiré par Dieu). Il se trouve même des intellectuels pour gober les paroles d'Antoine. Ils croient et cela suffit pour déraisonner. Des gens atteints d'hystérose se présentèrent, et par auto-suggestion, purent comme à Lourdes, comme à Bénarès, et comme, jadis, à l'Asklépion d'Athènes, être guéris ^«/^^^^

guerts par

des maladies suivantes : miracle

TROUBLES DE LA PEAU : Anesthésie et hiperesthésie.

Analgésie et hiperalgie.

Autres troubles de la peau,

TROUBLES DES TISSUS PROFONDS : Fausse arthrite, Fausse tumeur blanche, Fausse

coxalgie, Fausse arthralgie du genou, Sacrodynie.

TROUBLES DES ORGANES INTERNES : Anorexie, Gastralgie, Vomissement incoercible. Hématémèse, Fausse péritonite, O varie

3o6 LIVRE IL CHAPITRE IIL

ou ovaralgie, Angine de poitrine, Fausse phtisie, Hémophtisie, Sein irritable, Mammite, Testicules douloureux. Fausse orchite, Priapisme et Frigidité.

TROUBLES DE LA VUE : Amaurose. Trouble de la perception des couleurs.

Modification du champ visuel.

TROUBLES DE l'ouie : La surdité.

TROUBLES de l'odorat : Anesthésie et analgésie olfactives. TROUBLES DU goût : Perte de la sensibilité gustative.

troubles DU SYSTÈME NERVEUX :

DU CERVEAU : Fausse méningite ; attaque convulsive.

Folie hystérique ; attaque de délire, attaque de sommeil.

DE LA MOELLE ÉpiniÈre : Paralysie monoplégique.

Paralysie hémiplégique.

Paralysie paraplégique.

Paralysie avec atrophie musculaire.

Bégaiement.

Aphasie.

Mutisme. ^

La religion Qq qui est incompréhensible, c'est qu'il se trouve encore

ri lié de

V Alcoolisme aujourd'hui des hommes assez naïfs pour croire qu'un " bon " Dieu s'amuse à rendre les gens malades, pour les guérir ensuite. Mais il est un fait qui est resté ignoré jusqu'à présent par beaucoup, c'est que la religion est la première fille de l'alcoolisme. Le " Vodka ", les " American drinks ", le " Whisky ", r " Absinthe ", le " Peket " et l'excès du vin, donnent naissance à des dégénérés, dont l'esprit vit dans les brouillards du " subconscient " ; cet état spécial de l'esprit empêche le sain raisonnement. Le buveur ne s'en ressent pas toujours, mais

^ Dr. Rouby, " La Vérité sur Lourdes ".

c'est sur ses descendants que le mal retombe. Le buveur se console dans l'inconscience. Son état d'esprit se transforme ainsi et ses enfants se plairont à vivre dans le mysticisme, dans la " poésie " de la religion, n'ayant pas la force de regarder la réalité en face, ni le pouvoir de raisonner par eux-mêmes.

Ainsi la superstition, née d'un côté du superflu de bien-être Pourquoi k des citoyens de Rome, y avait amené comme chez nous, ^^J"^^*^^aujourd'hui, un grand nombre de religions et de cultes nou- vaincu les veaux \ Le Christianisme, à un moment donné, les engloba ^"^''f ^^^^" tous, et de ce fait, devait inévitablement avoir le dessus ; grâce surtout à ses prédictions de la fin du monde, de son enfer, lac de flammes, il ne pouvait manquer de produire des ravages immenses dans la cervelle des gens naïfs et crédules. Les simples d'esprit, les esclaves, les soldats, les illettrés, qui étaient obligés d'accepter, sans contrôle, tout ce qu'on leur afErmait, ou bien de le rejeter à leurs risques et périls^ devinrent vite chrétiens... tout au moins de nom ; ainsi le fanatisme détruisit les derniers vestiges de la civilisation païenne ; et le christianisme, une fois devenu religion d'Etat, alla facilement à la conquête du monde en employant les mêmes procédés qu'on avait d'abord employés contre lui.

EPENDANT la littérature chrétienne du premier âge ne Les Actes s'arrête pas ici. En même temps que la littérature " ^^"

^ Franz Cumont. " Les Religions orientales dans le Paganisme romain. " Georges Lafaye. " Histoire du Culte des Divinités d^ Alexandrie ". J. Toutain. " Les Cultes pa'îens dans P Empire Romain. " (Bib. des Hautes Etudes vol. XX et XXV.)

3o8 LIVRE IL CHAPITRE III.

évangélique, il en naissait deux autres^ que j'appellerai : la littérature apostolique et la littérature copte. La première comprend les exhortations et sermons adressés aux fidèles, l'autre, les " Actes des Martyrs " et toutes leurs légendes. Le Signe j)g même que dans les contes de l'Egypte ancienne le

de la Croix, . . , . .

Signe ma- merveilleux tient le premier rang, celui-ci occupe, ici, le gique fond du récit. C'est avec des prodiges qu'on convertit les croyants; le plus habile sorcier sera cru, de même que l'apôtre le plus hâbleur et le signe de la croix n'est vraiment à cette époque, qu'un signe cabbalistique. Il est vrai que beaucoup de propriétés qu'on lui attribuait alors, lui sont restées. Mais de ce temps, les effets qu'il produisait étaient vraiment fantastiques et prodigieux. C'est ainsi que Sozomen nous raconte que St. Donat tua un dragon en crachant dessus, en même temps qu'il faisait sur lui le signe de la croix. St. Epiphane rapporte qu'une femme qui se baignait toute nue avec des hommes, — ne devait-elle pas être inspirée du diable ! — fut tentée par un homme épris de ses charmes, et qui était "venu frotter ses côtes contre ses côtes ..." Comme elle eut l'idée de faire le signe de la croix, il ne put arriver à ses fins.

L'empereur Julien consultant les oracles, dit " l'historien " Sozomen, vit s'approcher de lui un nombre considérable de spectres et de démons. Tremblant de peur, ses habitudes chrétiennes le firent naturellement recourir à la défense dont il avait armé sa jeunesse ; il fit, sans le vouloir, le signe de la croix. Aussitôt les démons disparurent, l'oracle resta muet et les cérémonies païennes furent suspendues. (Sozomen : Histoire Ecclésiastique. Livre 5. Chap. 2).

Et maintenant, revenons à notre littérature chrétienne si

riche en personnages saints et qui foisonne en miracles. Car des La Fapersonnages saints, on en inventa et des miracles aussi ; dès^^^"^ ^ qu'un personnage était inventé, ne fallait-il pas lui 'àttvihwç.Y de Légendes aussi plusieurs prodiges, afin qu'il remportât quelque succès ?... A la période des romans héroïques avait succédé celle des romans merveilleux, puis ce fut le tour des romans à miracles, puis des romans d'aventures et de chevalerie. Vint alors la période des romans d'amour, à laquelle succéda celle des romans naturalistes et réalistes. Actuellement les romans d'idées et philosophiques sont à la mode ; cependant tout fait prévoir que le futur roman sera scientifique. Autres temps, autres légendes.

Mais ce fut bien autre chose encore quand, après les persécutions, on se mit à déterrer les reliques des martyrs. Alors l'imagination des scribes et des... apôtres ne connut plus de bornes. L'usage était né qu'il fallait les reliques d'un martyr dans chaque nouvelle église et comme les martyrs manquaient et que beaucoup voulaient avoir un martyr entier, on créa des martyrs et des saints à tort et à travers. Un exemple montrera mieux cette folie des chrétiens de l'époque : Un certain Théophile, patriarche d'Alexandrie, ayant besoin de reliques envoya Jean, dit le Nain, chercher le corps des trois jeunes gens qui avaient été jetés dans la fournaise par Nabuchodonosor, roi de Babylone. Il les trouva ! Naturellement ce voyage à Babylone donna naissance à plusieurs légendes, dont une est arrivée jusqu'à nous et se nomme : " L'Histoire de la C^pti'^ité j^i^^^i^g ^^ de babylone ". Cette légende commence par une formule que Captivité

1 , ^ 1 / 1 ^ 1 1 de Babylone

1 on trouve presque au début de chacune : -^

AU NOM DE DIEU, UN EN SUBSTANCE, TRIPLE EN PERSONNE ET EN SES ATTRIBUTS.

Puis vient l'exposition :

Nous commençons avec Vaide de Dieu à copier T Histoire de Beni- Isra'êl h Babylone de Chaldée, aux jours de Jérémie^ le prophète.^ dont on lit les prophéties le Vendredi des Douleurs de la Pâque sainte. Que ses prières bénies nous protègent \

Ainsi que dit M. Amélineau, dans son ^'' 'Résumé de F Histoire de rÉgypte ", " tout le monde ne pouvait jeter son dévolu sur " des morts aussi illustres; on se contentait de prendre quelque " corps du voisinage, et un auteur érudit se chargeait d'écrire " l'histoire du martyre de ces personnages inconnus. Ces mar- " tyrs inventés ont forcé les portes du martyrologe romain, " et nul exemple ne saurait être plus célèbre que celui de " St. Georges de Mélite, dont la vie fut écrite au V'' siècle " et qui n'eut d'autre réalité que celle que lui prêta l'imagi- " nation de l'auteur qui le mit au jour. Ils avaient même décoré " un de leurs auteurs supposés du nom d'historiographe des martyrs : c'était Jules de Khevehs {Aqfahs de nos jours) qui avait sous ses ordres cinq cents serviteurs occupés a rédiger " les actes que composait leur maître. On pense qu'il dut falloir " un assez grand nombre de confesseurs pour donner de la " besogne à toute cette armée de scribes. Ce saint auteur ne

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^ E. Amélineau, " Contes et Romans de PÈgypte chrétienne ". (Le Roux, Paris). E. Amélineau, " Les Moines Egyptiens ".

E. Amélineau, " Monuments pour servir à l'Histoire de PEgypte chrétienne ". (Annales du musée Guimet, vol. XVII et XXV.)

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" pouvait manquer d'être lui-même martyr. De même les noms des principaux acteurs païens semblent avoir été inven- ' tés, même ceux des gouverneurs. Le duc de la Thébaïde, Arien, et le gouverneur d'Alexandrie, Arménius, ne me semblent avoir aucune réalité historique. Arien a toute une " histoire et cette histoire se termine par une conversion qui " le mène au martyre. Mais le sujet sur lequel la verve des " auteurs coptes s'est le plus exercée, c'est Dioclétien. D'après " les auteurs coptes, Dioclétien aurait vu le jour en Egypte, près d'Akhmîn et se serait appelé Aghrabîda. Berger chez les parents de Psoté, qui devait devenir évêque de Ptolémaïs (Menschîeh), qui nécessairement fut martyrisé par son ancien compagnon, il ne savait que jouer de la flûte : il est vrai que le son de cette flûte faisait danser les chèvres, ce qui scandalisait fort le jeune Psoté. Saisi par l'humeur vagabonde, il quitta l'Egypte et se rendit en Syrie : là il devint pale- " frenier dans les écuries impériales d'Antioche. Son talent " de flûtiste l'avait suivi, et n'ayant plus de chèvres à faire " danser, il s'exerça sur les chevaux dont il prenait soin ; ces " chevaux dansèrent aussi comme l'avaient fait les chèvres. Une fille de l'empereur, qui était alors occupé à faire la guerre contre les Perses, l'aperçut par une fenêtre comme ' il faisait ces singuliers exercices, en devint éperdument amoureuse et l'épousa en l'absence de son père Numérien qui fut tué à la guerre. Alors ses fils et ses neveux Justus, Aboli, ' Théodore le Stratélate, Victor, s'en furent à la guerre pour ressaisir la victoire, et la femme d'Aghrabîda en profita pour " faire reconnaître son mari comme empereur. La guerre finie, " le nouvel empereur aurait pu se trouver en mauvais cas.

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surtout lorsque l'armée victorieuse revint vers la ville capi- " taie ; mais autant les généraux s'étaient couverts de gloire " contre les Perses, autant ils se montrèrent lâches, et Dioclé- " tien, grâce aux conseils de Romanus, père de Victor, après " s'être d'abord caché, reparut et finit par exiler ses compéti- " teurs en Egypte, ou ils furent tous martyrs^ chacun de son côté^ " quoiqu'il s'écoulât réellement dix-sept ans depuis le règne de " Dioclétien jusqu'à l'Edit de persécution ; mais ce laps de " temps n'était pas fait pour inquiéter les auteurs coptes. Dans *' une autre légende, le commencement de la persécution a *' pour cause le fait suivant : Dioclétien en guerroyant contre " les Perses avait fait prisonnier le fils du roi et l'avait confié à " l'archevêque d'Antioche. Celui-ci, malgré les serments les *' plus solennels, se laissa gagner par les présents et fit échap- *' per le prince, après avoir pris la précaution de dire qu'il " était mort et de l'avoir fait enterrer en grande pompe. Dans " une expédition ultérieure, Dioclétien vit le jeune prince " combattre au premier rang et réussit à le faire prisonnier ; " l'empereur fut bien étonné en le retrouvant et lui demanda " comment il se faisait qu'il fût à la guerre, lorsqu'il aurait " dû être dans son tombeau. Le jeune homme lui apprit la " trahison de l'archevêque, et Dioclétien, de retour dans sa " capitale, prit un malin plaisir à démasquer le prévaricateur, " à lui faii'e rendre gorge, et c'est après cette aventure qu'il " résolut de punir tous les chrétiens de la faute du seul " évêque d'Antioche. "

" Ces détails montrent quel fut le genre de composition " cultivé par les coptes. Cela ne veut pas dire qu'il n'y eut pas " de persécution en Egypte ; au contraire, elle y fut terrible,

" mais les récits qui nous en sont parvenus sont l'œuvre de " l'imagination égyptienne^ "

PARMI les nombreux contes de l'Egypte chrétienne, citons Contes de les suivants : " Comment se convertit la ville d'<iAthhîes'\ '■ ^pP^

chrétienne

" La Légende de Ste. Euphémie ", " Les dix ^Merveilles de r^Ârchange éMichel ", dont voici la neuvième, à titre d'échantillon :

Un jour de fête, pendant que le père évêque, selon son habitude, célébrait la messe avec le peuple chrétien, un homme possédé d'un esprit impur entra dans l'église où l'on récitait l'Evangile. Cet homme criait : " Par où passer ? où te fuir ? ô archange Michel ! nous avons abandonné le ciel à cause de toi et tu nous chasses encore sur la terre de tous les endroits où nous allons ". Pendant qu'il criait ainsi, l'archange Michel se montra sous une forme lumineuse, vêtu d'un habit semblable à celui des rois, tenant à la main le sceptre d'or en haut duquel on voyait la représentation de la croix sainte. Il saisit Satan et le pendit au milieu de l'église. Alors Satan s'écria : " Je t'en prie, au nom de Celui qui t'a donné tant de gloire, lâche-moi, ô archange Michel. Désormais je n'oserai plus entrer dans un endroit où sera ton nom". Lorsqu'il eut dit ces paroles, l'archange le relâcha et il sortit de l'église tout couvert de confusion. Le malade fut aussitôt guéri et se fit le serviteur de l'église de l'archange Michel jusqu'au jour de sa mort.

Que l'intercession de l'archange Michel soit avec nous ; Amen.

Il nous reste encore à nommer :

^ ^^ Résumé de P Histoire (^e P Egypte" par Amélineau (Annales du Musée Guimet) p. 205 et suiv.

La Conversion du Scribe ^Matthieu et de sa Famille.

U Histoire d''<tÂour,

Comment le Royaume de David passa au Roi d^^Abyssinie.

n Histoire du roi oArménios.

Histoire du éMartyr Qlaude.

lu Histoire de ^Marc le Solitaire.

UHistoire d'un anachorète.

La Vision de VEvêque Théodose.

Le ^Martyre de St. Georges, qui commence par :

Le Martyre ^^ ^OM DE DIEU

de St. Georges Martyre de St. Georges... (lacune)... martyr de notre Seigneur Jésus

le Qhrist, qui acheva son combat^ le vingt-troisième du mois de Œ^har-

monthi, dans la paix de 'Dieu. Amen.

Il y a aussi : " Les <EMef veilles de St. Georges " qui y font suite. Toute cette littérature a la prétention de vouloir passer pour véridique et sacrée. Seul le scribe se réserve le droit d'y apporter des modifications ou d'y ajouter l'un ou l'autre passage. Le récit de " La Vision de St. "Jean l'Evangé liste racontée par le Patriarche Timothée " vous fera immédiatement voir cela. Voici ce récit :

La l^imn AU NOM DU PERE, DU FILS ET DU SAINT-ESPRIT, UN SEUL DIEU.- AMEN. de St. Jean

PEvangé- Discours prononcé par notre père vénérable^ celui qui fut revêtu de

is e^ racon- l'Esprit-Saint, amba Timothée^ patriarche d Alexandrie. Il a composé

r apôtre ^^ discours pour la fête de l'archange Michel.^ le douzième jour de

Timothée Taoni.^ afin de montrer la grande faveur qui lui avait été faite de la

part du Seigneur. Que la paix de Dieu descende sur vous tous, ô frères,

et sur le copiste. Amen.

Ecoutez, 6 frères, ce qui est arrivé à moi, Timothée, le serviteur de Jésus le Messie. J'allai, un jour, à Jérusalem pour me prosterner devant la croix sainte, le sépulcre de vie de notre Sauveur et les endroits bénits par lesquels il a passé. J'entrai ensuite dans la maison de Prochore, disciple de Jean l'Evangéliste. Après avoir beaucoup cherché. . .

Fallait-il qu'il y eût du désordre ! A moins que Prochore n'habitât un palais immense... quelque chose comme un labyrinthe... quoi !

j'y trouvai un livre écrit de la main de Prochore.

On s'aperçoit bien qu'il ment, mais cela ne fait rien.... on s'habitue à tout.

Dans ce livre, je lus cette grande

consolation racontée par l'évangéliste Jean :

" Un jour que je marchais en compagnie de l'ange de Dieu qui m'instruisait de tous les mystères célestes, au sujet de ceux qui sont dans les tourments, il me fit voir cette torture épouvantable. D'un lac très profond, plus large que toutes les mers réunies, j'entendis un bruit comme celui des eaux qui tombent d'une grande élévation. Je priai mon guide de m'apprendre qu'elle était cette fosse si profonde d'où sortait une grande quantité de fumée et de flammes qui s'élevaient jusqu'à trois cents milles, de me dire quels étaient ces lions, ces serpents de feu, ces vers qui étaient aussi grands que des vipères, en un mot toutes sortes d'insectes montant et descendant par milliers sur le corps des pécheurs qui sont dans la Tyr de l'Abîme. — L'ange me dit : " O Jean, ami de Dieu, cette torture que tu viens de voir, fait souffrir les pécheurs beaucoup plus que toute autre torture. Ce

lac peut contenir le monde entier : la profondeur en est infinie. Ces vers que tu as vus tomber sur les pécheurs, les font descendre à une profondeur de trois cents jours, avant d'atteindre le fond ; puis ils les font remonter, comme avec une poulie à laquelle tous les pécheurs seraient attachés ". Et moi, le pauvre Jean, lorsque je vis cela, je pleurai amèrement sur la perdition des pécheurs. L'ange en me voyant pleurer me dit : " Ne pleure pas, Jean, l'ami de Dieu ; tu verras bientôt une grande joie, grâce à l'archange Michel, dont la faveur est grande près du Seigneur ". (Cependant r archange Michel descendit du ciel sur sa barque de chérubins^ escorté de tous les anges., des saints, des plus grands parmi les martyrs : ils étaient tous enveloppés... d'une gloire indescriptible (? !). L'archange s'avança ainsi jusqu'aux pécheurs que l'on torturait. Aussitôt le feu s'éteignit, les flammes et la fumée cessèrent de monter, les animaux et les insectes disparurent. Cela fait, l'archange plongea son aile droite dans le lac, il y fit monter un grand nombre d'âmes qu'il déposa à terre. Il plongea la même aile, une seconde fois dans le lac et y fit monter des âmes plus nombreuses encore que la première fois. Aussitôt les Chérubins, les Séraphins, tous les saints qui le suivaient se prosternèrent devant lui, le priant de plonger son aile dans le lac une troisième fois. Il condescendit à leur prière et fit monter sur son aile miséricordieuse, un nombre infini d'âmes. Aussitôt les anges et les saints les prirent, les lavèrent dans l'eau de la grâce, les parfumèrent du parfum de la joie et les présentèrent à l'archange Michel. Celui-ci les présenta à son tour devant Dieu. Sur-le-champ une voix sortit de derrière le voile et dit : " Par l'intercession de l'archange Michel, de ma Mère, la Vierge sainte, en un mot de tous mes anges et de tous les élus qui ont exécuté sur terre la volonté de mon père, introduisez ces âmes dans le Paradis des faveurs et du repos éternel ".

A ce spectacle touchant, j'admirai la miséricorde de Dieu, je glorifiai le Père, le Fils et le Saint-Esprit, ainsi que la pitié de

St. Michel, le pur archange. L'ange me dit ensuite : " Sache, ô ami de Dieu, qu'il arrive ainsi chaque année au douzième jour du mois de Paoni qui est le jour en l'honneur de l'archange Michel, car Dieu l'a nommé chef des milices célestes, d'abord à cause de la grande victoire qu'il a remportée sur l'ennemi de Dieu, ensuite parce qu'il rendit vaine la force de Satan lorsque les Juifs crucifièrent le Sauveur. Il s'en était tellement attristé, que ciel et terre ne purent supporter sa tristesse. Au moment oh le Sauveur sortit du tombeau, c'est lui qui roula la pierre qui fermait l'entrée du sépulcre ; c'est lui qui annonça la bonne nouvelle aux saintes femmes ; c'est encore lui qui arrêta Satan et lui enleva ce qu'il avait pillé après s'être sauvé de la Géhenne et qui le présenta ainsi devant le Sauveur. Pour le récompenser, Dieu lui a accordé le grand pouvoir de sauver ceux qui sont dans les tourments ; il l'a nommé chef des milices célestes, et enfin le douzième jour de Paoni, il lui permet de monter dans sa barque des Chérubins et, escorté par tous les anges, d'aller près des âmes condamnées aux tourments. Il arrive ainsi près d'elles et les fait monter sur son aile comme tu l'as vu et contemplé. Il fait d'abord monter les âmes nombreuses des pécheurs qui firent un peu de bien aux pauvres en souvenir de la résurrection de Notre Sauveur qui eut lieu un dimanche, quand bien même en ce jour elles n'auraient fait l'aumône que d'un morceau de pain, ou d'un verre de vin. 11 porte aussi secours à ceux qui ont fait miséricorde aux pauvres en son nom, ou en celui des martyrs et des saints...

Le dimanche, l'archange Michel paraît devant le voile de Dieu ;

Nous rencontrerons encore plus loin une allusion à ce voile. C'est celui que, dans les temples égyptiens, l'on tendait devant le " naos " et que les Israélites remplacèrent par " r<iArche d'<iAlliance ", qui se trouvait également derrière un voile.

La Barque d'Amon qui chez les Israélites devint l'Arche d'Alliance

D'après un bas-relief de Karnak

.il se prosterne et prie pour l'eau du Nil qui est la' vie des

hommes et des animaux. Pendant trois jours, il reste ainsi étendu, jusqu'à ce que Dieu ait pris pitié des hommes et de tout ce qui vit sur terre. Le douzième jour de Paoni, tous les anges et tous les saints se réunissent en dehors du voile de Dieu. Aussitôt l'archange Michel sort vers eux, revêtu de son vêtement de faveur et de miséricorde ; il leur annonce que Dieu a pris pitié du monde et lui a accordé la robe de l'allégresse. Les assistants sont alors rassurés sur leur Nil et se livrent à des transports de joie à cause de la grande faveur qui a été faite au genre humain. Tu vois maintenant, ô Jean, ami de Dieu, combien sera heureux celui qui célèbre la fête de l'archange Michel, ou même celui qui fait miséricorde en son nom

Mais voici le but de l'auteur :

...De même si quelqu'un a soin de faire copier un livre où sont racontées ces histoires et en fait présent à une église quelconque ; si Von allume un flambeau.^ quon brûle de l'encens ou qu'on fasse une offrande au nom de T archange Michel^ il ne l'oubliera pas et n'abandonnera pas celui qui lui est dévot

Cette phrase explique clairement ce qui a dicté l'idée de faire ce récit pour les croyants. Le but principal des scribes était d'exploiter ; leur art était un commerce et pour arriver à leurs fins, tous les moyens étaient bons. Leur but était bien apparent et il est ici clairement défini pour celui qui sait voir et comprendre ; le peuple était crédule, et acceptait tout dans la crainte des peines éternelles. — C'est d'ailleurs en effrayant ses lecteurs que l'auteur de ce conte commence son récit. — Ce scribe, comme les autres, ne vise qu'à avoir

de la besogne, c'est-à-dire à composer ou transcrire des histoires ; c'est sa profession, c'est son gagne-pain et sa marchandise ; il vantera donc la valeur de sa marchandise ; puis l'auteur continue :

Maintenant, ô Jean, ami de Dieu, si quelqu'un prend soin

d'écrire ce miracle

Le scribe sait bien que celui qui désire avoir son récit ne sait pas écrire et s'adressera à lui.

et garde ce livre en sa

maison, ni peste, ni famine, ni autre chose pareille n'osera y entrer. Quiconque écrira ces paroles avec une vraie foi et les attachera au cou de ses bestiaux^ aucun animal.^ ni rat^ ni sauterelle.^ ni grillon.^ ni ver ne pourra nuire à ses bêtes ou à ses champs ;

On voit qu'il connaît son public qui se compose surtout de paysans et d'ignorants.

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